Finkielkraut, Nuit Debout et la sacrosainte « liberté d’expression »

21 avril 2016 2 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Lu sur le site Lutte en Nord, la réaction de l’Action antifasciste NP2C à l’éviction de Finkielkraut à la Nuit debout de samedi dernier :

« Gnagnagnagnagnagna! » : sur la sacrosainte « liberté d’expression »

FinkielkrautTout le monde a eu l’occasion de voir Alain Finkielkraut se faire expulser de la place de la République ce weekend. Cet épisode guignolesque a suscité de nombreuses réactions dénonçant les agissements d’une « minorité » ne respectant pas la liberté d’expression.
Premièrement, rappelons qui est Alain Finkielkraut. Vulgaire relais d’opinion, c’est dans ce cadre qu’il anime une émission hebdomadaire sur France Culture. Outre ses interventions radiophoniques, il fait partie de cette poignée d’intellectuels autoproclamés qui définissent la doxologie républicaine du moment. Depuis de trop nombreuses années, il se pavane dans les médias pour vendre sa soupe réactionnaire et raciste. Fustigeant sempiternellement la gauche et faisant de la traque des musulmans un sacerdoce.
Vendredi, il a décidé de se rendre au rassemblement Nuit Debout afin d’en prendre le pouls. Comme chacun le sait, hormis lui vraisemblablement, Nuit Debout est un mouvement de gauche. Il est né de la contestation de la Loi travail et a largement dépassé ce cadre. En effet, depuis quelques semaines, le mouvement s’intéresse à des thématiques variées, allant de la lutte dans les prisons, à une remise en question intégrale du système capitaliste. Nuit Debout aide les migrants face à la répression d’Etat et se prononce en faveur d’une explosion de la démocratie parlementaire telle qu’elle se pratique. Toutes les réponses apportées à ces questionnements sont invariablement de gauche. D’ailleurs, l’un de ses moteurs idéologiques est un marxiste et n’est autre que Frederic Lordon. Partant de cela, pouvons nous être étonné qu’un pitre comme Finkielkraut n’ait pas le droit de cité ? Les participants de Nuit Debout ont ils représenté une entrave à sa liberté ?
Poser la question de la liberté, c’est avant tout savoir se positionner par rapport à elle. Lorsqu’on l’évoque, beaucoup pensent qu’elle transcende les clivages inhérents à la société. Beaucoup pensent que tout le monde à une seule et même définition du mot liberté. Dans les faits, le corps social n’étant pas monolithique, chacun à sa propre définition de la liberté correspondant à sa position sur l’échiquier. Dans une entreprise, un patron défendra sa liberté d’entreprendre alors qu’un salarié défendra l’idée de s’affranchir du salariat. Il en va de même pour la liberté d’expression. Elle est intrinsèquement liée à la position que l’on occupe. Suivant cette dernière nous défendront une position plutôt qu’une autre. Dans une assemblée se voulant constructive, il est tout bonnement impensable que deux positions radicalement opposées puissent coexister. Si c’est le cas, les débats se transformeront invariablement en joutes verbales stériles. Si un mouvement politique désire être constructif il est nécessaire de neutraliser les tendances s’opposant radicalement à ses principes fondamentaux. Par conséquent, il va de soi qu’un mouvement de gauche comme Nuit Debout s’oppose à un nervis de droite comme Finkielkraut qui n’apporterait rien aux débats. Pire, sa participation ne serait que parasitisme.
Penser que nous sommes tous unis dans un même dessein est un leurre. La République n’est pas une et indivisible, elle est divisée entre ceux qui tiennent le pouvoir et les autres. Elle est divisée entre les héritiers des versaillais et les héritiers de la Commune. Elle est divisée entre différentes communautés d’intérêts antagonistes, cela à un nom : la lutte des classes. La réaction des personnes de Nuit Debout a été salvatrice pour le mouvement. Elle a permis de tracer une ligne de démarcation nette entre les progressistes, de toutes tendances confondues et la racaille réactionnaire et raciste dont Finkielkraut n’est qu’un avatar. Le mouvement contre la Loi travail et son prolongement préfigurent les grands changements à venir.

Prolongeons le combat, descendons dans la rue Mercredi, bloquons tout !
Ce n’est qu’un combat, continuons le début !

Action Antifasciste NP2C

2 commentaires »

  1. thitho 23 avril 2016 at 20:57 - Reply

    Non, on n’est pas obligé de donner la parole à tout le monde.

    Même sur la place publique.

    Voilà, alors je suis désolé d’avoir sans doute un point de désaccord avec certains, mais, si je ne trouve pas normal que l’on limite l’accès à un espace démocratique à certains comme Chouard ou Collon, par contre le rejet d’un Finkielkraut, quelles qu’en soient les conséquences dans les médias bien pensants, m’apparait légitime.

    De toute façon, quoi qu’il soit fait ou réalisé dans les nouvelles organisations de protestation (et j’espère de construction), ce sera critiqué dans « les milieux autorisés ». Alors on s’en fout, de leurs réactions. Défendre son point de vue pied à pied, c’est la base de la démocratie, bien plus que l’acceptation de quiconque.
    D’autre part, Finkielkraut savait parfaitement qu’il n’était pas le bienvenu. Mais que lui importait. Il aurait gagné dans les deux cas: laissé libre de parler, il aurait eu tribune gratuite pour son habituelle logorrhée contre-productive et sans aucun intérêt; chassé comme il l’a été, il a pu se poser en martyr. Mieux valait cette solution. C’est un homme qui n’a de poids que dans son petit milieu réactionnaire, et on a autre chose à foutre que de l’écouter.

    Je sais que d’aucuns ne seront pas d’accord avec moi, même dans mon camp (oui, car il y a des camps).

    Par contre, et là, je lance, si je peux, un appel, une alerte, une alarme, le refus de discussion avec des Collon ou des Chouard, par exemple, est le première étape vers un jeu d’exclusions mutuelles improductif qui n’aura comme effet que de réduire à rien un ersatz de mouvement qui pourrait avoir de l’avenir.
    Si Finkielkraut est tout à fait clair dans son camp, et s’il est évident qu’il s’agit d’un ennemi de classe, personne ne peut affirmer que ce soit le cas pour Chouard, Collon et tant d’autres. Les petits jeux de condamnation de crimes par association doivent cesser. Leurs tenants doivent être exposés et il faut qu’ils puissent, eux aussi, être remis en question.

    • luc nemeth 2 mai 2016 at 17:42 - Reply

      ben voyons… Certes Finkielkraut a eu ce qu’il cherchait mais on en viendrait à prendre sa défense (s’il n’était pas si vilain) quand on voit des commentaires imbéciles comme celui du pas-mieux-identifié thitho et qui sans rire perçoit ou présente… Chouard comme étant dans son propre camp. A la bonne sienne.
      Mais au-delà des questions de personne (Chouard, Collon ou autres) : il y a quelque chose qui fait froid dans le dos, dans l’argumentaire utilisé par le pas-mieux-identifié thitho.
      Il n’y aurait rien à redire s’il définissait Finkielkraut comme ce qu’il est, à savoir : un propagandiste réactionnaire. Telle est même d’ailleurs la raison pour laquelle les présents ont bien fait de le virer là où probablement ils n’auraient pas trouvé à redire à la présence de personnes de notorité comparable et aussi marquées à droite -mais sans son militantisme.
      Hélas thitho n’en reste pas là et sans se démonter nous nous dit que l’intéressé est à virer parce que porteur d’une logorrhée « contre-productive et sans aucun intérêt », resic.
      Pire encore, ce capitaine de pets dans l’eau s’offre jusqu’au ridicule de faire les gros yeux, contre quiconque refuse de se vautrer en sa compagnie : « Les petits jeux de condamnation de crimes par association doivent cesser ». Sic…
      Dieu merci, ce ne sont là que des paroles verbales, mais il n’y a pas lieu de nuancer le jugement : des gens, comme le pas-mieux-identifié thitho, auraient tôt fait de nous faire vivre dans un monde encore pire que celui dont ils prétendent vouloir nous délivrer !!!

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