À Paris en mai, l’extrême droite fait ce qui lui plait (#2)

27 mai 2016 1 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Comme depuis de nombreuses années, ce début du mois de mai était chargé pour l’extrême droite française. Entre les deux hommages du 1er mai de la famille Le Pen, le congrès du Parti de la France le 7 mai, les trois défilés du 8 pour Jeanne d’Arc et l’hommage le 9 à Sébastien Deyzieu, il y a avait largement de quoi occuper les sympathisants d’extrême droite. Peut-être trop, comme on va le voir… Après vous avoir raconté le premier mai, voici ce qui s’est passé le week-end suivant.

NovotelLe 7 mai se tenait le congrès du Parti de la France (PdF),  dans le Novotel de Porte de  Bagnolet, un lieu visiblement très accueillant pour l’extrême droite, puisque le banquet de Rivarol s’y était tenu quelques semaines auparavant (avec une bonne partie du même public). Si cela peut paraitre surprenant vu le quartier, il faut savoir que ce Novotel ouvrait déjà ses portes à l’extrême droite dans les années 1990, et que la rareté des salles parisiennes acceptant ce genre de rassemblement ne permet pas d’être exigeant. Des élus PC de Bagnolet s’en sont offusqués : fort bien, mais cela nous semble un peu léger si on veut éviter que la porte de Bagnolet (re)devienne un lieu fréquenté par ces gros nazes.

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Mais revenons au Parti de la France et à son 3ème congrès. Si pour le moment ce mouvement reste groupusculaire, il réussit petit à petit à récupérer les exclus et les cadres déçus du FN, et arrive malgré tout à faire vivoter quelques sections : en Bourgogne avec Benjamin Lematte et Sandrine Debode ; en Picardie avec Thomas Joly ; en Bretagne avec Jean-Marie Lebraud ; à Marseille avec l’ancien animateur du Mouvement Pour une Nouvelle Aurore Olivier Bianciotto ; à Caen avec Bruno Hirout et Guillaume Aguille. Mais la récolte est encore maigre, et au PdF on a tendance à confondre le nombre d’adhérents avec le nombre de cadres qui font tourner la boutique (principalement sur Facebook, d’ailleurs). Au moins au PdF, l’ascension sociale est rapide : à peine a-t-on reçu sa carte de membre qu’aussitôt on se retrouve nommé responsable de quelque chose ou délégué de tel coin de la France !

Le PdF entretenant globalement de bonnes relations avec la mouvance autour de Synthèse Nationale et la version 2.0 du Parti Nationaliste Français, il est intéressant de voir comment les relations vont évoluer entre ces différentes organisations, l’espace politique français permettant difficilement à trois groupuscules de ce type de cohabiter à la droite du FN. C’était donc l’occasion pour Thomas Joly et Carl Lang de bomber le torse et mobiliser sur Paris durant ce week-end, loin de ses bases militantes historiques, et ce malgré l’absence d’invités « extérieurs » (seuls Alexandre Gabriac et Vincent Vauclin passèrent une tête durant le congrès).  Cela a aussi été l’occasion de voir le service d’ordre du PdF, le SEP (Service Encadrement et Protection) à l’œuvre.

PDFAutant dire que l’on a été déçu : si le DPS ne recrutait pas forcément des prix Nobel, ils avaient au moins le « profil » pour le job, du moins au niveau des pectoraux et/ou des avant bras. Là, soyons honnêtes on en est loin, le profil tombe plutôt sur le ventre, et ce sont principalement quelques nordistes proches de Thomas Joly qui se sont tapés le sale boulot. Le soir, tout ce petit monde s’est retrouvé sur la Péniche Nix Nox, quai de la Gare, où leurs amis du Parti Nationaliste Français tenaient leur deuxième Forum de l’Europe.

La péniche NIx Nox. À l'intérieur, des tables de presse, dont celle des Belges de Nation (photo de gauche).

La péniche NIx Nox. À l’intérieur, des tables de presse, dont celle des Belges de Nation (photo de gauche).

 Le fascism porn de la Dissidence

Dissidence_PdF_mai2016Cette année, l’initiative de reprendre la grande parade nationaliste du deuxième dimanche de mai revenait à La Dissidence. Longtemps coincé entre la mouvance « Soral-Dieudonné » et l’extrême droite classique, La Dissidence a jusqu’à présent été un groupuscule discret quant à son activité, et dont les militants étaient peu nombreux. Mais depuis un peu plus d’un an, Vincent Vauclin et ses amis ont visiblement réussi à rencontrer quelques jeunes à la dérive venus renforcer leur rang, et la Dissidence a ramassé les miettes d’un petit groupe parisien lui même émanant d’un groupuscule marseillais, le tout permettant de dépasser la poignée de militants et de faire « comme les grands » en paradant dans les rues de Paris.

DissidenceD’autant que tout ce petit monde a décidé d’afficher au grand jour son adhésion au fascisme, sans aucune retenue ! Forcément ça plaît à certains, et Vauclin pu se faire plaisir dans son nouveau délire hipster-faf. Si la ligne fasciste assumée apporte toujours son contingent de sympathisants égarés, c’est souvent accompagné d’un deuxième effet kiss-cool, celui des emmerdes à retardement. On sait que ce genre de groupes « plus-radical-que-moi-tu-meurs », comme l’ont été en leur temps Unité radicale ou Nomade 88, attirent des mythomanes en manque de sensations fortes, mais aussi d’authentiques têtes brûlées, susceptibles d’attirer des ennuis à l’organisation. Pour preuve, la présence aux côtés de la Dissidence des quelques rares membres du Front de Défense de la France, qui pourraient presque faire rire tellement ils sont caricaturaux, mais qui sont quand même prêts à aller jusqu’en Hongrie pour rencontrer la section Blood & Honor locale et participer à une commémoration en hommage aux anciens Waffen SS de la Division Wiking…

Décadence française

La Dissidence n’a pas que des amis chez les nationalistes… Ça se moque sur internet !

Si le Parti de la France s’était associé à l’appel de Vincent Vauclin, le PNF mené par Alexandre Gabriac et Yvan Benedetti avait lui préféré se retrouver tout seul place de la Madeleine avant de rejoindre en cortège la place des pyramides. Il semblerait que les dernières frasques amoureuses du patron de La Dissidence[1] aient refroidi considérablement les relations entre les deux formations, une actrice porno aussi patriote et nationaliste soit-elle ne correspondant pas vraiment à l’image du couple idéal version « travail-famille-patrie ».

Le PNF sauvé par les étrangers

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De gauche à droite : André Gandillon du journal Militant ; Stanislav Vorobyov président du Mouvement Impérial Russe ; Sigrid Schüßler de Pegida (Allemagne) ; Yvan Benedetti ; Manuel Andrino Lobo de la Phalange espagnole ; Nick Griffin du BNP anglais ; Irène Pappa-Dimopoulou d’Aube Dorée (Grèce) ; Manuel Canduela de Démocratie Nationale (Espagne) et François Ferrier, président des Amis de Pierre Sidos.

C’est donc un cortège d’une centaine de personnes seulement qui a défilé derrière la banderole de tête tenue par les invités européens du 2ème Forum de l’Europe organisé par le PNF. Malgré la faible mobilisation à la fois pour le Forum et pour la manif, il faut reconnaitre la présence de quelques personnalités « de marque » dont peut s’enorgueillir le PNF (mais c’est là principalement le travail d’Yvan Benedetti) avec Sigrid Schussler du mouvement  allemand Pegida (qui fait rêver toute l’extrême droite française), mais aussi Nick Griffin du BNP anglais qui avait déserté la France ces dernières années, et enfin un nouveau porte drapeau en la personne de François Veyret (appelé aussi Veyret-Passini).

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François Veyret

Ce dernier, ancien candidat du FN dans les années 2000, a tenté de faire parler de lui il y a deux ans en entamant une grève de la faim lors de l’arrivée de l’exposition « Piss Christ » en Corse. Après avoir finalement arrêté sa grève de la faim au bout de quelques jours (il y a des limites au sens du sacrifice), il édita une brochure intitulée Piss Christ Fora, reprenant le fameux I Francesi Fora (les français dehors) des autonomistes corses,  mais sans parvenir à faire prendre la mobilisation, comme l’avait en revanche réussi Civitas autour de la même expo à Paris. Il a fait tout de même deux ou trois conférences, surtout organisées par les militants de l’Œuvre française (à Nancy et à Lyon), mais son acte militant le plus fort a très certainement été d’avoir fait le GR20 en Corse en compagnie d’Yvan Benedetti (pour les 50 ans de ce dernier). Ça fonctionne aussi comme ça à l’OF, on marche dans les pas du chef et on se retrouve en tête … ou on dégage !

Bis repetita placent

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En haut à droite, Epona qui a remplacé les Brigandes.

Plus tard dans l’après-midi,  le PdF et le PNF ont gardé l’essentiel  de leur troupe pour le défilé Civitas.  Concernant cette manifestation, elle fût à peu de chose prêt la simple copie de celle de l’année dernière, nous ne referons donc pas l’effort de vous en parler et renverrons à l’article de l’année dernière. A noter la très faible présence du Renouveau Français à la manif du matin, mais qui aura un petit cortège dans la manif Civitas, et l’absence tant commenté du groupe Les Brigandes censé assurer la partie musicale[2], après les déboires rencontrés par le groupe, ce dernier est remplacé au pied levé par la chanteuse Epona, déjà connus des lecteurs assidus de la Horde, on l’avait aperçu le matin même tenant la banderole des Caryathides, mais aussi le 1er mai sur l’estrade au côté de Jean-Marie Le Pen, et que l’on va retrouver le 9 mai, avec le Gud cette fois.

Bêtes et Sébastien

9_mai_2016Cette longue période de mobilisation s’est achevée piteusement le lundi 9 mai dans la soirée, avec l’hommage à Sébastien Dezieu, à l’appel du GUD. Si globalement toutes les formations politiques ont rappelé sur leur page Facebook la mort de ce militant de l’Œuvre Française, peu avaient relayé l’appel à se rassembler pour le traditionnel hommage. Et cela c’est rapidement ressenti sur place : bien loin des mobilisations fastes de certaines années (et ce même quand la date était en semaine), on comptait à peine une soixantaine de personnes au départ de la mobilisation, essentiellement des gens proches du GUD Lyon et Paris, pour atteindre péniblement les 80 individus lorsque le cortège s’est mis en route. Peu, voire pas d’anciens : la moyenne d’âge des participants était très jeune. Cette désaffection pour une date pourtant forte en symboles chez les radicaux peut s’expliquer à la fois par le grand nombre de manifestations nationalistes en peu de jours, mais sans doute également par les récents remous qui ont agité le GUD, dont les deux leaders, parisien et lyonnais, ne sont pas connu pour leur qualité de dialogue et d’ouverture en direction des autres mouvements. Les comportements de petits caïds des chefs gudars ne sont sans doute pas étrangers à cette faible mobilisation. L’absence de Logan Djian, interdit de séjour à Paris depuis son agression d’Edouard Klein et en attente de procès, se fait aussi sentir dans les rangs parisiens : pour preuve, c’est le responsable lyonnais Steven Bissuel qui anima l’hommage.

Au final, que retenir de ces 10 premiers jours de mai ? Que Jean-Marie Le Pen semble plus enclin à régler ses comptes avec sa fille que de fédérer les déçus du Front National version Marine autour de lui. Que le Parti de la France se sent pousser des ailes et récupère peu à peu  les cadres qui quittent le FN. Que l’Action française semble s’être renforcée numériquement et se positionne comme une force importante de la mouvance nationaliste. Que la Dissidence a clairement décidé d’assumer le rôle de groupuscule mytho et attrape-couillons et que le GUD Paris/Lyon s’isole peu à peu du reste des autres mouvements.

La Horde

  1. Plusieurs nationalistes ne pardonne pas à Vauclin sa liaison avec « Electre », une actrice de porno qui se revendique « nationaliste ». []
  2. Comme nous l’avions pronostiqué, les pauvres militants présents ont dû également subir les chœurs Mont-joie Saint-Denis… []

Un commentaire »

  1. Redkick 2 août 2016 at 15:11 - Reply

    Salut à vous je voudrais vous informer que très bien tôt dans le coin de pont a mousson il y aura une réunion, stages divers pour mongol fafs du pnf et autres cons du genre. Allez voir Jeune nation lorraine ils en parlent du lieu et date…. Si y a du monde motivé pour…… No pasaran

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