Répondre en dix lignes au confusionnisme ? Russell l’a fait

22 novembre 2016 7 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

À celles et ceux qui poussent des cris d’orfraie en invoquant « la liberté d’expression » dès qu’on essaye d’expliquer pourquoi nous n’avons aucune tolérance à l’égard de l’extrême droite et de celles et ceux qui colportent leurs idées, et que, de notre part, il n’y aura jamais de place pour un quelconque « débat » ou « discussion » avec eux, voici comment le philosophe Bertrand Russell, en 1962, le justifiait en quelques lignes… Chouard et consorts, prenez-en de la graine !

russell-mosley-500x402Le blog Pharyngula animé par PZ Myers, un scientifique américain de gauche, vient de publier un intéressant document qui montre que dès les années 1960, certains savaient répondre intelligemment aux tentatives confusionnistes. En 1962, Oswald Mosley, fondateur de la British Union of Fascists, écrit au philosophe humaniste et libertaire Bertrand Russell pour engager le dialogue… Russell lui répond très poliment par une lettre, qui résume en quelques lignes pourquoi il ne peut y avoir aucun dialogue ni tolérance possible à l’égard de l’extrême droite.

Cher Sir Oswald,

Merci pour votre lettre et votre colis. J’ai réfléchi à notre correspondance récente. Il est toujours difficile de décider de la façon de répondre à quelqu’un dont les idées vous sont à ce point étrangères et à vrai dire aussi repoussantes. Ce n’est pas tant que je critique tel ou tel détail de vos opinions mais bien que chaque miette de mon énergie est consacrée à combattre le sectarisme brutal, la violence compulsive et le sadisme qui caractérise la philosophie et la pratique du fascisme.
Je tiens a préciser que les univers émotionnels dans lesquels nous évoluons sont si distincts et si profondément opposés, que rien de constructif ni de sincère ne pourra jamais émerger d’une quelconque interaction entre nous.
J’aimerais que vous compreniez bien toute la force de ma conviction. Ce n’est pas la volonté d’être désagréable qui me fait dire ça, mais je le dis au nom de tout ce que je respecte dans la nature humaine et dans les accomplissements de l’humanité.
Sincèrement votre,

Bertrand Russell

7 commentaires »

  1. Thom 24 novembre 2016 at 09:54 - Reply

    Ne croyez vous pas que le dialogue soit aussi l’occasion de défaire des raisonnements d’extrême droite un peu simplistes qui, finalement, sont assez faciles à contrer.

    • La Horde 26 novembre 2016 at 18:18 - Reply

      C’est bien le problème avec l’extrême droite : elle n’est pas là pour débattre, mais pour occuper le terrain. Un simple exemple : comment serait-il possible de débattre avec des gens qui s’appuient sur des fake news sur internet relayées principalement par des sites d’extrême droite ? Passer son temps à déconstruire ces mensonges ne fait malheureusement que leur donner de la visibilité, et c’est le seul but recherché. Les idées d’extrême droite ne sont pas à discuter, elles sont à combattre : ne pas en être conscient, c’est avoir la mémoire courte…

  2. Ali 24 novembre 2016 at 07:45 - Reply

    Russell exprime ici le fait qu’il ne souhaite pas personnellement poursuivre la discussion avec ce fasciste parce que le terrain d’entente commun risque de manquer. À aucun moment il ne dit qu’il ne faut avoir aucune tolérance pour l’extrême droite ni qu’il ne faut jamais discuter avec des fascistes. Par ailleurs il évoque dans le texte « une correspondance récente », ce qui signifie que Russell a bien accepté de discuter avec Oswald dans un premier temps.

    Si on prend en compte l’ensemble de la philosophie de russell, il aurait sans doute même pensé le contraire de ce que vous lui faites dire en bon libéral et à la manière d’un Chomsky qui a défendu la liberté d’expression de faurrisson.

    Je pense donc que vous faites dire à ce texte ce qu’il ne dit pas.

    • La Horde 26 novembre 2016 at 18:13 - Reply

      Libre à vous de comprendre le texte comme vous l’entendez : mais conclure votre commentaire par un lien vers le site Contrepoints (que nous avons supprimé), qui essaye de tirer à lui Russell en l’associant à une vision politique (le capitalisme sauvage) qui aurait certainement horrifié notre philosophe socialiste et humaniste… Il nous semble donc que votre interprétation du libéralisme de Russell est sujet à caution, et par ailleurs la pensée de Russell n’appartient plus à nous qu’à vous. Cependant, admettez que dire que « le terrain d’entente commun risque de manquer » est un résumé très euphémisé de sa lettre !

  3. Anonyme 23 novembre 2016 at 01:51 - Reply

    Je ne comprend pas le rapport entre confusionisme ( avoirs des idée confuse ? Mélanger plusieurs idéologie ? ) Et le fascisme.
    Ce mot à l’air vachement foure tout quand même.

    • La Horde 23 novembre 2016 at 07:35 - Reply

      On appelle « confusionnisme » l’attitude qui consiste à brouiller les lignes politiques en pensant que l’on peut discuter, échanger voire travailler avec les groupes et des personnalités d’extrême droite, en feignant d’ignorer que cette attitude consiste simplement à faire entrer le loup dans la bergerie. En ce qui nous concerne, nous n’avons pas l’intention d’être des moutons…

      • Anonyme 23 novembre 2016 at 13:36 - Reply

        D’accord, merci pour la réponse !

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