Corse : réaction à l’incendie de la salle de prière de Mezzavia

8 mai 2016 2 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

[Mise à jour du 13 mai : d’après plusieurs faits et témoignages, l’incendie pourrait être une opération soit crapuleuse (vol) soit immobilière, le mobile raciste ne venant qu’en arrière-plan, puisqu’il s’agirait vraisemblablement de surtout choisir une victime qui, étant donné l’islamophobie ambiante, aurait du mal à se défendre.]

Communiqué du Collectif antifasciste et antiraciste de Corse du Sud :

Ajaccio, le lundi 2 mai 2016

L’incendie de la salle de prière de Mezzavia ne doit pas resté impuni !

salle_de_priere_incendieeNous, organisations associatives, syndicales et politiques, militants et citoyens engagés, membres du Collectif antifasciste et antiraciste de Corse, dénonçons avec fermeté l’incendie criminel, raciste et islamophobe de la salle de prière de Mezzavia. En s’attaquant à ce lieu, les auteurs de cet acte visent tous nos concitoyens de confession musulmane et, au-delà, tous les démocrates.

En effet, quand un lieu de culte, quel qu’il soit, est saccagé, ce sont les valeurs et principes républicains qui sont mis à mal. Alors que la laïcité garantit à tous la liberté de conscience et de culte, il n’est pas tolérable que quiconque soit empêché de pratiquer sa religion, dès lors que la pratique de celle-ci s’inscrit dans le cadre de la Loi.

L’incendie de ce samedi s’ajoute à une longue liste d’actes racistes survenus ces derniers mois, encouragés par des groupuscules fascistes qui tentent de se structurer en Corse comme ailleurs. Ces actes s’inscrivent dans une logique de haine de l’autre ; ils sont le poison distillé par les extrémistes de tous bords, qui divise le peuple et fissure le vivre ensemble. En Corse comme ailleurs, il est temps de construire une société qui nous rassemble, au-delà des origines et des croyances. Nous affirmons que les identités de chacun, toujours plurielles, sont une source de richesse.

Par ailleurs, alors que les auteurs des exactions commises aux Jardins de l’Empereur et à la salle de prière de Saint-Jean, en décembre dernier, n’ont toujours pas été arrêtés et encore moins jugés, nous nous interrogeons sur la responsabilité politique de l’État. En effet, faute d’une réponse à la hauteur des enjeux, tout se passe comme s’il était permis de s’en prendre aux lieux de cultes musulmans ainsi qu’aux personnes supposées pratiquer l’Islam. Même si les coupables de l’incendie survenu samedi ne sont pas encore identifiés, il ne fait aucun doute qu’ils ne pouvaient qu’être encouragés par le sentiment d’impunité qui règne depuis quelques mois.

*Organisations signataires : Association populaire des Tunisien de Corse (APTC), Cercle Communiste Révolutionnaire Sambucucciu, CGT 2a2b, Corsica Palestina, EELV, FSU 2a2b, Jeunes communistes de Corse, A Manca, Manca Alternativa / Ensemble, Parti Communiste Français, Per a Pace, RESF, Réseau VIA, Tarra d’accolta, Utopia.

2 commentaires »

  1. Touffany 10 mai 2016 at 23:57 - Reply

    S’il est admis que brûler un lieu de culte (ici musulman) est une monstruosité, que dire alors des incendies d’églises perpétrés durant la guerre d’Espagne par certains anarchistes et de l’assassinat de prêtres ? Le village de Belchite demeure le témoignage des débordements de la colonne Durruti. La colère prolétarienne – aveugle – conduit à bien des exactions, en Corse, aujourd’hui, comme en Espagne, hier. Les humbles, au ras-le-bol évident, se perdent en des erreurs et horreurs coupables. S’il est admis qu’il n’y a aucune gloire à saccager un lieu de culte musulman, alors reconnaissons qu’il fut, encore dans les années 70-80, un acte bien vain de scier des crucifix en bordures de routes méridionales, pour ce que cela a rapporté à leurs auteurs, militants anarchistes, capables du meilleur comme du pire (un jour, ils bataillaient pour des ondes libres avec « Radio Trottoir » et, le lendemain, ils usaient de la scie aux croisements de routes départementales).

    • La Horde 11 mai 2016 at 16:12 - Reply

      Il n’y a aucune comparaison possible entre la situation de la Corse aujourd’hui et celle de l’Espagne hier. En effet, la motivation des actes islamophobes est clairement raciste, dirigée contre une minorité déjà fragilisée par des discriminations héritées de l’histoire coloniale du pays, alors que les Républicains espagnols s’en prenaient à une institution puissante, l’Église, un allié objectif des nationalistes, qui appelait à une véritable « croisade » anti-républicaine, et il n’y eut guère que quelques prêtres basques pour se ranger aux côtés des Républicains, l’ensemble du clergé prenant fait et cause pour le franquisme. On peut bien sûr déplorer les horreurs de la guerre, et les massacres de part et d’autre. Mais signalons quand même que si l’Église reconnait 977 martyrs pendant la guerre d’Espagne, le massacre de Guernica, à lui seul, compte près de 1700 victimes…

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