Répondre aux préjugés sur les migrants (en partenariat avec Ritimo)

2 décembre 2015 4 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

couv2015-657c6Les attentats du 13 novembre et l’état d’urgence qui en a découlé ont non seulement jeté la suspicion sur les migrants, mais ont totalement occulté la situation toujours aussi critique dans laquelle ils se trouvent. C’est pourquoi il nous semble nécessaire de ne pas les oublier, et, dans une perspective antifasciste, de déconstruire un certain nombre de préjugés qui entretiennent le racisme et font parfois obstacle à la solidarité. Aussi, nous vous proposerons, chaque semaine, une réponse à l’un de ces préjugés, en partenariat avec Ritimo, réseau d’information et de documentation pour la solidarité et le développement durable, qui a édité il y a quelques années un Petit guide de survie pour répondre aux préjugés sur les migrations, qui reste toujours d’actualité, que nous vous invitons à commander en version papier en cliquant sur l’image ci-contre, et dont voici l’introduction.

Le préjugé est une idée que l’on tient pour vraie, sans information objective ni démonstration suffisante. Un préjugé n’est pas forcément négatif, mais il est dangereux lorsqu’il ne correspond pas à la réalité ou qu’il enferme l’autre dans un schéma.

francais-1En France et en Europe, les conversations sur l’immigration foisonnent de préjugés, d’idées reçues, de mensonges et de fantasmes. Tour à tour « délinquants », « feignants », « imposteurs », « poules pondeuses », «parasites sociaux», les migrants ont rarement le beau rôle. Reprises du slogan de certains partis politiques, de la bouche du voisin qui les a entendues de sa cousine, qui elle-même les avait répétées parce que c’est un journaliste qui en parlait, ces formules choc sont typiquement des préjugés. Elles ont pour objectif de frapper les esprits, en désignant des coupables : nos gouvernants utilisent cette logique du bouc-émis- saire pour (mal) cacher leur incompétence à résoudre les problèmes des citoyens en temps de crises. Et quand les médias reprennent à leur compte cette manipulation par la peur, on ne s’étonne guère que les préjugés deviennent des lieux communs admis de (presque) tous.

Des arguments pour combattre les idées reçues

Parce que ces préjugés sont basés, la plupart du temps, sur des idées fausses et qu’ils nient la réalité concrète des migrations, il est urgent de défaire ces contre-vérités et de valoriser d’autres propos. Répondre aux dix idées reçues les plus répandues vous permettra d’avoir en tête :

• Des chiffres clés, basés sur des statistiques officielles, qui démontent instantanément les idées fausses sur les migrations;
• Des arguments, pour répondre aux discours de la peur, de la haine, de la stigmatisation ;
• des discours qui font du bien, soulignant toutes les richesses apportées par les migrations ;
• des situations inversées, qui montrent que les migrants d’aujourd’hui pourraient bien être nos accueillants demain et que dans un monde interdépendant, aux sociétés de plus en plus métissées, c’est le choix du vivre-ensemble qui porte l’avenir ;
• des pistes pour s’informer et pour manifester notre solidarité à l’égard des migrants.

Changer de regard sur les migrations

francais-2Depuis 2013, d’importants flux migratoires confrontent le monde à une crise humanitaire de grande ampleur : des centaines de milliers de personnes, fuyant la guerre, les violences et le chaos, passent les frontières pour chercher refuge dans un pays limitrophe. Certains de ces exilés, venus de Syrie, d’Irak, d’Érythrée, du Soudan, tentent de rejoindre les pays du Nord, notamment l’Europe, pour y trouver la protection et de meilleures conditions de vie.

Dans cette crise devenue globale, les pays européens sont largement tentés par le repli sur soi : construction de murs « anti-migrants », refus d’accueillir, refoulement et contrôle accru aux frontières… Pourtant, la mise en place de politiques coordonnées d’accueil, de solidarité et d’entraide vis-à-vis de ces nouveaux arrivants est indispensable pour relever le défi migratoire sur le court et le long termes.

Seuls un partage de peuple à peuple et une conscience des interdépendances planétaires permettent d’appréhender la migration comme un phénomène enrichissant, globalisant (nous sommes tous concernés) et inhérent à nos sociétés humaines.
Participer chacun à notre manière et à notre échelle (actions citoyennes, interpellations des gouvernements, soutien à des projets de développement…) à construire un monde où la décision de migrer serait un choix délibéré, et non une obligation pour survivre, et où chacun aurait les mêmes possibilités de départ pour réussir sa vie, c’est contribuer à l’avènement d’un monde plus juste et solidaire.

À venir, chaque mercredi :

Préjugé n°1 :  « On ne peut pas accueillir toute la misère du monde »
Préjugé n°2 :  « C’est l’invasion, ils arrivent plus nombreux chaque année »
Préjugé n°3 :  « C’est si facile de venir en France« 
Préjugé n°4 :  « Les immigrés profitent des aides »
Préjugé n°5 :  « L’immigration renforce le chômage et la crise »
Préjugé n°6 :  « On va toutes finir voilées ! »
Préjugé n°7 :  « Les migrants menacent notre sécurité »
Préjugé n°8 :  « Ils/Elles essayent tou(te)s de se marier avec un(e) Français(e) »
Préjugé n°9 :  « Ils ne veulent pas s’intégrer à la société française »
Préjugé n°10 :  « Il faut qu’ils se prennent en main chez eux »

4 commentaires »

  1. préjugés? 3 décembre 2015 at 02:53 - Reply

    Je vais m’attirer les foudres be pas mal de monde mais je me permets quand même de critiquer certains aspects évoqués dans l’article :
    -les statistiques officielles risquent d’être périmées, d’après plusieurs experts le flux de réfugiés des prochaines années serait du jamais vu depuis la seconde guerre mondiale, donc les chiffres des années précédentes risquent d’être insuffisants pour convaincre
    -concernant l’aspect économique : le patronat a toujours joué sur l’afflux de travailleurs pour exercer une forme de dumping social, que ce soit à l’échelle d’un pays (relisez les Raisins de la colère de Steinbeck) ou à l’échelle mondiale (un autre exemple littéraire : dans Germinal, on fait appel aux Belges pour remplacer les mineurs en grèce). Certains patrons allemands ont déjà indiqué qu’il faudrait revenir sur le smic instauré en janvier afin de mieux pouvoir accueillir les migrants…

    Je précise que je n’ai rien contre les migrants dans l’absolu, je serai d’ailleurs le premier à opter pour l’expatriation si je finis au chômage en France (je n’évoque même pas le cas d’une guerre), mais présenter l’arrivée des migrants comme ne posant aucun problème mis à part le racisme des populations européennes me paraît franchement relever de la mauvaise foi.
    Je précise que je ne suis pas pour autant pour la fermeture des frontières qui n’empêcherait pas la montée des inégalités et l’augmentation du chômage de masse, mais je tenais tout de même à formuler une critique vis-à-vis de cet article un peu angélique . On verra si les arguments des articles à venir m’éloignent des « préjugés » que j’évoque.

    • La Horde 3 décembre 2015 at 18:00 - Reply

      Tout peut être critiquable, mais encore faut-il être précis.
      Pour ce qui est de ta première remarque : qui sont les fameux « experts » dont tu parles ? En quoi des prédictions sont-elles plus crédibles que des faits avérés, mêmes datés ?
      Et pour ce qui est de l’argument « l’immigration, allié objectif du capitalisme », il est pour le coup de mauvaise foi et inverse les responsabilités : le capitalisme n’a pas attendu les vagues migratoires pour renforcer son emprise et monter les exploités les uns contre les autres, et il instrumentalise à son profit l’immigration comme le reste (cf. l’écologie à la COP21).
      Pas d’angélisme de notre côté, donc : mais pas d’intoxication non plus du discours porté par l’extrême droite et désormais malheureusement bien intégré, y compris en dehors de sa sphère d’influence directe.

      • préjugés? 3 décembre 2015 at 21:57 - Reply

        Alors concernant les chiffres, l’OCDE a annoncé une très forte augmentation du nombre de demandes d’asiles ; concernant les chiffres des années précédentes, permettent-ils de tenir compte de l’évolution des conflits au Moyen-Orient ? On peut en douter…
        Concernant le deuxième argument, je n’ai jamais dit que l’immigration était « allié objectif du capitalisme », j’ai simplement indiqué que l’utilisation de l’immigration par le patronat afin de favoriser l’exploitation des travailleurs pour imposer des salaires plus faibles était manifeste.
        Le terme angélisme était sans doute inadapté, mais je voulais pointer du doigt ce qui me paraît aller à l’encontre de la réalité dans le discours de l’article : peut-on vraiment considérer que les phénomènes de migration n’encouragent pas la misère ? En tout cas il encourage l’exploitation de certains via le travail au noir (ce qui est d’ailleurs très dur à estimer dans les faits, faute de données précises).
        Je tiens à préciser que je ne défends pas une fermeture des frontières ni un renvoi des migrants, je me permets juste de remettre en cause le discours de l’article ou plutôt de questionner son bien-fondé sur certains points.

        • La Horde 4 décembre 2015 at 17:08 - Reply

          Encore une fois, tu extrapoles (que peux-tu savoir de l’évolution à venir des conflits au Moye-Orient ? rien) et tu inverses les réalités : ce ne sont pas les migrations qui encouragent la misère, mais c’est la misère qui encourage les migrations. Comme tu le suggérais dans ton premier commentaire, on te conseille d’attendre les argumentaires à venir (chaque mercredi) avant de porter un jugement sur le bien-fondé de l’article, ça t’évitera de dire des bêtises.

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