La police et l’usage des armes à feu : le transformateur de vérité (résistons ensemble)

12 février 2017 0 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Voici l’éditorial du bulletin n°160 (février 2017) du collectif anti-sécuritaire Résistons ensemble, consacré à la loi sur l’assouplissement de l’usage des armes à feu par la police.

Sous la pression de la vague de manifestations de flics de novembre (voir RE 157), le gouvernement est sur le point d’accoucher d’une loi assouplissant l’usage des armes à feu pour les forces de l’ordre. Le projet, présenté au conseil des ministres le 21 décembre 2016, vient s’ajouter à la récente série de mesures renforçant considérablement les moyens de répression : fusils d’assaut HK G36, loi du 3 juin 2016 élargissant déjà les possibilités d’usage des armes à feu, etc. Le nouveau texte permettrait de s’affranchir du principe de riposte immédiate, en offrant aux policiers les règles beaucoup plus souples s’appliquant aux gendarmes. Ces derniers bénéficient du statut de militaire régi par le code de défense. On a vu ce que ça donne, un exemple : un Rrom, Joseph Guerdner, a été tué menotté, trois balles dans le dos, par un gendarme en 2008. Un amendement propose même d’élargir la règle à la police municipale. Pour faire simple, les flics pourraient ouvrir le feu après sommation face à la menace de personnes, pour défendre un terrain, une personne, lorsqu’un individu cherche à se soustraire à leur garde et lorsqu’ils ne peuvent arrêter autrement un véhicule en fuite. 
Le policier qui a tué Amine Bentounsi en 2012 d’une balle dans le dos ne serait de fait plus inquiété. Déjà à l’époque sa mise en examen avait provoqué des manifs de flics entre les deux tours de la présidentielle, réclamant la “présomption de légitime défense”, une revendication défendue de longue date par leurs syndicats. Le procès en appel se déroulera du 6 au 10 mars 2017. Un des projets de loi discutés fait d’ailleurs allusion à l’affaire sans la nommer, s’arrangeant au passage avec la vérité. Amine s’y retrouve alors « recherché pour des vols à main armée », ce qui est totalement faux. Il était recherché, car il n’avait pas réintégré le centre de semi-liberté où il purgeait une peine. Amal, la sœur du jeune homme, a porté plainte pour diffamation. « Peut-être que déposer plainte n’aboutira à rien, mais pour moi, c’est symbolique. » (Pétition à signer ici
Le chiffre est plutôt stable, on peut compter 10 à 15 morts par an, tués par la police. Tous ne l’ont pas été par arme à feu, mais salir la mémoire des personnes décédées est bien une constante dans ces affaires. “Il était délinquant, drogué”… une manière pensent-ils de minimiser la responsabilité policière. Argument insultant et rance. Quand bien même le mort l’aurait-il été, cela ne peut en aucun cas justifier qu’on le tue. Mais la version officielle, savamment médiatisée, construit sa “vérité alternative”, à la Trump. 
Cela aidant, on ne compte que peu de mises en examen de policiers suite à l’usage de leur arme en service. Les procès sont rares, et les condamnations encore plus. Et si l’on regarde de plus près les conditions dans lesquelles l’arme a été utilisée, on s’aperçoit qu’ils n’ont pas attendu “d’être sous le feu” pour presser la détente. Ils n’ont pas davantage attendu cette nouvelle loi pour tirer sur des individus en fuite. 
On peut sans risque parier que la police continuera de tuer impunément. La loi ne changera pas grand-chose, et semble davantage là pour entériner une pratique de fait et la justifier encore davantage. C’est une déclaration de soutien de l’État à son bras armé. La loi opère un changement idéologique et consacre la version policière comme seule vérité.

Retrouvez l’intégralité du bulletin ici

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