Allemagne : Hammerskin Roland, la mort d’un indic

14 novembre 2015 0 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Alors que se déroule aujourd’hui la manif à Verdun contre le local des Hammerskins (néonazis) de Combres-sous-les-Côtes (55), voici un extrait d’un dossier (traduit de l’allemand par le Bloc Anti Fasciste de Nancy) sur Roland Sokol, chef hammerskin allemand récemment décédé, qui travaillait également pour le Verfassungsschutz, le service de renseignement intérieur  allemand. Un dossier documenté avec de nombreux courriers, des photos, qui donne une image du milieu néonazi en Allemagne et de quelques-unes de ses connexions en Europe. Le texte intégral est à retrouver en français ici et en allemand là. Les exemples sont nombreux Outre-Rhin, comme l’a montré la triste histoire de la NSU, mais n’oublions pas non plus qu’en France, l’extrême droite a souvent servi de supplétif à l’État et à sa police

Mort Roland

Les néonazis Dirk Metzner, Steffen Hammer, Klaus Heib et Malte Redeker portant le cercueil de Roland Sokol.

Roland Sokol, né le 19.06.1972, dernière adresse : In den Schneidergärten 79 à Karlsbad (76307) près de Karlsruhe, était depuis la fin des années 1980 l’un des protagonistes de la scène skinhead nazie du pays de Bade. Il est mort d’un cancer le 22. 09. 2015. Ses « camarades » déplorèrent sa disparition à la faveur de nécrologies pleines de pathos, avant tout sur Facebook, et le saluèrent comme l’un des derniers skins nazis à être resté fidèle au « mouvement » durant de longues années. La carrière nazie de Roland Sokol commença par sa socialisation dans le milieu skin nazi au début des années 90, se poursuivit en tant que bassiste du groupe « Triebtäter »*, comme hooligan au sein des « Destroyers Karlsruhe », membre de la « Karlsbader Kameradschaft », « Blood&Honour » et « Endstufe-Crew », et pour finir membre des « Hammerskins »*. Sokol avait des contacts réguliers avec des centaines de personnes, y compris au niveau suprarégional et international, notamment avec de grands noms du milieu, de toute l’Allemagne, et il était toujours au fait des évolutions et des débats dans le milieu de la camaraderie nazie. Ce que l’on ne savait pas jusqu’ici : Roland Sokol était un informateur du Verfassungsschutz*.

La chanson de la compagnie : « Il faut que le sang coule »

En marge de ses activités nazies, la vie de Roland Sokol s’est déroulée sans incidents. En 1990, ses parents avaient rompu avec lui, après sa décision de mener la vie d’un skin nazi : « Il y a 21 ans, mon père m’a laissé le choix : coupe de cheveux normale, convictions idem, ou alors dehors. Suis parti. » Le caporal-chef qu’il était n’a pas oublié le temps passé dans l’armée dans la Division blindée 5./294 de la ville de Stetten am kalten Markt : « J’y ai été de juillet 91 à juin 93, mais grade dans la troupe. Pas de stress et j’ai pu passer mon permis. Le Service de sécurité militaire a vachement gerbé. La plus grande partie de la compagnie était de droite. Et notre chanson, c’était : Il faut que le sang coule …. On l’entendait dans toutes les piaules 🙂 »Il fit une formation dans la reproduction offset, et à la fin de sa vie, il alternait entre Hartz IV* et de brefs CDI dans l’impression numérique. De temps en temps, il essayait d’améliorer ses revenus irréguliers grâce à un service de vente par correspondance peu lucratif « Patria-Versand », qui vendait des articles nazis sur internet. Après la séparation en 2006 de sa femme de l’époque, Stefanie Sokol, née Grün, il vivait la plupart du temps seul, ne voyant que rarement leur fille commune. Malgré quelques emplois passagers à Düsseldorf, Brême ou en Suisse, la région de Karlsruhe resta son port d’attache.

Diminuer le salaire des nazis : supprimer le Verfassungsschutz !

Roland Sokol a fait tout ce qu’il a pu pour se soustraire au versement de la pension alimentaire pour sa fille. En 2012, il a affirmé à des camarades qu’il travaillait à Brême : « AR Carton. Mais attention : pas de ragots SVP. Sinon, c’est tout de suite les coups de téléphone, parce que Steffi se précipite chez l’avocat pour la pension etc. » De la même manière, il a essayé de dissimuler son emploi en Suisse. Le Verfassungsschutz observait et lui versait un salaire non imposé en prime. Sokol avait une tendance à s’apitoyer sur son sort, mais il a su tirer parti de ses déboires sentimentaux autant que de ses longues activités nazies et de la crédibilité acquise, pour nouer des relations – et les conserver – avec divers nazis éminents : « Tout était chaotique chez moi durant toutes ces années. Puis, ça a été le choc : Plus de femme, plus d’enfant, plus de boulot, plus d’appartement à moi – dettes – à bout de nerf ; à bout de santé. Maintenant, je suis divorcé. Tout ça m’a pas mal éprouvé. J’avais été 14 ans avec Steffi. C’est la vie. Mais je n’ai pas changé par rapport à autrefois, je suis juste plus calme après tout ce que j’ai vécu. » Stefanie Sokol est nazie comme Sokol ; dans la guerre des roses qui donna lieu à un procès, elle a été défendue par l’avocate du NSU Nicole Schneiders. L’avocate de Sokol était Meike Hammer, la femme de l’avocat de nazis et soliste de « Noie Werte »* Steffen Hammer.

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