Cluses (74) : le FN contre « la haine anti-flics » et au service de la répression

24 mai 2016 0 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Article de l’Action antifa 74 :

Ce mercredi 18 mai 2016 était organisée, à l’initiative d’ un « citoyen », une manifestation contre « la haine anti-flics ».  Pour Le Dauphiné Libéré, le rassemblement a réuni « une trentaine à s’être déplacés, citoyens souhaitant apporter leur soutien aux forces de l’ordre ».

Karam Aoun, un citoyen nationaliste et islamophobe

Karam Aoun, un citoyen nationaliste et islamophobe

De qui se moque t-on ? Le Dauphiné est dans la pure contre-information en niant complètement le fait que ce rassemblement était à l’initiative unique de Karam Aoun, un représentant bien connu du Front National de la vallée de l’Arve s’étant présenté aux dernières élections régionales, en cinquième position de la liste Haute-Savoie. Karam Aoun est un admirateur du site islamophobe « Riposte Laïque » comme il l’écrit lui-même dans un de ses commentaires : « A part sur votre site et un peu le philosophe Michel Onfray on n’entend jamais parler de ce grand danger qui est l’Islam pour la France, l’Europe et  monde. Le politiquement correct nous interdit de le faire et nous devenons des islamophobes racistes dès qu’on dit tout simplement le mot  »Islam » ». D’un rassemblement « citoyen », c’était surtout une réunion Front National en plein air qui a eu lieu ce mercredi 18 mai à Cluses.

En complaisance directe avec les organisateurs, Le Dauphiné Libéré manque de dire que ce rassemblement a été un « flop » général. De notre côté, nous avons comptabilisés une petite vingtaine de participantEs, masséEs derrière une ridicule banderole « Stop à la Haine anti-flic »  accrochée autour de deux drapeaux tricolores. Aucun slogan, aucune prise de parole, aucune distribution de tracts, ni aucun drapeau Front National. Ce rassemblement était surtout une petite prise d’air de fin de journée pour de « vieux » militantEs et sympathisantEs F.N. Une dizaine de militantEs antifascistes ont ainsi pu alerter les personnes présentes sur un marché sur la nature de ce rassemblement.

«Haine anti-flic » : une récupération au service de la répression

Karam Aoun en chemise grise. Guy PetitJean Genaz tout à droite, militant FN sur Sallanches.

Karam Aoun en chemise grise. Guy PetitJean Genaz tout à droite, militant FN sur Sallanches.

Karam Aoun a tenté une récupération honteuse de l’émotion populaire après les attentats de Charlie Hebdo. Dans son appel au rassemblement, il déclarait que « l’élan de solidarité de janvier 2015 envers la police a perdu de sa ferveur », qu’« il y a acharnement irresponsable à vouloir faire croire que les forces de l’ordre sont des brutes sauvages qui frappent aveuglément sur la jeunesse ».

Premièrement, il est clair que les personnes qui s’opposent à la police aujourd’hui ne le font pas contre « l’élan de solidarité de janvier 2015 » mais  bien parce qu’en voulant conserver le peu de droit du travail existant, elles se voient opposer une répression policière et judiciaire. La police devient une barrière à l’expression populaire.

En effet, nous considérons que la police est sensée être un outil pour la sécurité du peuple, ainsi il était légitime qu’elle joue ce rôle lors des attentats de novembre. A l’inverse, il est illégitime que cet organe d’Etat soit utilisé dans un but répressif et anti-progressiste. Si la police doit protéger le peuple lors d’attentats réactionnaires, il est inadmissible d’utiliser ce chantage à la peur pour criminaliser les luttes sociales. Nous voulons une protection sociale et culturelle : en réprimant le mouvement actuel contre la loi « travail », la police est un adversaire du peuple. Notre oppsition à la police se fera dans chaque situation où elle deviendra une entrave réelle à l’expression démocratique des masses populaires, comme lorsqu’elle réprime les freeparty, les luttes sociales et les espaces d’autonomie populaire.

Enfin, il y a un « deux poids deux mesures » insupportable : les CRS qui ont tués Remi Fraisse en octobre 2014 n’ont jamais été poursuivis, les policiers qui n’ont pas porté secours à Zyed et Bouna en octobre 2005 ont été « acquittés ».  Le F.N tente donc une instrumentalisation honteuse de l’émotion populaire et révèle son vrai visage de supplétif de la répression d’Etat.

Faiblesse des fascistes, force du fascisme

Ce que l’on peut également noter c’est que le F.N peine à mobiliser rapidement sur le terrain, révélant à quel point le militantisme réel, y compris d’extrême droite, reste faible. Cependant, cela ne doit pas nous faire croire que l’extrême droite n’est pas un danger aujourd’hui : le fascisme gagne clairement sur le terrain culturel et idéologique, notamment dans les couches réactionnaires que ce soit les commerçantEs ou le petit patronat local. Il est d’ailleurs illustratif que Karam Aoun ait cherché à mobiliser les commerçantEs. A Cluses, le FN recueille régulièrement plus de 30 % des suffrages exprimés (14 % des inscritEs) aux différentes élections, et a pourtant une faible présence sur le terrain. Nous savons que l’indifférence face à la politique alliée de l’individualisme favorise l’abstention et le renforcement de l’extrême droite. Pour autant, tous les secteurs de la population ne sont pas indifférents, comme le révèle le moment d’autodéfense populaire contre la venue de Dominique Martin dans le quartier populaire des Ewues lors des municipales de 2014.

AFA74Au final, ce rassemblement contre la « haine anti-flics » à Cluses a été un flop, révélant le décalage entre la présence militante et l’impact électoral. Ce rassemblement est également une illustration de la stratégie du F.N de dissimulation de ses actions sous couvert de « citoyennisme », avec une complaisance directe des médias locaux. Face à un Front National qui s’annonce être plus que jamais le maître d’orchestre idéologique de la campagne présidentielle, il est déterminant que les progressistes sincères se rassemblent dans un réseau antifasciste autonome.

AFA 74

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