- La Horde - http://lahorde.samizdat.net -

Quartiers libres : “Nuit debout pas sans nous”

Comme nous, le site Quartiers libres [1] défend la participation aux Nuits Debout, en particulier face à celles et ceux qui, prétendant à eux seulEs parler au nom des quartiers populaires,  “tirent aujourd’hui à boulet rouge sur Nuit Debout” mais “se précipitent sur le premier strapontin que le système leur propose.

Voilà quatre semaines que la « nuit debout » occupe les places et tente de créer des convergences entre les différentes luttes avec comme axe centrale la lutte contre la loi « travail ». C’est peu dire que le mouvement arrive à un tournant et que de nombreuses forces médiatiques et politiques s’échinent à lui imposer d’effectuer un virage doux et consensuel. Lordon l’a très bien expliqué dans son intervention du 20 avril à la bourse du travail :

« Et les constants efforts de cette chefferie, c’est de pousser le mouvement qui les déborde complètement, dans un sens qu’ils croient contrôlable. Et en l’occurrence dans le sens de ce que j’appellerai le citoyennisme intransitif. C’est-à-dire le citoyennisme pour le citoyennisme, qui débat pour débattre, mais ne tranche rien, ne décide rien et surtout ne clive rien. Une sorte de rêve démocratique cotonneux précisément conçu pour que rien n’en sorte. Et même pour qu’on oublie aussi vite que possible la raison première qui nous a rassemblés : renverser la loi El Khomri et son monde ».

sihame_marseille-2 [2]Dans cet effort pour contrôler nos nuits et nos jours le système fait jouer tous ses réseaux. Il n’est pas étonnant que des « leaders des quartiers populaires » coopté-e-s par les beaux quartiers participent à infléchir le chemin de « nuit debout » et jouent consciemment ou non dans ce grand concert leur partition. Aucune force politique, aucun acteur-rice des quartiers populaires n’a à lui seul une base sociale suffisante pour prétendre représenter les quartiers populaires. Nos quartiers ont ainsi beaucoup de haut-parleurs et parfois des beaux parleurs qui se payent bien souvent plus de mots que de luttes. C’est une partie d’entre eux que le pouvoir médiatique met en scène pour illustrer la fracture entre « nuit debout » et les quartiers populaires. Une grande partie de ces acteurs de quartiers qui tirent aujourd’hui à boulet rouge sur « nuit debout » est formée par ceux qui se précipitent sur le premier strapontin que le système leur propose. Il est plus facile pour eux de mettre en scène leur indépendance et radicalité face aux efforts de convergence des luttes de nuit debout que de résister aux sirènes du pouvoir quand on leur demande de jouer les figurants sur les affiches électorales ou encore les conseillers de l’institution. Le premier argument qu’ils renvoient à « nuit debout », c’est sa composition sociale qu’ils réduisent à des classes moyennes blanches. Nul ne conteste que la Place de la République est majoritairement occupée par des populations blanches issue des classes moyennes qui sont pour une partie d’entre elles en précarisation accélérée. Mais réduire « nuit debout » et la lutte contre la loi « travail » à une affaire de babtous c’est travestir la réalité. Les lycéens et les étudiants qui sont en première ligne face à la loi « travail » sont aussi pour une partie d’entre eux les enfants des quartiers populaires. Quand les chauffeurs de taxi se mêlent aux actions de « nuit debout » c’est bien là aussi une autre fraction des quartiers qui se mobilise. C’est même celle qui a cru, à tort, aux miracles de l’entreprenariat de quartier.

Réduire « nuit debout » et la lutte contre la loi « travail » à un monde blanc c’est un sacré raccourci qui ne vise qu’à oblitérer le point de rencontre possible entre la multitude qui ne forme pas encore un « nous » face a ceux qui détienne le capital et le pouvoir et qui entretiennent les divisions. Le fameux « nous » et « eux » que la porte-parole de la Coordination Nationale Etudiante Aïssatou Dabo a parfaitement résumé. Ceux qui jouent la carte de la distinction jouent des fractures réelles de notre société pour se mettre en scène et gratter une exposition médiatique qu’ils sauront faire fructifier le moment venu. Un de leur argument massue est cette punch-line : « vous étiez où en 2005 ? ». Sans ironie, on peut leur répondre que les animateurs de « nuit debout » étaient chez eux tout comme 99% de leurs actuels détracteurs.

Lire la suite ici [1]