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Marion Sigaut : grandeur et décadence d’une VRP d’Alain Soral

Après l’entartrage physique de Marion Sigaut [1], passons à l’entartrage politique. Lu sur Lundi Matin [2].


Marion Sigaut : grandeur et décadence d’une VRP d’Alain Soral

Misère de la fachosphère

paru dans lundimatin#90 [3], le 25 janvier 2017

La semaine dernière, nous publiions un article relatant l’entartage de Marion Sigaut, une historienne proche d’Alain Soral, lors d’une série de conférences dans le Tarn-et-Garonne. Attaquée le 13 janvier en raison de ses accointances avec Egalité et Réconciliation et ses positions d’extrême-droite, elle réagissait en niant tout caractère politique à son travail d’historienne et accusait les entarteurs d’être des « antifas » [4], c’est à dire des fascistes (car c’est celui qui dit qui y est). Drapée dans sa posture de dissidente, elle criait à l’atteinte à la liberté d’expression, avant de remercier chaleureusement les nombreux gendarmes venus sécuriser sa conférence du 14 janvier. Qui est donc Marion Sigaut ? Que dit-elle de si scandaleux pour mériter un tel entartage ? Comment s’est-elle construit cette image de dissidente ? Quel rôle joue-t-elle dans la machine politique d’Alain Soral ? Cette semaine, lundimatin décrypte ses analyses historiques et ses positions politiques, afin de révéler, derrière l’épaisse couche de mousse à raser, le vrai visage de Marion Sigaut. Détartage.

Marion Sigaut est une soixante-huitarde en bonne et due forme – mais comme Soral, son histoire politique est celle d’un passage à droite. Elle a grandi en internat de jeunes filles avant de se retrouver à l’université d’Aix-en-Provence. Elle alors est plutôt de gauche – comme ça se faisait encore à l’époque – et a même rejoint le Mouvement de Libération des Femmes (MLF). A partir de 1971, elle effectue plusieurs voyages en Israël, d’abord dans les kibboutz puis comme militante de la cause palestinienne. Dans les années 80, elle fricote avec les trotskistes au point de se retrouver avec Daniel Gluckstein sur une liste électorale. Peut-être y aurait-elle même croisé Alain Soral lorsqu’il était encore compagnon de route du PCF ?

En 1991, Marion Sigaut publie « Les Deux Cœurs du monde : du Kibboutz à l’Intifada » chez Flammarion. Une fois édité, le livre a rapidement été mis au pilon, par manque d’acheteurs. Elle crie alors à la persécution : le monde de l’édition et la presse conspirent à l’effacer de la scène médiatique. « Quelqu’un aurait-il voulu m’envoyer un signal ? Quelqu’un qui était là non pour corriger des fautes de français, mais autre chose. Quelqu’un qui, à la place d’un correcteur de métier, venait mettre son nez dans mes écrits… » [5]. Comme tous les complotistes, Marion Sigaut a d’abord dû identifier ce complot qui se tramait contre elle-même (seule explication tangible à sa piètre réussite dans les librairies).

A partir de là, elle peut réécrire sa propre histoire comme l’histoire d’une dissidence. Elle écrit des livres d’une qualité douteuse, se fait refuser leur publication et leur publicité, ce qui lui permet de se donner la stature d’une prophétesse révélant les vérités cachées qui remettraient en cause l’ordre établi.

Quand la gauche s’écroule dans les années 1990, elle change son fusil d’épaule et se rapproche de la droite catholique. C’est la pratique de l’histoire qui l’aurait décidé à retourner sa veste. En manque d’un titre universitaire, elle s’inscrit à l’université en 2001 et obtient glorieusement l’équivalent d’un Master 2 en 2005 pour un mémoire sur les enfants de l’Hopital Général. Elle devient ensuite un membre actif du parti Debout la République de Nicolas Dupont-Aignant.

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