21 février 1944 : exécution des membres du groupe Manouchian

21 février 2017 3 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Le groupe de résistants FTP-MOI (Francs-Tireurs Partisans – Main d’œuvre Immigrée) fut démantelé à la mi-novembre 1943, et ses membres fusillés au Mont Valérien le 21 février 1944, après avoir été longuement torturés. Celestino Alfonso (Espagnol), Olga Bancic (juive roumaine, décapitée en Allemagne), Joseph Boczov (Juif hongrois), Georges Cloarec (Français), Rino Della Negra (Italien), Thomas Elek (Juif hongrois), Maurice Fingercwajg (Juif polonais), Spartaco Fontano (Italien), Jonas Geduldig (Juif polonais) Emeric Glasz (Juif hongrois), Léon Goldberg (Juif polonais), Szlama Grzywacz (Juif polonais), Stanislas Kubacki (Polonais), Césare Luccarini (Italien), Marcel Rayman (Juif polonais), Roger Rouxel (Français), Antoine Salvadori (Italien d’origine arménienne), Willy Szapiro (Juif polonais), Arpen Tavitian (Arménien), Amédéo Usséglio (Italien), Wolf Wajsbrot (Polonais juif), Robert Witchitz (Français) et leur leader Missak Manouchian (Arménien), tous ont refusé d’avoir les yeux bandés. Nous ne les oublions pas. Pour mémoire, voici un petit rappel sur les FTP-MOI, emprunté au site L’Affiche rouge qui leur est consacré :

La MOI, ce sigle de trois lettres qui signifie Main-d’Œuvre Immigrée, compte désormais parmi les grands courants de la Résistance française et jouit d’un prestige qui s’explique par l’ampleur de son engagement et l’acharnement répressif des polices française et allemande réunies dans ce but. Un acharnement qui se manifestera aussi, au cours des années 1942-1943, sur le plan politique dont l’enjeu est d’une importance primordiale pour l’occupant et Vichy : enrayer la montée de l’esprit de résistance parmi les Français en essayant de leur faire croire que « l’Armée de libération est l’armée du crime composée des bandits étrangers et des Juifs à la solde de l’étranger. »

La MOI a vu le jour en 1923, à l’initiative du Parti communiste français, soucieux d’étendre son influence parmi les millions de travailleurs arrivés en France, fuyant leur pays d’origine aussi bien pour des raisons économiques que politiques. Il est vrai que le chômage, la misère et l’étouffement de la liberté y faisaient bon ménage. La tendance parmi les immigrés à s’organiser dès leur arrivée en France est un fait généralisé et bien compris des gouvernements et des partis politiques. L’économie du pays a besoin d’eux : ne souffre-t-elle pas d’un cruel déficit démographique à l’issue de la Première Guerre mondiale ? Ce qu’on attend d’eux, c’est qu’ils donnent leurs bras pour les mines de charbon et les hauts fourneaux et qu’ils aident à redresser la situation démographique affectée par le déséquilibre hommes/femmes. Autant de raisons qui favorisent parmi les immigrés, la floraison d’organisations d’aide mutualiste, à caractère éducatif, culturel, sportif, syndical, voire politique. Bref, des microcosmes à l’image de la société française.

L’initiative communiste de 1923, si elle légitime l’existence autonome de cette multitude d’organisations, les encadre cependant par des militants chevronnés d’origine étrangère. L’ensemble est chapeauté par une direction dite « Commission centrale de la MOI », liée directement au PC. Les groupes communistes (« sections ») agissant à la tête et au sein des organisations de masse — composées majoritairement des non-communistes — sont appelés « groupes de langue » pour ne pas dire « de nationalité », une notion dont l’usage pourrait suggérer la reconnaissance du principe des minorités nationales, inacceptable par l’idée jacobine d’État-Nation, si chère aux républicains.

La reconstitution, dans la clandestinité, des structures de la MOI, a suivi de près celles d’avant-guerre. S’y est ajoutée, à la fin de l’année 1941, une formation spécifique, l’OS (Organisation Spéciale) devenue, en se développant, les francs-tireurs et partisans (FTP). Alors que l’OS était initialement organisée sur le principe «  un détachement par groupe ethnique », les pertes subies obligent la direction à former des groupes mixtes où Juifs, Italiens, Arméniens et Espagnols de nationalité étrangère ou naturalisés français, luttèrent et moururent fraternellement unis.

Les sentiments de solidarité et d’amitié qui les unissaient dans la vie et la mort prenaient valeur de message annonçant, non l’Europe des chambres à gaz, mais l’Europe des peuples unis pour l’autodétermination et l’émancipation, une Europe que nous devons construire contre cette Europe des tout puissants, de la sauvagerie, de la barbarie capitaliste.*

* Ce dernier paragraphe a été rédigé et ajouté par le site l’Affiche rouge-Manouchian, nous en assumons donc le contenu politique. En ce qui concerne ce bref exposé historique sur l’histoire de la MOI, nous le devons à Adam Rayski, il fut publié en novembre 2003 par la Mairie de Paris.

3 commentaires »

  1. Memels 12 mars 2017 at 10:44 - Reply

    Merci pour ces precisions et cet article…

    j’ai decouvert cette cellule resistante il y a peu… et je suis de plus en plus surprit par l engagement des ces etrangers pour notre libertè et decu de voir au combien la lutte de ces heros n est pas valorisée ou reconnue a la hauteur de leurs sacrifices…

    d ailleur je vous conseil le film documentaire de Mourad Laffite et l hommage tous les ans au cimetiere d Ivry c poignant …

  2. Memels 11 mars 2017 at 23:13 - Reply

    la Main d’Oeuvre Immigré (ou M.O.I.) etait, initialement, une emanation Syndicale il me semble ??!!

    • La Horde 12 mars 2017 at 09:35 - Reply

      La MOI d’origine regroupait des travailleurs étrangers, et donc qui militaient sur leurs lieux de travail, mais pas seulement : c’était une organisation communiste qui menait différentes activités politiques et sociales.

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