Répondre aux préjugés #10 : « Il faut qu’ils se prennent en main chez eux. »

17 février 2016 1 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

couv2015-657c6Dernier volet de notre série de réponses à un des préjugés les plus courants sur les migrations, en partenariat avec Ritimo, réseau d’information et de documentation pour la solidarité et le développement durable, qui a édité il y a quelques années un Petit guide de survie pour répondre aux préjugés sur les migrations, qui reste toujours d’actualité, que nous vous invitons à commander en version papier

#10 : « Il faut qu’ils se prennent en main chez eux. »

Pour les défenseurs d’une immigration maîtrisée, il faudrait empêcher les migrants de venir dans les pays occidentaux et les inciter à développer leur pays en restant chez eux, avec une aide des pays riches pour accélérer ce développement. L’équation «plus de développement = moins de migrations» est-elle juste?

Développement et migrations: une relation complexe…

Chalutier-blancLes migrations ont, le plus souvent, des conséquences catastrophiques pour les pays d’origine, en les privant de leurs forces humaines, notamment de ceux qui ont fait des études et qui pourraient contribuer au développement de leur pays. En Haïti, après le tremblement de terre de 2010, il n’y avait, sur place, plus de médecins, plus d’architectes pour participer à la reconstruction du pays. Comme beaucoup de leurs compatriotes, diplômés ou non, de nombreux Haïtiens ont fui le chaos qui règne dans leur pays en migrant aux États-Unis, en France ou en Angleterre.
Mais d’un autre côté, les migrants contribuent aussi au développement de leur pays d’origine: l’argent envoyé chez eux par les diasporas représente, pour de nombreux pays pauvres, leur première source de revenu. Ces transferts financiers dépassent aussi, dans certains cas, l’aide au développement octroyée par les pays occidentaux. En 2014, au plan mondial, l’épargne privée des migrants à destination de leur pays d’origine s’élevait à 583 milliards de dollars. Par comparaison, l’aide publique au dévelop- pement, versée par les pays membres de l’OCDE1 aux pays en développement, était, en 2014, de 135 milliards de dollars…

Le double discours occidental

De nombreux citoyens et gouvernements européens sou- tiennent, à juste titre, que le meilleur moyen pour réduire les mouvements migratoires est de s’attaquer à leurs causes : le mal-développement, la mauvaise gouvernance, la corruption, l’accaparement des terres, le pillage des ressources naturelles, les guerres… tout en réaffirmant que la liberté de circulation et le choix de résidence doivent rester des libertés fondamentales.

Soucieux de soutenir les peuples du Sud dans leur effort pour vivre dignement et participer au développement de leur pays, les gouvernements occidentaux seraient bien inspirés d’augmenter leur aide financière à ces pays.

Aide Publique DvlptAlors que les pays développés s’étaient engagés en 2005 à consacrer au minimum 0,7 % de leur produit national brut annuel pour le développement des pays du Sud, non seulement aucun d’entre eux n’a réalisé à ce jour cet engagement, mais cette aide publique au développement (APD) baisse chaque année. Quatrième bailleur mondial, la France ne consacre que 0,36 % de son revenu national brut à l’APD en 2014 .

Le montant de l’APD mondiale étant quatre fois inférieur à celui des sommes envoyées par les travailleurs émigrés dans leur pays, où est l’effort des pays riches ? Au-delà du côté quantitatif, les pays occidentaux pervertissent leur aide en la conditionnant aux efforts qu’ils imposent aux pays du Sud pour empêcher leurs ressortissants de venir chez eux. Pour avoir un meilleur accès à l’aide, il leur est demandé d’agir dans le sens des politiques de restriction des migrations, de faciliter les expulsions et de lutter contre l’immigration illégale. Un pays comme le Niger, qui n’a pas souhaité signer cet accord avec la France, doit en assumer les conséquences et verra sans doute son aide financière diminuer dans les prochaines années.

Quand les multinationales et les États empêchent le Sud de s’enrichir

Avec toutes les ressources naturelles dont ils disposent (forêts, ressources minières, richesses agricoles, ressources halieutiques, biodiversité…), les pays du Sud ont un énorme potentiel de développement. Forts de toutes ces richesses, ils n’arrivent pourtant pas à sortir de la pauvreté. Pourquoi ?

Une des raisons de cette situation est le pillage de ces ressources par les entreprises des pays riches. Ces entreprises, souvent transnationales et dont les sociétés-mères sont basées dans les pays occidentaux ou émergents, exploitent les ressources naturelles des pays qui en sont pourvus, pour fabriquer des produits de consommation courante vendus dans les pays riches. Gouvernées par l’objectif d’un profit maximal, ces multinationales ont tout intérêt à installer leur filiale dans ces pays où elles profitent d’une législation très avantageuse en matière de droits du travail. La corruption, très répandue dans ces pays, leur permet également d’agir en toute opacité. La conséquence de ce système est la marginalisation de l’économie et des populations locales qui sombrent dans la misère et n’ont d’autres horizons que de partir faire leur vie ailleurs.

Boat people

Un commentaire »

  1. chb 24 février 2016 at 16:39 - Reply

    Bon résumé.
    Mais la stigmatisation des étrangers (maintenant surnuméraires!) continue, en attendant celle des chômeurs, des vieux, des salariés etc.
    Et elle favorise les guerres comme en Afrique, au M-O, en un processus typiquement néo-colonial au cours duquel nos « bonnes intentions » affichées et autres ingérences « humanitaires » virent au chaos, quitte à ce que l’opinion se désintéresse des populations pas assez reconnaissantes. Au Sénégal, au Kosovo, en Irak et en Afghanistan, en Libye, et maintenant en Syrie (où nous sommes toujours alliés aux turcs et saoudiens !?), nos bombes pas si propres n’ont absolument pas établi de démocratie, mais elles ont détruit, tué, répandu la misère… et accessoirement provoqué ici des massacres et la réduction de nos libertés. Tout ça, au profit de quelques multinationales spécialisées dans le vol de ressources et l’exploitation. Beurk.

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