manif des Identitaires : « On est chez nous » et bien… Restez-y !

1 juin 2016 2 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

anti-identitaireDans l’indifférence générale, Génération identitaire (GI) a organisé samedi dernier une manifestation xénophobe dans Paris sur le thème « On est chez nous » : et c’est vrai qu’ils étaient chez eux, c’est-à-dire dans les quartiers huppés de la capitale.  Scander « Nos quartiers ne sont pas des Molenbeek » dans les rues du très chic Ve arrondissement, il fallait oser ! Voici un rapide compte rendu de ce non-événement, et quelques éléments sur les Identitaires, leurs nouveaux amis tradis et aussi leurs homologues autrichiens, présents à la manif.

Les identitaires ont du mal à retrouver un nouveau souffle, malgré l’émergence il y a quatre ans d’une « nouvelle » structure de jeunesse, Génération identitaire, actuellement dirigée par Pierre Larti. Leur « blocage » à Calais en mars dernier, les « occupations » à l’automne 2015 près de Lyon et en région parisienne avaient déjà montré leur incapacité à mobiliser en nombre (quelques dizaines de militants seulement venus de toute la France). Malgré leur faculté à mettre en scène de façon efficace sur internet ces actions finalement assez modestes, le constat est là : même au sein du microcosme d’extrême droite, les Identitaires ne font plus rêver. Et pour cause : leur leader historique Philippe Vardon roule désormais pour le FN, ils se sont fait doubler par l’Action française sur le terrain de l’activisme et on ne les voit quasiment jamais dans la rue (ils étaient comme chaque année absents des rendez-vous traditionnels de l’extrême droite début mai). Pas sûr que leur petite manifestation de samedi dernier change vraiment les choses…

Aberration_identitaire

Photo-montage : La Horde

Génération identitaire voulait pourtant montrer que la rue « n’appartient pas à la gauche » (comprendre au mouvement social qui mobilise actuellement des dizaines de milliers de gens à travers toute la France) : hélas, les très nombreux drapeaux français et les fumigènes peinaient à masquer la faiblesse de la mobilisation. En effet, malgré un mot d’ordre très consensuel (« on est chez nous »), ce sont environ deux cents militants qui se sont retrouvés sous la pluie pour cette initiative pourtant nationale, sur un parcours de deux kilomètres parcouru en moins d’une heure, de la place Monge à la place Saint-Sulpice. Une vingtaine de gugusses du GUD Paris s’étaient pourtant joint au cortège[1], ainsi que quelques hooligans de différents clubs français et des militantEs présentEs à l’hommage pour Sébastien Dézieu deux semaines auparavant, comme Clothilde Marie-Jeanne et Keridwen Chatillon, fille de Frédéric, qui tenaient la banderole le 9 mai dernier.  Mais dans l’ensemble, on peut dire que ce n’était pas la foule, ce qui n’a rien d’étonnant car les Identitaires n’ont jamais su faire masse.

Une_autre_jeunesse

Manifestation plus conceptuelle des Identitaires en 2010, quand Vardon (au premier plan) menait les troupes.

À l’aise quand il s’agit de se filmer en plan serré en train de faire un coup médiatique à quelques dizaines, les Identitaires peinent toujours à rassembler plus de quelques centaines de sympahisants. Leur dernière manifestation de ce type dans la capitale remonte à 2010, avec la campagne « Une autre jeunesse », qui avait quand même fait mieux (environ 500 personnes), et qui préfigurait la création de Génération identitaire deux ans plus tard. Cette fois, si les drapeaux français avaient remplacé les drapeaux jaunes frappés du lambda spartiate, rien de nouveau dans les slogans (« islam hors d’Europe », « Français en colère »), mis à part « Black M, on t’encule », un peu de poésie inspirée de l’actualité.

Zizid impératrice

Martin Selner

Martin Selner

Au moment des prises de parole, il y a avait quand même une guest star :  Martin Selner, responsable des Identitaires autrichiens. Il est assez peu connu en France que les Identitaires ont réussi à exporter leur concept dans plusieurs pays d’Europe, avec des succès assez variables cependant. Les identitaires autrichiens sont l’un des seuls groupes non-francophones qui fassent un peu parler de lui depuis 2013[2]. En effet, c’est à cette date que remonte leur premier gros coup médiatique, l’occupation du parvis d’une église de Vienne, qui accueillait en son sein des demandeurs d’asile en grève de la faim. Au cours de cette action, et dans la droite ligne des Identitaires français, les petits frères autrichiens (quasi-exclusivement des hommes) ont détourné les mots d’ordre des réfugiés et de leurs soutiens, en lançant une campagne pour « Sepp U. », réfugié de Styrie (une province autrichienne).

Nowotny

Nowotny

Parallèlement à cela, le mouvement identitaire autrichien (IBÖ avec sa structure viennoise WIR, dont l’acronyme signifie « nous » en français), s’agite surtout sur Internet, à grand renfort de vidéos, blogs et autres agit-prop filmées ; il participe à des initiatives du FPÖ et aux rassemblements en mémoire de Nowotny[3]. Martin Sellner, de WIR, s’est également fait remarquer aux côtés du groupe et site internet néonazi Stolz und Frei (Fiers et libres) en pèlerinage sur la tombe de Nowotny et, il y a quelques années (2008), il a fait l’objet d’une plainte pour possession d’armes et pour avoir participé à un autre site néonazi (interdit par la loi autrichienne).

Les Identitaires ont trouvé Jésus

On a aussi pu constater que, dans un esprit plus collectif qu’auparavant, Génération identitaire s’est rapproché d’autres structures pour organiser sa manif. Nos girouettes idéologiques de GI, après s’être faits les chantres de la laïcité républicaine pour défendre leur islamophobie et leur liaison avec Riposte laïque, se tournent désormais vers les catholiques intégristes pour trouver du soutien, en particulier l’Academia Christiana et Dextra, deux structures pourtant peu habituées à la rue.

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Publicité de l’Academia Christiana

L’Academia Christiana est une université d’été qui propose au mois d’août des « formations » le plus souvent assurées par des personnalités d’extrême droite ou des séminaristes sur des thématiques diverses (islam, capitalisme, catholicisme, société de consommation, spiritualité), avec des intervenants comme Alain de Benoist, Jean-Yves Le Gallou, Guillaume Luyt ou le prêtre lefebvriste Louis-Marie de Blignières.

Victor Aubert

« Eh, m’sieur Aubert, j’vous ai vu à la manif des fachos ! » (un élève de la Croix-des-Vents)

Dirigée par Victor Aubert, un scout catho tradi formé à l’institut catholique de Paris, qui enseigne actuellement à l’institut Croix-des-Vents, un établissement scolaire catholique hors-contrat situé à Séez en Normandie,  l’Academia Christiana compte également dans son équipe Pierre de Nedde, un membre du SIEL et, au poste de « responsable communication », l’identitaire Julien Langella, qu’on avait déjà présenté ici. Co-fondateur de Génération identitaire dans le Var, mis en examen pour « incitation à la haine raciale » entre autres lors de l’occupation du chantier de la mosquée de Poitiers en 2012, il travaille actuellement pour la mairie FN de Cogolin comme… chargé de communication. Notre « communiquant » prétend avoir quitté GI et avoir adhéré au FN : difficile pourtant de croire qu’il n’ a rien à voir avec le rapprochement entre l’Academia Christiana et GI pour la manif de Paris…

Mathieu Devaux, de Dextra

Mathieu Devaux, de Dextra

Pour ce qui est de Dextra, la seule activité connue de ce groupe francilien dirigé par Mathieu Devaux consiste à animer des conférences dans des cafés, dans le Ve arrondissement ou à Versailles. Fondée par des anciens de l’Action française, partis suite à une crise interne à la fin des années 2000, Dextra ne s’affiche pas royaliste, mais adopte une ligne « pas d’ennemi à droite » qui lui permet d’avoir des invités assez éclectiques lors de ses conférences (de Xavier Raufer à Ivan Blot, en passant par Claude Huet ou Pascal Gauchon).

Comme on peut le voir, surtout avec ces nationalistes de salon, ce n’est pas demain la veille que les Identitaires reprendront la rue. Et d’ailleurs, peut-être faut-il le leur rappeler : la rue, elle est à qui ? elle est à nous !

La Horde

  1. Comme ils l’avaient déjà fait en 2010 pour la manif « Une autre jeunesse ». []
  2. Auparavant, on avait pu voir le terme « identitär » utilisé sur Internet en 2011-2012, en référence au groupe français, notamment par des groupes d’étudiants proches de certaines Burschenschaften, ces corporations étudiantes d’extrême droite racistes, antisémites et sexistes qui se targuent de pratiquer encore de nos jours le duel à l’épée parce que ça fait vachement viril d’avoir une estafilade sur la joue. []
  3. Un officier autrichien de la Luftwaffe, au service de l’Allemagne nazie, sur la tombe duquel se recueille tout ce que l’Autriche compte de néonazis ou de vieux nazis []

2 commentaires »

  1. Laurent, Grenoble 18 juin 2016 at 09:42 - Reply

    En intro d’une reprise de cet article La Horde, précisions et compléments, vite faits ===> Retour sur le Bloc Identitaire / Génération Identitaire et analyse de son évolution. Ne pas oublier que ces identitaires servent de « boites à idées » de propagande pour toutes les droites et extrême-droite. Quelques exemples =
    > C’est eux qui ont lancé, en mots , en buzz-intox , et en coups, la campagne contre « l’envahissement par les commerces étrangers » (boutique de kébabs ou « épiceries arabes ou asiatiques »). Dans les mairies FN, Hayange, Beaucaire, Béziers, .., cela a été relayé par d’autres buzz racistes ou mesures discriminatoires, vexatoires..
    > De même, le sujet du prétendu « racisme anti-français » (comme si parce qu’on aurait bien l’air « f de souche », on subissait des discriminations de la police, dans l’accès au logement ou à l’emploi !!) , qui a pour but de justifier un « racisme d’autodéfense », voire de la violence directe, de la part de ces malheureux f de souche. …
    > Depuis des années, il menaient campagne aussi contre le rap, et autres musiques pas assez « françaises », pas assez de nos traditions et folklore… On a vu récemment, comment cette propagande identitaire a abouti , a été très largement reprise, avec l’annulation du concert de Black M à Verdun.
    > Ces identitaires ont aussi largement inspiré toutes ces droites fascisantes et réactionnaires dans l’usage du Web, dans la fabrication de faux, d’intox et de buzz. Une stratégie inspirée par leur maître à penser, Jean Yves Le Gallou, qui insistait sur l’intérêt très pratique, pour développer un fascisme et racisme new-look, de la viralité et de l’anonymat du web. Sur l’avantage du brouillage des pistes et repères . On voit ainsi des sites ayant l’allure de banals sites d’infos locales, « Infos-Bordeaux » par ex, donnant par ex les résultats des match de foot du coin, être en fait des sites de hameçonnage raciste et identitaire
    > Cette nébuleuse identitaire est bien sûr un appui important, même si cela essaie de rester discret, du FN. Elle a aussi des connexions étroites avec des têtes d’affiches plus présentables, dont certaines sont citées dans cet article La Horde = Jean-Yves Le Gallou, Alain de Benoist, ( dont la vieille revue « Eléments » se trouve à présent en vente dans les librairies sous une apparence très luxueuse et trompeuse) ,la vieille ganache anti-communiste et pétainiste Xavier Raufer (qu’on voit sur les télés, présenté comme « expert criminoloque », ), Yvan Roufiol, l’éditorialiste raciste et ultra-réac du Figaro; Riposte–prétendumment– Laïque et sans crainte de la contradiction, les intégristes catho. Toute cette faune était bien sûr en vedette du « RDV des Patrtiotes » que Ménard et son staff identitaire avait organisé à Béziers fin mai.
    > « L’expertise » de ces identitaires est souvent recyclée et employée au sein du FN ou des ses mairies. Outre les cas de Philippe Vardon à Nice; de Julien Langella embauché comme « expert en communication » à la mairie FN de Cogolin, (cas cités par La Horde) mentionnons aussi André-Yves Beck, dont Ménard a fait son Directeur de Cabinet…. (la mémoire nous fait à l’instant un peu défaut,… si vous connaissez d’autres cas, vos précisions et ajouts en commentaires seront bienvenus)

  2. AcierTrempé 3 juin 2016 at 10:05 - Reply

    Les identitaires sont clairement en perte de vitesse : et c’est tant mieux !

    Leur « girouettisme » idéologique est hallucinant : « néo-païens » détestant le drapeau tricolore il y a quelques années ils jouent maintenant la carte « catho facho »…

    Ca sent la fin de vie, d’autant plus que l’AF pèse de plus en plus.
    Malgré l’entrisme des identitaires au FN, ils sont toujours aussi infréquentables. Marion maréchal Le Pen préfère même rendre visite aux antireps d’AF plutôt qu’aux Identitaires.

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