Retour sur les « Assises de Marine Le Pen »

8 février 2017 0 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Lu sur le site Tant qu’il le faudra :

Une partie du public s’attendait à un « grand » nom : Alain Delon (connu pour ses opinions plus que droitières) ? Gérard Depardieu ? Au final, il aura eu Franck de Lapersonne. Nettement moins connu que les deux autres, l’acteur et comédien, âgé de 53 ans, est monté sur scène au centre des congrès de Lyon, samedi 04 février. Son public, c’était les participant-e-s aux « Assises présidentielles » du Front national (FN), organisées pendant deux jours dans la cité rhodanienne autour de sa candidate Marine Le Pen.

Franck Lapersonne

Ce qui pose problème, ce n’est pas avant tout que cet artiste – à la notoriété plutôt relative – apporte son soutien à la candidate du FN, mais surtout le fait qu’il était censé auparavant être proche des idées de gauche. Il y a cinq ans, il avait encore soutenu la candidature de Jean-Luc Mélenchon… En égrenant des mauvais rimes, il a cette fois-ci apporté de l’eau au moulin de la candidate de l’extrême droite. Il en a profité pour lancer dans la salle : « Victor Hugo n’a pas appris l’arabe (à l’école), et moi, ça me fait plaisir de le savoir !  » La phrase n’a pas tellement de sens, mais elle fut accueillie par un tonitruant chœur de voix scandant : « On est chez nous, on est chez nous ! », résumant bien la seule substance de ce discours creux par ailleurs.

Au niveau programmatique, la candidate Marine Le Pen a avancé « 144 propositions » dans son discours d’une heure, le dimanche après-midi. Ces 144 points étaient censés avoir été élaborés tout au long week-end pendant plusieurs « Tables rondes », mais en réalité, leur contenu avait fuité – en partie – la semaine d’avant. Surtout, il ne diffère guère, en substance, du discours de Marine Le Pen en tant que candidate à l’élection présidentielle de 2012.

Qu’est-ce qui a changé en cinq ans ? D’abord, la tonalité. Tentant à tout prix d’apparaître « dédiabolisé », c’est-à-dire moins choquant et plus « normal », le FN a d’abord communiqué – pendant la semaine qui avait précédé l’événement de Lyon – sur ce que le programme 2017 ne comporte plus. C’est d’abord le cas de la demande de retour à la peine de mort (sachant que celle-ci n’est plus majoritaire, aujourd’hui, dans l’opinion publique française). Le FN se réserve, toutefois, une porte arrière : puisqu’il se prononce pour des « référendums d’initiative populaire » sur le modèle helvétique, dont les sujets pourraient porter y compris sur les droits fondamentaux de certains groupes (immigrées, détenues), la peine de mort pourrait toujours être réintroduit par ce biais-là.

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Sur l’immigration, le ton a très légèrement baissé – Marine Le Pen propose désormais la délivrance de « 10.000 titres de séjour par an » (contre actuellement 200.000), au lieu du « zéro immigration » auparavant proclamé -, mais le contenu est même encore un peu plus radical qu’auparavant. On y trouve l’inscription de la « priorité nationale » (anciennement « préférence nationale ») dans le Constitution et donc au-dessus des lois ; l’impossibilité de régularisation, sur quelque fondement que ce soit, d’un sans papiers ; la fin du droit opposable au regroupement familial et, bien sûr, la suppression de l’Aide médicale d’Etat(AME).

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En matière sociale, le programme tire un peu moins vers la démagogie sociale qu’en 2012, et comporte plus de mesures libérales. Ainsi le FN souhaite-t-il rendre possible aux riches de transférer à leurs héritiers par voie de don – donc en contournant la fiscalité sur les successions – 100.000 euros tous les cinq ans, au lieu de quinze ans aujourd’hui (et dix ans dans le programme de François Fillon). Pour les salariéEs, on y trouve du «  travailler plus pour gagner plus  » dans le style de Nicolas Sarkozy, avec les heures supplémentaires défiscalisées… une mesure déjà mise en œuvre par Sarkozy en 2007, supprimée en 2012, prônée en 2017 aussi par Fillon (et par Manuel Valls dans la campagne des primaires du PS).

En 2012, Marine Le Pen avait évoqué une augmentation des bas salaires de 200 euros, mais financée en asséchant les caisses de Sécurité sociale, en supprimant des cotisations sociales. Aujourd’hui, rien de tel… sauf une « contribution sociale » à hauteur de 3 pour cent sur toutes les importations de bien. Le FN préfère que le produit de cette taxe pourrait se transformer en 80 euros de prime salariale.

Au total, ce sont toujours l’étranger et les étrangers qui sont censés payer la sortie de crise en France, sans revenir sur la répartition entre Capital et Travail…

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