Solidarité avec les Femmes Réfugiées Isolées

8 mars 2017 0 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Communiqué de nos camarades des LOCs (Lesbiennes of Color) du 8 mars 2017 :

À la mémoire de Ula, jeune femme réfugiée syrienne, demandeuse d’asile, arrivée en France en décembre 2015. À peine une année, où Ula vit six mois d’errance résidentielle avant d’intégrer une structure de mise à l’abri. Une prise en charge trop tardive : le moral affecté, le choc profond, les violences indélébiles, la fatigue morfonde, les hospitalisations répétées, un avenir flou… Ula tiendra encore cinq mois avant de mettre fin à ses jours, le 28 novembre 2016, dans le pays qu’elle avait choisi pour se réfugier. Elle avait 26 ans et, disait-elle, « rêvait d’étudier le droit pour défendre les droits des femmes et des enfants ».

À l’occasion de la Journée internationale des luttes des Femmes, le groupe LOCs – Lesbiennes of Color – dénonce le dispositif national d’accueil en France (DNA), dédié aux demandeur-se-s d’asile et refugié-e-s, qui ne garantit pas les conditions d’accueil et d’accompagnement aux femmes demandeuses d’asiles et réfugiées statutaires isolées. Géré par l’OFII (Office français de l’immigration et de l’intégration), le DNA concentre les structures CADA (Centre d’accueil des demandeurs d’asile) et CPH (centre provisoire d’hébergement).

Migrants/réfugiés syriens arrivant de Turquie sur un zodiac surchargé près de Molyvos (Grèce)
© Nicolas Economou

Féministes et lesbiennes, solidaires avec les femmes étrangères et exilées, nous travaillons auprès de demandeuses d’asile et statutaires (ayant obtenu la protection internationale) en France, venues s’y réfugier. Ces femmes sont féministes, lesbiennes, militantes, opposantes, ex-détenues, simples citoyennes, ou cheffes de familles. Elles arrivent en France soit par visa, soit après avoir parcouru un périple de plusieurs milliers de kilomètres pour regagner les côtes européennes (italiennes ou grecques) et atteindre leur destination finale en espérant, enfin, trouver paix et sécurité. Sans visa, après avoir vécu la traversée des frontières européennes, elles dénoncent la situation particulièrement dangereuse des femmes réfugiées isolées. Beaucoup d’entre elles sont exposées à des violences : agressions, harcèlement sexuel, viols, rapports sexuels forcés contraintes de négocier le tarif avec les passeurs, voire prostitution forcée, et ce, sans répit à toutes les étapes de leur parcours. 

Mais quand bien-même elles arriveraient à leur destination finale, leur accueil et leur installation en France relèvent du défi quotidien, dont nous avons entendu les témoignages bouleversants. Des témoignages accablant le dispositif d’accueil destiné aux primo arrivant-e-s qui ne prend pas en compte la situation des femmes réfugiées (demandeuses et statutaires), en particulier celles venues seules, avec ou sans enfants, que nous appelons les Femmes Réfugiées Isolées.

Dès leur arrivée en France, ces femmes s’activent pour trouver un toit et se mettre à l’abri ; or, elles ne peuvent intégrer rapidement une structure d’hébergement d’urgence tant qu’elles n’ont pas entamé la procédure d’asile. Une fois la procédure entamée, elles devront continuer à rechercher un toit. Elles auront donc passé plusieurs mois sans abri. Autrement dit, elles ne semblent pas être prioritaires aux yeux de l’OFII, censé détecter et évaluer la vulnérabilité pour assurer un accueil en CADA ou dans d’autres structures adaptées ; même la présence d’enfants en bas âge ou le vécu de la prostitution forcée, de violences sexuelles, n’alertent pas leurs radars de mise à l’abri d’urgence.

Quand ces femmes réfugiées, sans maîtrise du français, langue du pouvoir qui les entravera dans leurs démarches administratives, se retrouvent errantes, précaires, seules sans abri, les trafiquants prostitueurs les repèrent facilement et les poussent à se prostituer en échange de services, de facilités ou d’argent pour survivre au quotidien. Car, la fameuse ADA (allocation demandeur d’asile) ne s’enclenchera que plus d’un mois après l’introduction de la demande d’asile, en plus de la période ante demande d’asile. Nombreuses sont celles (avec ou sans enfants) qui ont achevé leurs demandes d’asile en n’ayant bénéficié d’aucun hébergement. Pour celles qui ont pu être hébergées en structure, elles doivent quitter les lieux dès que la demande d’asile a abouti.

Au sein même des structures d’hébergement gérées par l’État, comme les CADA, les CPH, le 115 ou autres haltes, les violences sexistes et de genre sont, hélas, répandues et favorisées par des structures pour la plupart mixtes, où les hommes pratiquent impunément humiliations, agressions, harcèlements, chantages, contraintes à des passes, viols et menaces de viol. Ces violences et ces abus sont connus mais très souvent tus par les autres pensionnaires et par les acteurs étatiques en charge de la structure, au nom de la paix collective de l’enceinte. Pour celles qui se plaignent ou se défendent, leur stratégie de résistance sera marginalisée et leurs violences invisibilisées.

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Et que dire de ces femmes réfugiées venues avec leurs maris, subissant des violences conjugales, tant physiques que psychologiques et économiques dans le pays d’arrivée ! Elles doivent se confronter seules à un système judiciaire dont elles ne comprennent pas la langue, quand elles osent porter plainte. Elles doivent se protéger et trouver refuge, ou au moins être assistées pour garantir leur sécurité et celle de leurs enfants. Seules, précaires, nouvelles dans une société d’arrivée avec des codes et des repères difficilement assimilables en un temps court, elles sont mal outillées pour enfin pouvoir se prendre en charge sereinement et efficacement.

De ces vécus, il en résulte une situation dramatique qui entraîne des conséquences graves, tant sur le plan social que sur le plan psychologique et médical, fragilisant d’avantage ces femmes qui auront du mal à réussir leur installation, leur insertion professionnelle ou universitaire, leur autonomie, et pour certaines, leur reconstruction.

Nous, groupe LOCs – Lesbiennes of Color :

  • dénonçons ce dispositif d’accueil et d’accompagnement qui porte atteinte à l’intégrité physique et morale de ces femmes au point d’attenter à leur vie ;
  • exigeons que l’approche genre soit transversale aux différents services de l’OFII pour une prise en charge immédiate, afin d’accélérer la procédure de mise à l’abri des demandeuses d’asile et des femmes primo-statutaires ;
  • demandons la création d’un centre d’hébergement exclusivement non mixte avec une perspective d’accompagnement global vers une autonomie effective ;
  • recommandons que les employé-e-s des structures d’accueil soient formé-e-s et sensibilisé-e-s à la situation particulière des femmes réfugiées ;
  • rêvons que les forces féministes et lesbiennes s’allient pour une solidarité politique d’actions en faveur de l’hébergement non mixte des femmes réfugiées ;
  • refusons qu’il y ait d’autres Ula !

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