RIP RBM : vie et mort du Rassemblement Bleu Marine

19 janvier 2016 0 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Louis Aliot a annoncé le 19 janvier que le FN avait décidé de dissoudre l’ensemble des Rassemblements Bleu Marine (RBM), pour en faire « un label électoral, un logo sur les bulletins de vote ou les professions de foi ». Mais le RBM n’a-t-il jamais été autre chose ? À l’occasion de cette dissolution, nous vous proposons un petit historique de cette structure, à travers des extraits d’articles que nous avons précédemment publiés sur notre site.

C'était le bon temps…

Paul-Marie Coûteaux et Marine Le Pen.

À l’origine du RBM, on trouve Paul-Marie Coûteaux, un énarque qui pendant une douzaine d’années a tenté, dans l’orbite du FN, d’unifier les différents courants souverainistes dans la perspective d’un grand gouvernement d’union nationale avec le parti de Marine Le Pen. Le rapprochement avec le FN est amorcé en 2002 à l’occasion des élections présidentielles, Coûteaux ayant lancé un appel aux maires pour leur demander d’accorder leur parrainage à des candidats minoritaires, dont Jean-Marie Le Pen. Pendant l’entre-deux-tours, Coûteaux prend contact avec Louis Alliot afin de soutenir Le Pen qu’il avait par ailleurs rencontré Bruxelles. En 2010, il tente de se faire rencontrer à deux reprises Marine Le Pen, nouvellement présidente du FN, et Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la République (DLR), qui annule à chaque fois. En mars 2011, Coûteaux appelle à une alliance avec le FN, DLR et le MPF : l’échec partiel de ces négociations ont amené Paul-Marie Coûteaux à rejoindre Marine Le Pen, qui le récompense en le nommant co-porte parole en octobre 2011. La même année, c’est aussi par son entremise que Florian Philippot (qu’il avait déjà présenté à Marine le Pen en 2009) devient le directeur stratégique de la campagne du FN… Fin 2011, Coûteaux crée le SIEL (Souveraineté, Indépendance et Libertés), pour rassembler les souverainistes de droite comme de gauche. C’est lors du congrès fondateur du Siel en mars 2012, que Marine Le Pen, invitée, annonce la création du Rassemblement Bleu Marine (RBM), qui a le même objectif que le SIEL, mais dans une perspective électorale, afin d’élargir la base de candidats FN ou apparentés pour les législatives.

RBMLancé officiellement en décembre 2012 lors d’une conférence de presse à l’Assemblée nationale, ce qui est sensé être la machine de guerre du FN pour les prochaines échéances électorales n’a réussi à fédérer autour du FN que quelques micro-partis souverainistes, dont le SIEL de Pierre-Marie Coûteaux (l’homme qui a présenté Florian Philippot auprès de Marine Le Pen). Lors des dernières législatives, le FN avait déjà tenté l’expérience, sous le même nom, mais l’ouverture n’avait attiré que quelques souverainistes égarés : en plus du SIEL, on y trouvait l’Entente républicaine (ER) de Jacques Peyrat (l’ancien maire de Nice qui fricote avec les Identitaires), le Rassemblement républicain de Jean-Yves Narquin (qui a pour lui d’être déjà maire de Villedieu-le-Château, dans le Loire-et-Cher), ou encore le farfelu Parti de l’In-nocence de l’ineffable Renaud Camus, dont la théorie du « grand remplacement » fera des émules quelques temps plus tard, et pas seulement à l’extrême droite.
Harpic MarineLe RBM représentait aussi un espoir pour le FN, celui de faire voter pour lui sans en avoir l’air les 32% de Français qui déclarent, dans un sondage de janvier 2013, partager l’essentiel de ses idées… Pour résumer, comme l’avait dit Jean-Marie à l’époque, «le RBM c’est pour les tièdes, les chauds iront au FN». Ainsi, le RBM aurait pu certainement servir à ratisser plus large, sans que le FN en tant que tel perde tous ses attraits aux yeux de celles et ceux qui se plaignent de la dérive molle initiée par Florian Philippot pour tenter de faire véritablement décoller les résultats électoraux du Front. Le secrétariat général du RBM est d’ailleurs confié à Gilbert Collard, dont le parcours politique a traversé à peu près toutes les formations, du PS au MPF en passant par Démocratie libérale. Lors des législatives de 2012, deux députés frontistes sont élus sous l’étiquette RBM = Gilbert Collard et Marion Maréchal-Le Pen.

Fiérot le Vardon !

Fiérot le Vardon !

Ce n’est pourtant pas exactement ce qui va se passer : en octobre 2013, une « personnalité » pas vraiment « tiède » annonce son ralliement :  il s’agit de Philippe Vardon, qui venait de quitter les Identitaires, et qui exhibait fièrement sa carte du Rassemblement Bleu Marine ! La boulette rendue publique, Vardon est viré au bout de quelques heures, et Collard tente d’expliquer que l’inscription était due à un « bug »: « C’est en raison d’un afflux massif de nouveaux adhérents au RBM que cette inscription est passée au travers du contrôle a priori. » Pas très crédible, d’autant que depuis décembre 2015, Vardon (tout comme Benoit Loeuilliet, également un ancien dirigeant du Bloc Identitaire) a été élu sur les listes de Marion Maréchal Le Pen, et a ainsi fait son entrée au Conseil régional sous les couleurs FN… Dans une indifférence quasi-générale, alors que Vardon n’a rien renié de son racialisme ni de son islamophobe obsessionnelle, bien au contraire.

Pierre-Louis_Meriguet

Fièrot le Mériguet !

Pire, cette tentative de rapprochement de Vardon avait été précédé deux semaines auparavant par celui de Pierre-Louis Mériguet en septembre 2013. Pourtant, le leader du groupuscule tourangeau Vox Populi, qui regroupait néonazis, supporters ultra et membres du FNJ, a un CV à l’extrême droite long comme le bras. On peut d’ailleurs se demander jusqu’à quel point l’adhésion anticipée de Mériguet n’a pas constitué un test de tolérance du RBM à l’infiltration identitaire. On peut noter que Mériguet, lui, ne semble pas avoir été inquiété par l’état-major frontiste : le FN a démontré qu’il est toujours en liaison étroite avec les mouvances les plus radicales de la droite ultra, sinon, pourquoi accepter Mériguet, figure bien connue localement de cette frange militante, qui plus est au prix du départ d’autres militants frontistes ?

Élie Hatem avec Jean-Marie Le Pen et Roland Dumas (Photo : Street Press)

Élie Hatem avec Jean-Marie Le Pen et Roland Dumas (Photo : Street Press)

Autre recrue RBM plutôt « chaude », Élie Hatem.  Ce dernier a été candidat RBM dans le IVe arrondissement de Paris lors des municipales de 2014, bien qu’étant pour un retour à la monarchie (ce qui en soit est logique pour un cadre de l’Action Française), mais il est vrai qu’au RBM on n’est pas à une contradiction près. Il fut également l’avocat de Bob Denard et de petites frappes du Renouveau Français, mais aussi consultant auprès de Boutros Boutros Ghali[3]. On a pu le voir à une manifestation des catholiques intégristes de Civitas, au cours de laquelle il a apporté son soutien à Bachar el-Assad en évoquant un sombre complot « américano-sioniste pour partionner le Proche et le Moyen-Orient »…

Robert Ménard

Robert Ménard

N’oublions pas Robert Ménard, élu lui, avec « le soutien du RBM » à Béziers : bien qu’il ait prétendu prendre ses distances avec le FN, il est sans doute l’un des maires à avoir pris les mesures les plus réactionnaires et antisociales depuis sa prise de fonction, mais aussi celui qui s’est fait remarquer par ses positions très « Algérie française ». D’ailleurs, l’ouverture façon Ménard, ça donne deux membres du Bloc identitaire, dont un proche du très droitier maire d’Orange, Jacques Bompard, dans son cabinet (on y trouve aussi un ancien socialiste).

Mais durant ces élections municipales de 2014, les relations se dégradent entre Marine Le Pen et Paul-Marie Coûteaux, surtout quand ce dernier, candidat sur Paris, se fait remarquer en se demandant s’il ne faudrait pas mieux mettre les Rroms « dans des camps »  et en inventant sur Canal + des adhésions bidons… Pire, il défend l’idée  de se désister pour le candidat de droite au second tour si celui-ci est mieux placé que le candidat RBM ! Enfin, cerise sur le gâteau, il revendique une tête de liste aux élections européennes : c’en est trop, et Marine Le Pen se fend d’une lettre début avril dans laquelle elle lui annonce non seulement  qu’il est viré, mais qu’elle ne veut plus avoir aucun contact, ni politique, ni personnel avec lui.

Mais ce n’est pas qu’une histoire de personne, et le RBM lui même était dans le viseur : ainsi, Gilbert Collard, qui avait un temps espérer que le Front national pourrait changer de nom et devenir le Rassemblement Bleu Marine, se plaint de « l’ostracisme » d’une partie de la hierarchie du FN et de leur manque d’intérêt pour le développement du RBM… Ça sentait déjà le sapin ! Au final, le RBM est toujours resté une coquille vide, tout juste bon à renforcer, à travers son nom, un culte de la personnalité savamment orchestré par la présidente du FN au sein de son parti.

La Horde

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