Le Front national et David Duke, une vieille histoire

28 février 2017 0 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Il y a quelques jours, la presse française s’est faite l’écho du soutien de David Duke, ex-membre du Ku-Klux-Klan et fervent soutien de Trump, à Marine Le Pen, qu’il qualifié sur les réseaux sociaux de « femme forte et intelligente ». Le Figaro en conclut que c’est un soutien dont le FN se serait bien passé : pas si sûr, au regard des liens anciens entre Duke et Bruno Gollnisch, qui fait désormais partie de l’équipe de campagne de Marine Le Pen…

David Duke à la grande époque des chapeaux pointus.

David Duke rejoint le Ku-Klux-Klan en 1967, et en devient rapidement un des principaux leaders, en fondant en 1975 les Knights of the KKK, et trois ans plus tard le KKK au Canada, d’où il est expulsé en 1980, marquant son retrait « officiel » des activités du groupe suprémaciste blanc. Il entame ensuite une carrière politique dans un cadre plus conventionnel[1] , sans rien renier de ses délires négrophobes et antisémites :  ainsi, en janvier 2007, dans un entretien à l’hebdomadaire français Rivarol, il déclare : « Je crois qu’il existe des différences entre les gens et entre les races» et dit se sentir proche des suprémacistes blancs.

David Duke et Bruno Gollnisch en janvier 2007.

Cette même année, il rencontre Bruno Gollnisch, alors au sommet de sa popularité au sein du parti de Jean-Marie Le Pen[2]. À cette époque, Gollnisch est le « monsieur international » du FN, en charge de la plupart des initiatives de rapprochements avec des partis étrangers et néanmoins amis, et préside le groupe « Identité, tradition, souveraineté » au Parlement européen, où la photo avec David Duke a été prise. Aurait-il été piégé et aurait-il rencontré Duke « à l’insu de son plein gré » ? Peu probable, car, comme Duke lui-même le raconte sur son site, Gollnisch avait invité Duke quelques années auparavant près de Lyon, au domicile privé de ce dernier. Duke raconte que sa visite au Parlement européen a justement été organisée par son «ami» Gollnisch, et a été «l’un des jours les plus excitants de [sa] vie», en particulier car il a pu à cette occasion rencontré Jean-Marie Le Pen en personne, avec qui il a pu discuté lors d’un «dîner privé». Dans son récent message de soutien à Marine Le Pen, Duke évoque d’ailleurs son père, «un grand homme, un vrai patriote».

C’est que Duke s’intéresse beaucoup à la situation européenne, et à la France en particulier. En 2011, dans une vidéo, David Duke explique que « l’extrémiste juif » Sarkozy a planifié «le génocide des Français de souche», pour «détruire la race blanche en France». À la même période, il est suspecté de vouloir monter une structure néonazie à l’échelle européenne : d’abord en République tchèque, puis en Italie, d’où il est expulsé, considéré comme « dangereux en raison de ses opinions racistes et antisémites« .

En novembre 2016, Duke, qui prétend avoir  été le premier utilisé le slogan « America first », apporte assez logiquement son soutien à Donald Trump, dont l’entourage a publiquement dit qu’il n’en voulait pas. D’ailleurs, Duke ne fait pas à proprement partie de l’Alt-Right, cette « nouvelle » extrême droite derrière le nouveau président des États-Unis, et l’ancien leader du KKK apparaît aujourd’hui un peu has-been. Mais Bruno Gollnisch a d’autres contacts aux États-Unis, eux aussi anciens, comme Jared Taylor, d’American Renaissance, une des composantes les plus radicales de l’Alt Right.

En 2000, puis en février 2008, Gollnisch a été invité en tant que vice-président du FN à faire un discours à une conférence d’American Renaissance à Washington, au cours de laquelle il déclare :

Comme tous les patriotes, européens ou américains, notre lutte politique est la défense de nos identités nationales. Mais nous nous battons aussi pour la défense des vraies valeurs européennes, qui ont fondé notre civilisation dont l’Amérique est aussi héritière. Cette identité se trouve sur des principes de base communs, ethniques, linguistiques, culturels et spirituels.

Ces contacts anciens et réguliers avec l’extrême droite américaine de Bruno Gollnisch ont pris une nouvelle dimension depuis son retour en grâce auprès de la présidente du FN. Il y a pourtant moins d’un an, lors de l’hommage à Jeanne d’Arc le 1er mai 2016, il se montrait aux côtés de Jean-Marie Le Pen en sachant s’exposer à des sanctions internes, l’événement étant jugé « hostile au Front national » : il avait d’ailleurs dans la foulée présenté sa démission à Marine Le Pen, qui la lui a refusée. Aujourd’hui, Gollnisch fait partie du « conseil stratégique » de Marine Le Pen, qui tente de resserre les rangs autour de sa candidature : on ne sait pas encore si l’ancien dauphin de Jean-Marie sera en charge des relations internationales, mais si c’est le cas, le soutien de Duke prendra une toute autre dimension !

La Horde

  1. Candidat à l’investiture démocrate en 1988, puis candidat à la primaire des Républicains en 1992, Duke va voir sa carrière politique interrompue et compromise par son arrestation, sa condamnation et son incarcération au début des années 2000 pour fraude fiscale et escroquerie… []
  2. Lors du congrès du parti, en novembre 2007, il arrive en tête du vote des adhérents  pour l’élection au comité central, avec 85,1 % des votes, devant Marine Le Pen, qui ne recueille alors « que » 75,8 %. []

Laisser un commentaire »