Quartiers libres : « Nuit debout pas sans nous »

28 avril 2016 4 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Comme nous, le site Quartiers libres défend la participation aux Nuits Debout, en particulier face à celles et ceux qui, prétendant à eux seulEs parler au nom des quartiers populaires,  « tirent aujourd’hui à boulet rouge sur Nuit Debout » mais « se précipitent sur le premier strapontin que le système leur propose.« 

Voilà quatre semaines que la « nuit debout » occupe les places et tente de créer des convergences entre les différentes luttes avec comme axe centrale la lutte contre la loi « travail ». C’est peu dire que le mouvement arrive à un tournant et que de nombreuses forces médiatiques et politiques s’échinent à lui imposer d’effectuer un virage doux et consensuel. Lordon l’a très bien expliqué dans son intervention du 20 avril à la bourse du travail :

« Et les constants efforts de cette chefferie, c’est de pousser le mouvement qui les déborde complètement, dans un sens qu’ils croient contrôlable. Et en l’occurrence dans le sens de ce que j’appellerai le citoyennisme intransitif. C’est-à-dire le citoyennisme pour le citoyennisme, qui débat pour débattre, mais ne tranche rien, ne décide rien et surtout ne clive rien. Une sorte de rêve démocratique cotonneux précisément conçu pour que rien n’en sorte. Et même pour qu’on oublie aussi vite que possible la raison première qui nous a rassemblés : renverser la loi El Khomri et son monde ».

sihame_marseille-2Dans cet effort pour contrôler nos nuits et nos jours le système fait jouer tous ses réseaux. Il n’est pas étonnant que des « leaders des quartiers populaires » coopté-e-s par les beaux quartiers participent à infléchir le chemin de « nuit debout » et jouent consciemment ou non dans ce grand concert leur partition. Aucune force politique, aucun acteur-rice des quartiers populaires n’a à lui seul une base sociale suffisante pour prétendre représenter les quartiers populaires. Nos quartiers ont ainsi beaucoup de haut-parleurs et parfois des beaux parleurs qui se payent bien souvent plus de mots que de luttes. C’est une partie d’entre eux que le pouvoir médiatique met en scène pour illustrer la fracture entre « nuit debout » et les quartiers populaires. Une grande partie de ces acteurs de quartiers qui tirent aujourd’hui à boulet rouge sur « nuit debout » est formée par ceux qui se précipitent sur le premier strapontin que le système leur propose. Il est plus facile pour eux de mettre en scène leur indépendance et radicalité face aux efforts de convergence des luttes de nuit debout que de résister aux sirènes du pouvoir quand on leur demande de jouer les figurants sur les affiches électorales ou encore les conseillers de l’institution. Le premier argument qu’ils renvoient à « nuit debout », c’est sa composition sociale qu’ils réduisent à des classes moyennes blanches. Nul ne conteste que la Place de la République est majoritairement occupée par des populations blanches issue des classes moyennes qui sont pour une partie d’entre elles en précarisation accélérée. Mais réduire « nuit debout » et la lutte contre la loi « travail » à une affaire de babtous c’est travestir la réalité. Les lycéens et les étudiants qui sont en première ligne face à la loi « travail » sont aussi pour une partie d’entre eux les enfants des quartiers populaires. Quand les chauffeurs de taxi se mêlent aux actions de « nuit debout » c’est bien là aussi une autre fraction des quartiers qui se mobilise. C’est même celle qui a cru, à tort, aux miracles de l’entreprenariat de quartier.

Réduire « nuit debout » et la lutte contre la loi « travail » à un monde blanc c’est un sacré raccourci qui ne vise qu’à oblitérer le point de rencontre possible entre la multitude qui ne forme pas encore un « nous » face a ceux qui détienne le capital et le pouvoir et qui entretiennent les divisions. Le fameux « nous » et « eux » que la porte-parole de la Coordination Nationale Etudiante Aïssatou Dabo a parfaitement résumé. Ceux qui jouent la carte de la distinction jouent des fractures réelles de notre société pour se mettre en scène et gratter une exposition médiatique qu’ils sauront faire fructifier le moment venu. Un de leur argument massue est cette punch-line : « vous étiez où en 2005 ? ». Sans ironie, on peut leur répondre que les animateurs de « nuit debout » étaient chez eux tout comme 99% de leurs actuels détracteurs.

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4 commentaires »

  1. DJamel 9 mai 2016 at 08:38 - Reply

    « Aucune force politique, aucun acteur-rice des quartiers populaires n’a à lui seul une base sociale suffisante pour prétendre représenter les quartiers populaires. » Oui, mais ils peuvent avoir une légitimité. En tant qu’habitant de quartier populaire et cité HLM, je peux avoir au moins cette légitimité de parler de ce que vivent mes voisins aussi dans d’autres quartiers. Je trouve dommage que dans votre site, vous participiez aux amalgames entre des positions personnelles et celle d’une organisation (Pas Sans Nous) qui a au contraire officiellement appelé à une convergence et qui essaie d’être un porte voix (et non porte parole). Et l’apprentissage ne se fait pas sans remise en question. Là encore, nous n’aurions pas le droit d’essayer ?
    Cette position nous renvoie encore à un ressentiment d’une incapacité de déterminer nos propres stratégies. Cette condescendance, nous ne l’acceptons plus ! Je suis un Pas Sans Nous, et j’ai jamais vu le PS nous influencer, ni personne d’autre d’ailleurs. Tout le monde en prend pour son grade s’il n’est pas en phase avec l’intérêt général des habitants des quartiers populaires. Maintenant, ceux qui connaissent si bien le mouvement peuvent discuter à l’intérieur comme à l’extérieur. Ils savent la vérité. Et l’important c’est la position officielle d’un groupe, pas de la fausse propagande sur des blablas.
    J’ai pas à me justifier mais juste à relater que beaucoup d’acteurs de quartiers populaires participent aux convergences de luttes sans distinction de groupes et sans chercher la division.
    DJamel

  2. Michelle 29 avril 2016 at 10:50 - Reply

    Holala je me suis très mal fait comprendre.

    1. Ce qui se passe dans les cités est un mécanisme que les différents gouvernements ont créé, que nous avons depuis longtemps compris et que selon moi, les puissants ont mis de côté en 2005, avec le consentement de l’opinion publique.

    2. Mon propos était de dire que le groupe « Banlieue debout » en présence n’est PAS allé vers ces jeunes, n’a pas tenté le dialogue et encore moins de les intégrer à l’action. Faute.

    3. Je suis de l’autre côté du périph et j’ai bien sûr d’autres ambitions pour ma famille, mes amis et mes voisins que le deal et l’esclavage entrepreneurial.

  3. Michelle 29 avril 2016 at 08:43 - Reply

    Hello
    Banlieusarde squattant plutôt à Paris, j’ai attendu longtemps une extension en banlieue. J’ai fais une nuit debout en banlieue. Arrivée tôt, je voulais parler un peu avec les gens du quartier, les inciter à nous rejoindre. Les jeunes m’ont avec vigueur expliqué que ça ne se ferait pas là car on allait faire venir les flics et gênés le biz. Je leur explique Loi travail, pas que à Répu nanana…. Eux ils me disent sincèrement « on a pas besoin des Parisiens nous, on veut rien changer, on a galéré, on est tranquilles, foutez nous la paix ».
    On continue à discuter, les organisateurs arrivent, ils nous mettent simplement ailleurs, évitant les jeunes.

    Je suis partie. Banlieue debout c’est pas les militants intronisés par les chefs parisiens qui doive la faire. Ce sont les gens qui vivent et portent la banlieue, ce sont les gens qui ont été là avec eux pendant les émeutes.
    Ce mouvement qui m’a beaucoup emballé est BLANC et BOURGEOIS et se donne la prétention de savoir ce que veulent ceux qui ne le rejoignent pas.

    • La Horde 29 avril 2016 at 09:38 - Reply

      Si comme tu le prétends, celles et ceux qui veulent faire bouger les choses sont « blancs et bourgeois » et que les « jeunes de banlieue » ne veulent rien changer parce que ça gène le « biz », on est bien dans la merde 😉 Il nous semble que les choses ne sont pas aussi monolithiques ni aussi caricaturales. La manif du 28 avril n’avait pas la même physionomie que celles de la Manif pour Tous (blanche et bourgeoise), et tous les jeunes de l’autre côté du périphérique n’ont pas comme seule ambition de devenir dealer ou auto-entrepreneur… Permets nous de garder encore un peu d’espoir dans un futur possible.

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