Italie : gymnases et clubs de boxe antifascistes

4 décembre 2015 0 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

 Texte traduit et adapté par nos soins de Struggles in Italy (également repris ici) : 

Au cours des dix dernières années, de nombreux squats à travers l’Italie ont commencé à ouvrir des centres sportifs autogérés, offrant principalement (mais pas exclusivement) la pratique de disciplines de combat et faisant la promotion des valeurs antifascistes avec une philosophie d’entraînement non-commerciale. Dans cet article, nous présentons un aperçu des sports antifascistes en Italie, en explorant son puissant mélange d’entraînement et d’activisme.

Credit: Palestra Popolare San Pietrino

Credit: Palestra Popolare San Pietrino

La politique n’a jamais été éloignée dans le monde des sports de combat. Que l’on pense au boxeur Primo Carnera, icône du fascisme dans les années 1930, ou à Muhammad Ali, icône de la lutte des noirs dans les années 1960. Ou à la prédominance des juifs dans les clubs de boxe de l’est de Londres avant et immédiatement après la Deuxième Guerre mondiale, utilisant souvent leurs apprentissages contre l’Union Britannique des Fascistes (British Union of Fascists) de Mosley. Même aujourd’hui, dans le monde des arts martiaux mixtes (MMA), nous avons, d’une part, le finlandais néo-nazi Niko Puhakka, et de l’autre, l’anarchiste Jeff Monson.

Avec cela à l’esprit, les milieux d’activistes italiens ont développé cet élément progressiste. Au cours des dernières décennies, des centres sportifs antifascistes, populaires et autogérés ont fleuri dans les squats italiens. Ils proposent principalement (mais pas exclusivement) de la boxe et d’autres sports de combat.

Le « Palestra Popolare Antifa Boxe« , le premier du genre, a ouvert en octobre 2001 à Turin, dans le centre social squatté Askatasuna, lorsque l’un des militants du Centre suggéra d’occuper et d’utiliser les espaces vides d’une salle de gym commerciale. Entièrement géré par des militants, l’école est ouverte à tous-tes et ne facture pas de frais coûteux, contrairement à de nombreux gymnases commerciaux. Comme leur site le revendique fièrement, « en termes d’entraînement et d’équipement, nous avons rien à envier aux gymnases capitalistes: notre entraînement n’est pas basé sur la compétition tout simplement en raison de la nature de ce que nous faisons. »

Une philosophie similaire est partagée par le « Palestra Popolare San Pietrino« , le gymnase de boxe, d’aïkido et de tai-chi lié au centre social nEXt Emerson à Florence:

« Un gymnase de la classe ouvrière ne requiert pas de carte de membre, une redevance mensuelle ou une inscription. L’argent ne change pas de main, ni en prenant aux sportifs, ni en donnant aux entraîneurs: nous contribuons tous-tes à la construction, l’entretien et le nettoyage de notre espace. […] Nous avons un entraîneur mais, au fil du temps, des boxeurs ou des pratiquants de tai-chi plus expérimentés sont devenus des entraîneurs eux aussi et ont commencé à enseigner les jeunes athlètes, en ligne avec les principes d’autogestione (autogestion) et d’organisation horizontale. Les mercredis nous nous combattons les uns contre les autres, pas avec de la rage, mais avec l’intention de nous améliorer. Nous savons que dans le coin opposé du ring, il y a un ami qui s’est entraîné, qui a partagé les tâches de maintenance et qui plus tard mangera une pizza avec nous. »

Boxe ItalieLa boxe populaire et antifasciste est également conçue comme une réponse au climat fortement politisé de nombreux centres traditionnels d’entraînement de combat, où des jeunes hommes qui sont d’abord uniquement intéressés par les combats rencontrent souvent des groupes de droite et leurs idéologies néo-fascistes. Ce qui explique pourquoi être antifasciste est la seule condition pour devenir membre.

Plusieurs centres de ce type sont également ouverts à Milan, dans des squats et des centres autogérés tels que « Palestra Baraonda« , « Area Grizzly » et « Sottoterra » (des excuses si nous avons oublié quelqu’un!). Le TPO, un squat de longue date à Bologne, dispose également d’un centre de sports populaires, où les arts martiaux traditionnels (Muay Thai) et la danse contemporaine sont offerts aux citoyens et aux militants. Des entraînements de boxe au « Palestra Antirazzista Red Rose » sont également organisés par le Crash, un squat plus récent principalement géré par des étudiants. Palerme possède également un centre de boxe antifasciste de premier plan, l’ « Antifa Boxe« ; Rome en a au moins deux, le « Pallestra » au Forte Prenestino et un au squat Corto Circuito. A Cosenza, la « ASD Boxe Popolare » a un lien de longue date avec les ultras de football. Ce ne sont que les exemples les plus anciens: des centres sportifs existent également à Ancône, Naples, et bien d’autres villes à travers le pays.

Lorsque, en janvier 2012, la première réunion du réseau des sports populaires eut lieu à Ancône, environ 20 centres ont répondu à l’appel. Bien que ces centres ne constituent pas un front politique commun, ils ont promut des actions politiques conjointes en certaines occasions. Par exemple, le sport populaire a joué un rôle important dans les commémorations des 10 ans de l’assassinat de Dax; des membres de différents centres ont défilé derrière une banderole commune dans la manifestation contre le TAV le 23 mars 2013.

En plus d’être très abordables et autogérés, ces centres sont également ouverts à tout le monde, indépendamment de leur statut juridique – chose rare dans les réseaux sportifs officiels.

On pourrait croire que ce modèle ne fonctionne que pour la boxe, le rugby ou le football, mais le TPO à Bologne propose de la danse contemporaine et nEXt Emerson accueille du Tango Sognato. Commencé en 2008, ce cours de Tango autogéré a désormais plus de 100 élèves à quatre niveaux différents, tellement qu’il fut nécessaire (et possible) de construire un parquet de danse de 100 mètres carrés à l’intérieur de l’un des grands entrepôts du squat. Chaque mois, elle accueille gratuitement des « milonghe » (nuits de danse ouvertes au public).

Le sport populaire et autogéré fournit une alternative radicale à la culture commerciale d’entraînements et de combats. Ces centres mettent en avant une vision différente du corps, en luttant contre les discriminations liées au sexisme, l’âgisme, les aptitudes et l’homophobie; ils soutiennent une vue naturelle du corps, en faisant la promotion de la diversité à l’encontre des normes artificielles de fitness imposées par le marché. Ils rejettent la commercialisation et la marchandisation du sport, avec ses équipements chers et de marque ainsi que des forfaits premiums qui excluent. Par conséquent, ils permettent à l’individu d’être en charge de sa propre formation et socialisation – ce qui implique également de prendre soin de ses propres espaces, des assemblées générales au nettoyage des installations, la peinture des murs, l’accrochage des sacs et tout le dur labeur de rénovation. Enfin, ils cherchent à contrer la philosophie machiste qui sous-tend certaines philosophies d’entraînement, et de toute vue latente de suprématie. Ceci est certainement un changement majeur de perspective, et l’une des innovations les plus intéressantes de la glorieuse saison des « centri sociali » italiens.

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