« On ferme » et Laurent Ozon, l’écolo-facho

26 octobre 2015 1 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Depuis quelques semaines, les marques d’hostilité à l’encontre des migrants se sont multipliées : banderoles déployées, manifestations… Bien que sans commune mesure avec les violences qu’on a pu voir ailleurs en Europe, ces actes racistes ne sont pas anodins, et les responsables de ces tentatives d’intimidation doivent savoir que nous les avons à l’œil. Ainsi, un collectif  baptisé « On ferme », a revendiqué sur les réseaux sociaux des actions anti-migrants consistant à engluer les serrures des sièges sociaux ou des permanences d’organisation humanitaires venant en aide aux réfugiés (France Terre d’asile, la Cimade, la LDH entre autres ont été visés). On ferme spotted a dévoilé l’identité de celui qui anime le compte Twitter de ce collectif bêtement raciste : il s’agit de Jean-Baptiste Gouraud, un proche de Laurent Ozon, un militant passé de la défense de la nature à celle de l’Europe blanche, que nous connaissons bien.

Jean-Baptiste Gouraud tirant sur des silhouettes humaines (à gauche) et expliquant ses solutions "démocratiques" pour une "remigration" avec son pote Ozon (à droite).

À gauche, Gouraud tire sur des silhouettes humaines ; à droite, le même (avec une tête de hipster) explique ses solutions « démocratiques » pour une « remigration » avec son pote Laurent Ozon.

Le site Isère antifasciste a fait un portrait de Jean-Baptiste Gouraud, originaire de Nantes[1] mais domicilié à Paris, qui revendique fièrement ces actes de vandalisme à l’encontre d’associations humanitaires. Amateur d’armes à feu semi-automatiques, le gugusse prétend sur Internet proposer un règlement « démocratique » de la question migratoire : on a un peu de mal à le croire ! D’autant plus que si Gouraud peut sembler assez insignifiant, on le retrouve aux côtés du véritable animateur de leur Mouvement pour la Remigration, Laurent Ozon, qui  abreuve le milieu identitaire de ses délires écolo-racialistes, et à ce titre mérite peut-être qu’on revienne sur son parcours.

Ozon ose tout, c’est à ça qu’on le reconnaît…

Antoine Waechter en 2010.

Antoine Waechter en 2010.

C’est d’abord comme militant écologiste qu’Ozon se lance en politique : il a commencé en politique chez les Verts (période Waechter, qui se voulait « ni de gauche ni de droite »). Mais Ozon se distingue en défendant des thèses localistes et naturalistes assez conservatrices[2], et se rapproche de certains milieux régionalistes mais aussi de la Nouvelle Droite, Alain de Benoist faisant partie de ses inspirateurs. Quand les Verts opèrent leur virage à gauche, Ozon quitte le parti[3]. Il crée (avec sa femme Ingrid, qui fait office de trésorière) l’association Nouvelle Écologie en avril 1994, avec laquelle il organise un colloque sur «l’écologie contre le progrès», participe à une émission de Radio Courtoisie, invite Alain de Benoist…  Ozon anime également la revue Le Recours aux forêts, qui ressemble beaucoup par son approche pseudo-universitaire à la revue Nouvelle École, proche du GRECE, et qui prétend « faire découvrir une autre vision des rapports de l’homme au monde, plus respectueuse de la vie et de l’autre. »

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La boîte de sécurité d’Ozon : pas à une contradiction près, notre adepte de l’écologie profonde et critique du monde moderne fait son beurre avec la vidéosurveillance et la sécurité informatique…

Notre hippie ne semble pourtant pas trop dérangé par l’épuration ethnique pratiquée par Milosevic à la même époque, et on retrouve sans surprise Ozon aux côtés de la Nouvelle Droite pour dénoncer l’intervention de l’OTAN dans les Balkans en 1998-1999 (il participe également au colloque du GRECE de janvier 2000 consacré à l’impérialisme américain). Quelques années plus tard, Ozon le businessman sera récompensé pour cet engagement, et sa société de sécurité Storvision[4], créée en 2001, remportera un marché de vidéosurveillance pour les Serbes du Kosovo[5]. Au sein du collectif Non à la Guerre (qui ressuscite pour l’occasion le journal La Grosse Bertha), Ozon se rapproche ensuite de Charles Champetier (un ancien du GRECE alors rédacteur en chef de la revue Éléments), avec qui il participe en 2003 au site des mutants.net consacré aux technologies et bio-technologies.

Ozon s’invite partout où on veut bien de lui

Peut-être en quête de respectabilité et pour sortir du ghetto de la Nouvelle Droite, Laurent Ozon s’est ensuite rapproché du Mouvement pour la France de Philippe de Villiers, devenant même responsable de la fédération du Loir-et-Cher tout en habitant en région parisienne. Il quitte cependant le MPF en 2005-2006 et tente de lancer une liste indépendante aux élections municipales de 2008 à Vendôme (Loir-et-Cher), sans succès. Pour l’anecdote, sa femme Ingrid Poirey-Ozon a finalement réussi là où il avait échoué, puisqu’elle est aujourd’hui conseillère municipale à Vendôme, mais sous son nom de jeune fille (Poirey) : élue en 2014 sur la liste du maire UDI Pascal Brindeau, elle est responsable des… questions écologiques !

Ozon à la convention identitaire de 2009.

Ozon à la convention identitaire de 2009.

Finalement, Ozon revient à ses premiers amours racialistes et se rapproche logiquement des Identitaires, avec qui il partage beaucoup : une obsession de « l’immigration-invasion », une proximité avec les Serbes du Kossovo, une certaine vision du régionalisme et de la ruralité… Ainsi, on le retrouve parmi les participants de leur deuxième convention en octobre 2009 à Orange, lors d’une table ronde sur le thème « Localisme ou globalisation » aux côtés de Philippe Milliau du Bloc Identitaire et de Jean-Yves Le Gallou, ancien du GRECE (encore !) et animateur de la fondation Polemia.

Le logo de la Maison commune : peace & love, à l'envers, ça fait war & hate, non ?

Le logo de Maison commune reprend la rune Algiz, un clin d’œil appuyé aux néopaïens de la Nouvelle Droite ?

Peu de temps auparavant, il lance Maison commune, un petit mouvement localiste qui se donne pour objectif « l’identification puis la formation de potentiels politiques », une façon bien pompeuse pour faire de la formation auprès de jeunes militants. Ozon propose ainsi des séminaires et des conférences, pour lesquelles il fallait s’inscrire et prépayer (environ 10 euros) et pour lesquelles il était précisé qu’une pièce d’identité serait demandé à l’entrée avec le billet (un peu parano, le garçon…). Conscient de l’importance d’être présent sur Internet surtout quand on est tout seul, il lance parallèlement le site localisme.fr.

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Laurent Ozon et Marine Le Pen.

En 2010, un ami commun l’ayant présenté à Marine Le Pen, alors en quête de nouvelles têtes, il rejoint un groupe de travail du Front national sur les questions liées à l’environnement, puis, alors même qu’il n’était pas membre du parti et encore moins du comité central, il se retrouve au bureau politique du FN dès janvier 2011, directement nommé par la nouvelle présidente du Front. Ozon occupe également le poste de délégué national à la formation, et en charge du comité d’action présidentielle sur l’écologie, en vue de la présidentielle de 2012. Dans ce cadre, Ozon a pu donner libre cours à son social-darwinisme, dénonçant l’immigration comme un « parasitisme social », sans que cela ne choque personne. Pourtant, sept mois plus tard, Ozon démissionne, et il disparaît aussitôt de l’organigramme du FN… Que s’est-il donc passé ?

Avec Ozon, c’est toujours les autres

C’est que la défense de la nature n’est pas la seule marotte d’Ozon : il est surtout obsédé par la question de l’immigration. Déjà, en Ainsi, alors qu’en juillet 2011, Anders Breivik venait d’assassiner de sang froid près d’une centaine de personnes en Norvège, pour dénoncer « l’islamisation de l’Europe », Ozon twittait tranquillement que c’était la faute des immigrés qui arrivaient en Europe depuis 40 ans, et livrait sur son blog cette analyse toute en finesse : « Je suis persuadé que l’anarchie migratoire que nous supportons (…) est un facteur de déstabilisation massive ; que cette déstabilisation provoque des tensions intercommunautaires et une augmentation rapide des violences sociales dans tous les pays qui la subissent. » En pleine campagne de dédiabolisation, Marine Le Pen n’a pas trop apprécié : Ozon a été poussé vers la sortie. Pas rancunier, le Front national, en 2014, choisira pourtant le nom de l’association créée dans les années 1990 par Ozon pour son collectif censé défendre l’environnement lancé en 2014, Nouvelle Écologie !

Avant-guerre

La feuille de chou virtuelle d’Ozon.

Le bonhomme s’est ensuite cantonné à l’animation de sa Maison commune, aux pièces désespérément vides, qu’il tente de transformer en un « mouvement politique d’un nouveau genre« , et qui, dans son programme, propose entre autres « la communautarisation des systèmes sociaux » pour financer le retour des immigrés dans leur pays d’origine, et dénonce bien entendu « le multiculturalisme » et « l’assimilationisme« . Il anime également une lettre d’information sur Internet, Avant-guerre.fr, qui existe toujours aujourd’hui, et dont l’intérêt est quasi-nul : une compilation d’articles récupérés à droite et à gauche (enfin surtout à droite) sur Internet. Depuis, il est resté plutôt isolé en France, lâché y compris par ses copains les Identitaires : il faut dire qu’Ozon prétend ne rien avoir contre l’Islam, enfin du moment qu’il ne traverse pas la Méditerranée. Ozon compte même beaucoup sur les « Arabo-berbères » pour contenir la véritable menace pour l’identité de l’Europe qui viendrait de l’Afrique subsaharienne, car pour lui la question est davantage « raciale » que culturelle. Dans une interview à Riposte laïque datée de 2012, Ozon s’explique : « Si les douze millions d’immigrés  arrivés sur notre territoire ces 30 dernières années abandonnaient leur foi et s’occidentalisaient, nous n’en serions pas moins confrontés au phénomène de substitution de population, à la même colonisation de peuplement. » Raciste, Ozon ? Peut-être, mais le bonhomme a déjà sa réponse : « Le racisme agité par l’oligarchie, est une fiction destinée à culpabiliser les réactions xénophobes normales d’un peuple envahi » déclare-t-il sur Twitter en 2013.

Ozon à Bruxelles en

Ozon à Bruxelles en 2014.

En septembre 2014, il lance donc le Mouvement pour la Remigration, nouvelle coquille vide dont Ozon prévient qu’elle restera en dehors du champ électoral. Pour s’éviter une nouvelle humiliation, comme en 2008 ? Non, bien sûr, mais pour ne pas « gêner » le Front national ! Il faut dire que l’humilité n’est pas vraiment le fort du bonhomme, alors même que ses initiatives sont généralement accueillis dans l’indifférence générale… Pour se faire remarquer, il a fallu qu’Ozon aille en Belgique, comme le 26 mai 2015 à Bruxelles en participant à des provocations lors d’une manifestation de migrants : protégé par des militants du groupe d’extrême droite Nation, qui ont à l’occasion agressé des manifestants, il a tenté de leur faire part de ses idées sur la « remigration »… C’est cette idée, reprise par les Identitaires, qui a fait (un peu) revenir Ozon sur le devant de la scène. Le « grand remplacement » inventé par Renaud Camus demande des solutions tout aussi imaginaires : il s’agit maintenant d’inverser les flux migratoires en renvoyant les immigrés dans leur pays d’origine.

RemigrationAujourd’hui, son fantomatique Mouvement pour la Remigration, dont l’activité est pour ainsi dire nulle, propose sur son site Internet, à la rubrique « Agir », exclusivement d’adhérer ou de faire un don (avec Ozon, rien n’est jamais gratuit…). Conscient de son absence de moyens humains, Ozon, comme avec sa Maison commune, fait bien entendu appel à toutes les bonnes volontés, « des personnalités ou des mouvements aux objectifs connexes mais ne partageant pas forcément tous [ses] impératifs« , bref, n’importe qui prêt à faire un petit bout de chemin avec lui. Il aura fallu l’activisme crétin de Gouraud pour sortir le mouvement de son anonymat : espérons qu’ils en resteront là, et qu’on pourra à nouveau oublier Laurent Ozon…

La Horde

  1. À noter qu’à Nantes, l’association Accompagnement Migrants Intégration a été la cible de 7 dégradations… []
  2. Pour mieux comprendre cette écologie conservatrice, lire le texte de Staphen François L’Ecologie politique : entre conservatisme et modernité. []
  3. Ozon suit alors Antoine Waechter qui après son départ des Verts fonde le Mouvement Écologiste Indépendant (MEI) qui se présente aux élections sous le nom Les Écologistes. Ozon sera désigné responsable de la communication pour les élections européennes de 1999 sur la liste menée par Antoine Waechter, mais cette nomination fait trop de bruit au MEI, certains accusant pour l’occasion Waechter de sympathie pour l’extrême droite, et elle n’est finalement pas validée. []
  4. Sans activité depuis 2013, la société est actuellement en cours de liquidation. Elle appartient à une société de holding, Visiodyn, présidée par… Laurent Ozon. []
  5. À ce propos, dans une interview à un site hostile à la vidéo-surveillance, Ozon nous délivre un peu de sa vision du monde : « nous sommes dans l’hémisphère nord dans des sociétés qui ont de moins en moins de cohésion – sans rentrer dans la théorie du complot, je pense que ça a été voulu. Vous obtenez par conséquent une non-société, c’est-à-dire l’impossibilité concrète de pouvoir normer, de pouvoir établir des normes communes, un sens commun, au quotidien chez les gens, au-delà de la pseudo-religion des droits de l’homme. » []

Un commentaire »

  1. PMalko 5 mars 2017 at 23:04 - Reply

    J’ai écouté plusieurs vidéos où Ozon s' »exprime », lu plusieurs de ses « textes », parcouru son fil Twitter… Ce qui ressort de tout ça, c’est qu’il me donne l’impression d’être complètement perché. Donc, ce n’est pas étonnant que personne ne le soutienne si tout le monde a la même réaction que moi. Et le crois que c’est le cas. En général, l’extrême droite est une rigueur logique d’autant plus implacable qu’elle est autistique. Lui, il est complètement space. Donc, bon, même pas un ennemi. Juste un rigolepince qui passe. J’ai vaguement pitié, à la limite.

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