Calais : les containers de la honte

27 janvier 2016 0 Imprimer ce billet Imprimer ce billet
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« Ce matin installation de containers dans la jungle de Calais » © twitter / G. Destombes

Nous reproduisons ici quelques extraits d’un reportage très complet publié sur le blog de la Parisienne libérée sur le nouveau camp de la ville présenté comme une solution  « humanitaire ». Il s’agit en réalité d’un ensemble de containers entouré d’un enclos, vidéo-surveillé, contrôlé par un système biométrique, sans eau, ni douche, ni possibilité de cuisiner, qui ressemble davantage à une prison, si bien que beaucoup de réfugiés refusent de s’y rendre. Comme le dit l’auteure de l’article « derrière ces rangées de containers chauffés se dessine un piège sécuritaire. »

Au mois de janvier, sur cette zone dunaire de Calais, dire que le climat est rude est un euphémisme. Il y fait froid, humide, il y a beaucoup de vent, peu d’infrastructures et de réels problèmes de santé. Avec l’arrivée annoncée des premières neiges, chacun sera donc rassuré de savoir que les réfugiés de Calais, qui attendent sur notre sol inhospitalier une occasion de passer en Angleterre, dorment enfin au chaud.
Sauf qu’il n’en est rien.
Aujourd’hui, seules quelques dizaines de personnes ont accepté de rejoindre les containers. […]

Le nouveau camp de containers de Calais © AP/SIPA

Le nouveau camp de containers de Calais © AP/SIPA

L’entreprise retenue pour fabriquer les containers s’appelle Logistic Solutions. Elle est située à Grand Fougeray, entre Rennes et Nantes. Si elle annonce «une gamme très large» de solutions logistiques en containers et diverses formules de Life Camp, elle a tout de même quelques spécialités. Selon le Journal de Vitré, elle a ainsi signé «le plus gros contrat de son histoire» à l’automne 2014, pour 30 millions d’euros, en s’associant avec Sodexo Défense, pour construire une «base de vie » sur l’atoll de Muroroa. En juin 2015, le blog Lignes de défenseévoque l’inauguration de cette «base de vie du chantier Telsite2», un chantier militaire lié aux essais nucléaires français en Polynésie. Il est censé surveiller les failles de l’atoll «alors que stagnent à Paris les dossiers sur les indemnisations des victimes de maladies radio induites et qu’à l’Assemblée de Polynésie française traîne un texte visant à mettre à mort les exonérations des droits de douane pour l’armée», comme le souligne en mai 2015 une brève de la Dépêche de Tahiti.
Bref, on l’aura compris, quelques mois avant de devenir constructeur du camp «humanitaire» pour les réfugiés de Calais, Logistic Solutions honorait un gros contrat militaire. Les containers livrés étaient certes plus luxueux. […]

Douze personnes dans 14 mètre carrés, cela fait 1,16 m2 par habitant. Multiplié par 125 containers, le camp aura donc une très forte densité. Pour le dire autrement, les réfugiés vont dormir entassés les uns sur les autres.
Dans une tribune très critique intitulée «À Calais, un camp des années 30» publiée par Libération en octobre 2015,  un architecte écrivait ceci :
«Nous avons eu connaissance du plan du camp qui lui a été commandé par l’État et qu’elle va mettre en œuvre dans les prochains jours. Le plan est pire que tout ce que l’on pouvait craindre. Un camp fermé de 74 containers rangés et alignés avec une orientation défiant le bon sens, aussi mauvaise pour le soleil que pour le vent : les habitants ne verront pas le soleil en hiver et les «rues» sont alignées dans le sens des vents dominants : axées sud-ouest, elles font moins de 3 mètres de large. Il n’y a aucun raccordement à l’eau. (…) A Calais même, plus de 500 cabanes ont été construites [en autoconstruction], pour la plupart bien construites, étanches et isolées et surtout appropriées par leurs habitants. Sur des bases modulaires, il est possible de trouver des dispositions qui sont nettement plus favorables à la qualité de vie. Des architectes travaillent sur le sujet depuis des décennies.
Manuel Valls a inauguré la semaine dernière le mémorial du camp de Rivesaltes, ce camp construit en 1941 pour accueillir les réfugiés espagnols, juifs, tziganes et harkis. Alors qu’on en dénonce la forme concentrationnaire, on s’apprête à Calais à en construire un dont la forme architecturale sera encore pire.»

 

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