États-Unis : « Disrupt J20 », J-7 – des antifascistes perturbent l’audition du raciste Jeff Sessions

13 janvier 2017 0 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Dans le cadre de la préparation de l’investiture de Trump et en solidarité avec les militant-es antifascistes et antiracistes américain-es qui s’y préparent aussi, la Horde vous propose chaque jour un éclairage différent sur ce qui se prépare outre Atlantique.

L’audition de Jefferson Sessions mardi 10 janvier au Capitole a été perturbée par des militants antifascistes et antiracistes, certains déguisés en membres du Ku Klux Klan, qui ont crié « No Trump, no KKK, no fascistes USA », avant d’être évacués sans ménagement par la police.

Carl Dix était parmi eux : né dans une famille de prolétaires afro-américains, il fut en 1970 l’un des six GI’s qui refusèrent d’aller se battre au Vietnam, et, quelques années plus tard, l’un des fondateurs du Revolutionary Communist Party (RevCom) américain, dont il est le représentant. À sa sortie du poste de police, il a expliqué cette action devant les caméras (cliquez sur l’image pour voir la vidéo).

Qui est Jefferson Sessions ?

Pressenti par Donald Trump pour prendre la direction du ministère de la Justice en tant que procureur fédéral, et comme tous les candidats au gouvernement, Jefferson Sessions a passé le 10 janvier une audition devant des sénateurs, chargés d’évaluer sa candidature.

À l’instar des autres noms proposés par Trump, celui de Sessions a fait bondir les camarades antifascistes et antiracistes américains, qui le connaissent bien. En effet, contrairement à d’autres probables ministres qui n’ont pas d’expérience en politique et que Trump a choisis parce qu’ils sont qui un général étoilé, qui un pdg plein de fric et de contacts en Russie,  Sessions est depuis plus de vingt ans en politique, et sa réputation le précède.

Sessions est un élu républicain du Sud (Alabama), farouchement opposé à l’IVG, qui a été le premier sénateur à soutenir la candidature de Trump au sein du parti républicain. Il lui est complètement loyal, et s’est distingué durant les années Obama par son opposition systématique à tout ce qu’a entrepris l’administration Obama, en particulier en matière d’immigration.

Quand le nom de Sessions a été donné, toutes les histoires qu’il traîne depuis des années sont ressorties : sa bienveillance à l’égard du Ku Klux Klan (qui lui a fait louper un siège à la Cour Suprême), assortie de sa petite blaque sur les encapuchonnés du Klan qui ne sont pas si exemplaires puisque certains fument de la marijuana, alors que c’est interdit, ses violentes critiques contre le NAACP (National Association for Advancement of Coloured People, Association nationale pour la promotion des gens de couleur) et l’ACLU (American Civil Liberties Union, Union américaine pour les Libertés civiles) qui sont, selon lui, des associations « anti-américaines » qui auraient imposé les droits civiques aux Américains, et sa sortie à un avocat blanc qui défendait un Noir, à qui il a dit « qu’il faisait honte à sa race ».

Mais hormis ses « bons » mots et ses petites phrases, qu’il renie aujourd’hui, Sessions est lié à plusieurs organisations anti-migrants connues pour leurs positions racistes, et d’ailleurs répertoriées comme telle par le South Poverty Law Center (SPLC). Il a fait le lien entre ces associations et think tanks et le Sénat depuis qu’il y siège (1997).

Les organisations racistes

Sessions a participé en 2007 à des événements organisés par FAIR (Federation for American Immigration Reform, Fédération pour une Réforme américaine de l’Immigration), sachant que la raison d’être de cette organisation est de trouver le moyen de limiter l’immigration aux États-Unis en abrogeant la loi sur l’immigration de 1965 (qui a aboli les quotas selon les origines nationales des candidats à l’immigration) pour revenir à une immigration favorisant les immigrés d’origine européenne. Selon Dan Stein, qui dirige actuellement FAIR, ceux qui sont en faveur de la loi de 1965 veulent « se venger de la domination anglo-saxonne », et ce « revanchisme » serait à l’origine d’une politique qui crée un véritable « chaos ». À noter par ailleurs, FAIR a été créée en 1993 par un suprémaciste blanc, John Tanton, dont on peut citer ici les paroles : « J’en suis arrivé à me dire que, pour que la société et la culture américano-européennes puissent perdurer, il faut qu’il y ait une majorité d’Américano-Européens [aux États-Unis]. »

Sessions s’est aussi affiché, encore plus ouvertement d’ailleurs, avec le Center for Immigration Studies (CIS, Centre d’Études sur l’Immigration), un think tank également fondé par John Tanton. Au sujet du tremblement de terre de 2010 en Haïti, le dirigeant actuel du CIS n’y était pas allé par quatre chemins : « À mon avis, Haïti est bousillé parce que le pays n’a pas été colonisé assez longtemps. » Sessions a non seulement participé à plusieurs discussions organisées par le CIS en 2006 et en 2013, mais il a également essayé de mettre en œuvre un concept-phare du CIS en tant que sénateur : l’idée de « self deportation », qui revient en somme à rendre la vie des immigrés si difficile qu’ils en viennent d’eux-mêmes à décider de rentrer dans leur pays. La photo publiées par le Center for New Community (CNC) qui a fourni une analyse très détaillée d’un mémorandum publié par Sessions au sujet de l’immigration montre bien Janice Kephart, une collaboratrice du CIS, travailler au Sénat avec Sessions.

Sessions et Janice Kephart (à droite).

Sessions a également montré ses accointances avec l’association Numbers USA, une organisation de terrain anti-migrants dont il faut noter que la propagande, diffusée en ligne, a été la source d’inspiration de Dylann Roof, le suprémaciste blanc qui assassina en juin 2015 neuf personnes dans une église de Charleston. Sessions a ainsi salué  par écrit l’association Numbers USA pour sa quinzième année d’existence en 2012 alors qu’il siégeait au Congrès.

Deux associations islamophobes

En 2014, Sessions a reçu une récompense du David Horowitz Freedom Center, organisation selon laquelle toutes les religions se valent… sauf la religion musulmane. À noter que quelques années auparavant, c’est Pamela Geller qui avait reçu cette même récompense !

Mais Sessions a été également distingué par le Center for Security Policy (CSP, Centre pour la Politique sécuritaire) de Frank Gaffney, dont les délires islamophobes et conspirationnistes sont de la même veine que ceux de Pamela Geller. Selon Gaffney, la Muslim Brotherhood a infiltré le gouvernement américain et il est urgent que la Commission aux Activités anti-américaines reprenne du service.

Voilà le pedigree de Jefferson Sessions, on comprend l’urgence de se mobiliser contre lui mais aussi le grand courage des militants qui sont allés perturber le début de l’audition !

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