Québec: dix jours après l’attentat raciste

8 février 2017 1 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Dimanche 29 janvier, six personnes appartenant à la communauté musulmane de Québec ont été assassinées dans leur mosquée. Cela montre que l’idéologie raciste d’extrême droite est plus que vivace dans la société québecoise soi-disant réputée pour ses valeurs d’égalité et de tolérance, la même qui accueille en son sein, comme tant d’autres, un climat islamophobe dans lequel le racisme et ses partisans se sentent encouragés à passer à l’acte.

Cette fois-ci, pas question de passer cet acte sous silence, comme ce fut le cas lorsque des têtes de porcs furent déposées sur les marches de cette même mosquée, il y a plusieurs mois, sans que cela intéresse pratiquement personne, pas plus que les agressions verbales et physiques qui, dans les rues de Québec, prennent quotidiennement pour cibles des personnes en butte au racisme.

Rappel des faits
Le Centre Culturel Islamique de Québec, qui se trouve dans la capitale, a été attaqué dimanche 29 janvier pendant la prière du soir, juste avant 20h. La fusillade a eu lieu au rez-de-chaussée, où les hommes étaient en train de prier, tandis que les femmes se trouvaient au dessus. Six personnes ont été tuées, 19 blessées, parmi lesquelles 5 ont été grièvement touchées.

Alexandre Bissonnette

Le responsable de la fusillade, Alexandre Bissonnette, a appelé la police et s’est rendu. Bissonnette est un étudiant de l’Université de Laval, et son profil sur Facebook est particulièrement révélateur : il suivait Donald Trump, Marine Le Pen, Génération nationale et le Parti québécois. On sait que Bissonnette traînait avec un groupe de alt-right à la fac ; alors qu’il semble plutôt être un « loup solitaire » après une adolescence difficile, Bissonnette est connu pour sa xénophobie, sa misogynie et son nationalisme. Il était actif sur les réseaux sociaux et a souvent trollé des groupes de gauche.

Le jour des funérailles des victimes de cette fusillade, les vitres d’une mosquée de Montreal, dans le quartier de Pointe-Charles, ont été brisées. En réponse, une manifestation de solidarité a rassemblé une centaine de personnes devant la mosquée, et des graffiti anarchistes exprimant la solidarité ont été faits sur les panneaux publicitaires alentour, tandis que des affiches antifascistes étaient scotchées sur les vitres brisées, disant « Contre le racisme, l’islamophobie et l’antisémitisme. Soyons offensifs! »

Beaucoup s’interrogent : comment cela a-t-il pu se produire au Québec ? Or, le racisme et la haine pour tous ceux qui sont « hors » de la chrétienté ne sont pas une nouveauté au Canada. Ce pays s’est créé sur le génocide de la population indigène, et sur sa relégation dans des réserves. Contrairement à ce qu’on nous apprend à l’école, les colonisateurs de ce qu’on appelle le Québec ont également participé à ce génocide de masse. La société québécoise a connu sa part de racisme à travers les âges, qu’il s’agisse de cette nouvelle forme d’esclavage qui consiste à incarcérer de façon massive les Noirs et les indigènes, qu’il s’agisse des écoles résidentielles (internats réservés aux enfants amérindiens que les Canadiens voulaient évangéliser), de l’exploitation des travailleurs migrants sans papiers ou encore de la Charte de la Laïcité islamophobe. Bien entendu, la montée de l’idéologie d’extrême droite ces dernières années a eu un impact important sur les meurtres qui ont été perpétrés au Québec, mais nous ne devons pas oublier que cette façon de penser existait déjà avant que quelqu’un comme Trump prenne pouvoir aux États-Unis, ou qu’une politique comme Marine Le Pen soit créditée de 30% des voix aux élections en France.

Atalante Québec, une imagerie sans ambiguïté

Il n’y a rien de surprenant à ce qu’un acte xénophobe tel que celui qui a été commis dimanche dernier, se soit produit dans la capitale du Québec. De nombreux groupes racistes ont diffusé leur idéologie malfaisante au vu et au su de tout le monde, depuis de nombreuses années, et en toute impunité. Des groupes comme Atalante Québec ou les Soldats d’Odin et de nombreux autres peuvent essayer de se cacher derrière leur mot d’ordre menteur qui dit qu’ils veulent « seulement dénoncer l’Islam radical », mais nous ne sommes pas dupes. Nous savons parfaitement qu’il s’agit là de gens qui agissent selon une logique raciste. Comment un groupe comme Atalante peut-il dire qu’il n’est pas raciste alors qu’il organise une conférence avec des groupes néofascistes italiens comme Casapound, qui se réclame de l’héritage de Mussolini? La ville de Québec a également eu sa part de « radios poubelles » (il s’agit d’un terme utilisé pour décrire les stations de radio d’extrême droite populistes), que des milliers de personnes écoutent chaque jour. Ceux qui hébergent ces émissions peuvent toujours se laver les mains de ce qui se passe, en disant qu’ils n’appellent pas au meurtre, mais ils contribuent de façon significative à la normalisation du racisme et de l’islamophobie. Soyons clairs : ces gens ont du sang sur les mains, et il faut s’opposer à leurs discours de haine, par tous les moyens nécessaires. Que ce soit par des entartages, ou en perturbant toutes leurs conférences, ou en faisant en sorte que jamais une seule manifestation raciste puisse avoir lieu dans la rue sans que personne s’y oppose.

La réponse à l’extrême droite doit être déterminée et implacable, ces gens doivent avoir peur d’assumer publiquement leur discours de haine. Nous ne devons pas attendre de la classe politique un quelconque changement, car elle aussi contribue à cette atmosphère de racisme : en normalisant la haine à l’égard des musulmans, en maintenant des frontières intrinsèquement racistes et en les faisant surveiller par la police, et enfin en poursuivant la violence coloniale sur laquelle le Canada s’est construit. La lutte contre la montée du fascisme et contre le monde qui en a besoin ne viendra que de nous, elle ne passera pas par l’intermédiaire de représentants : il nous faut combattre les fascistes organisés pour leur faire quitter la rue à chaque occasion qui se présente, mais aussi attaquer tout ce qui leur donne une quelconque légitimité. Nous devons rendre notre antifascisme radical en continuant à lutter contre les fondements racistes de notre société : aussi bien contre le gouvernement colonial que contre la civilisation industrielle, le nationalisme, la police, les prisons et les frontières.

Source: Montreal Counter Info

Lu sur It’s Going Down et traduit par nos soins

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  1. benarab kheira 9 février 2017 at 13:20 - Reply

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