Répression du mouvement social : ne pas séparer la tête de son bras armé (Résistons ensemble, #153, juin 2016)

12 juin 2016 0 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Le réseau contre les violences policières et sécuritaires Résistons ensemble vient de publier son n°153 de juin 2016, et rappelle qu’il est « destiné à être photocopié et à être diffusé localement, si le journal vous plaît. Vous êtes invitEes à participer à son élaboration, à sa rédaction, à se joindre à l’équipe de rédaction. » En voici également l’édito, consacré à la répression du mouvement social actuel :

violence_policiereC’est une chorale qui chante d’une seule voix. D’abord, Philippe Martinez, de la CGT, qui ment : le 1er mai, ce seraient de soi-disant « casseurs » et pas les flics qui auraient attaqués les manifestants, l’affiche d’un syndicat de la CGT dénonçant les violences policières serait l’« affiche de trop » qui ne vise pas la police et les policiers mais les « donneurs d’ordre ». Ensuite, la CGT-Police, selon qui, si « bavures » il y a, comme par exemple au lycée Bergson où le courageux policier assène un coup de poing en plein visage d’un lycéen solidement tenu par « deux collègues », c’est parce que les flics ne sont « pas correctement formés ». Ceux qui tirent sur la foule à hauteur de visage et matraquent à tout va ne seraient pas des exécutants aveugles des basses œuvres du gouvernement et du patronat, mais de pauvres travailleurs fatigués. Alliance, FO, UNSA, CGT-Police, c’est la même chanson, ils syndiquent les policiers comme s’ils étaient des salariés comme les autres. Selon le syndicat de flic le plus « à gauche », le minuscule SUD-Intérieur de chez Solidaires, la police aurait une « double nature », elle protégerait le citoyen en plus de servir au maintien de l’ordre social. Sud-Intérieur appelle les policiers à rejoindre le cortège contre la loi El Khomri, en « oubliant » que les flics sont déjà dans les cortèges…pour taper, gazer, nasser, arrêter, mutiler, provoquer.
violences_policière_printemps2016« Gauche » ou droite, tous tortillent du cul pour masquer une vérité : le pouvoir, les donneurs d’ordre, la police et les policiers forment un même corps. La police est surarmée, militarisée par le pouvoir, ses lanceurs de balle qui crèvent les yeux, ses « grenades de désencerclement » qui percent des cranes sont ses outils de « communication ». Briser et marquer les corps devient son unique doctrine. Alors que l’impunité policière est sans limite, des dossiers vides peuvent mener des manifestants devant les cours d’assises. La tête et son bras armé ne peuvent pas être séparés.
Côté manifestants, le « carré de tête », devant les SO CGT/FO est désormais occupé par le « devant » des cortèges où il y a de tout et de tout âge. De l’inédit jusqu’ici, on y trouve syndicalistes avec leurs badges et drapeaux, collectifs radicaux de toutes sortes, retraités, lycéens, étudiants, chômeurs, sans papiers, familles de victimes de violences policières…Souvent plus nombreux que les promeneurs derrière les ballons syndicaux et surtout avec un autre message : nous voulons nous envoler et ne pas rester attachés comme vos ballons. Cette foule bigarrée, foutraque et solidaire grossit à chaque violence, provocation, nassage policier. Elle ne crie pas « casseurs, cassez-vous ! » mais ultra majoritairement en désignant directement les flics et derrière le gouvernement « C’est vous les casseurs ! C’est vous les racailles ! ».
still-not-loving-police-2Alors que penser de la violence de ces soi-disant « casseurs » ? A ceux qui tiennent des discours genre, c’est « à cause des casseurs qu’il y a des violences policières », certains répondent : quelle lutte réelle de résistance offrent les gonfleurs de ballons attachés, à la jeunesse sans avenir ? On peut, bien sûr, discuter de l’intérêt du cassage de la vitrine d’une banque ou de l’incendie d’une voiture de police pour la construction d’une résistance de masse mais, qui peut nier que ces symboles du régime capitaliste inspirent une haine légitime ? Ne nous laissons pas aveugler par l’enfumage du pouvoir et de ses larbins : une voiture de police incendiée vaut-elle plus qu’un œil crevé à coup de flashball ou un crâne fendu à coup de grenade de désencerclement ?
Valls, lui, ouvre la chasse à courre : « Il n’y a pas de consigne de retenue contre les casseurs ». Les « bandes armées du capital » (Marx) sont lâchées. Il n’y a pas de police « policée ». Et la justice poursuit le sale boulot face à ceux dont l’audace de « casseurs » serait allée trop loin : les « arracheurs de chemises » d’Air France ou les « séquestreurs » de Goodyear, les « bloqueurs de lycée » de Levallois, ceux des lieux de productions et les centaines de manifestants interpellés en font déjà les frais, ils seront tous traités de « voyous » et « terroristes ». Ils doivent être tous défendus sans distinction.

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