Faux « briseurs de tabous » et vrais réactionnaires

22 septembre 2015 1 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Alors que Marine Le pen a déclaré qu’elle ferait bien d’Eric Zemmour son ministre de la culture, on vous invite à lire (en intégralité sur le site Regards.fr), une intéressante interview d’Éric Fassin, professeur de sociologie à Paris 8, qui démonte les postures faussement transgressives des « intellectuels » médiatiques qui, au nom de la lutte contre la « pensée unique », se contentent de nous resservir les sempiternelles antiennes racistes, sexistes et réactionnaires de l’extrême droite.

« Briser un tabou », aujourd’hui, c’est une posture de droite.« Et si on réhabilitait Vichy ? », suggère joyeusement Zemmour. On songe aux remarques de Sollers, mis en scène dans Les particules élémentaires de Houellebecq. S’adressant à l’écrivain qui lui soumet un manuscrit, il lui dit : « Vous êtes réactionnaire, c’est bien. Tous les grands écrivains sont réactionnaires. » Et ajoute : « Vous êtes authentiquement raciste, ça se sent, ça vous porte, c’est bien. » Si vous proposez de supprimer le CDI, on saluera votre audace, mais si vous appelez à le généraliser, on vous traitera de démagogue. Lancez la conversation sur le racisme anti-blanc, on s’extasiera devant votre courage. Parlez d’islamophobie, on vous ostracisera. Aujourd’hui, le sexisme ordinaire prétend briser les tabous féministes, tandis que la xénophobie la plus banale affirme rompre avec la doxa « immigrationniste ». Pourtant, accroître l’immigration, voilà qui briserait vraiment un tabou aujourd’hui. La preuve ? Personne ne le propose. En revanche, ceux qui dénoncent l’assistanat ou l’antiracisme, prétendent briser un tabou, alors qu’ils ne font que répéter ce qu’on entend de plus en plus.

Leurs transgressions sont donc aussi fictives que le « politiquzemmourement correct » qu’ils dénoncent ?

Ils se contentent de dire tout haut… ce que beaucoup disent déjà tout haut ! C’est le paradoxe actuel : le sens commun de droite se paie le luxe de la posture transgressive… Par exemple, il suffit d’écrire n’importe quoi contre « la-théorie-du-genre » pour se vanter de subvertir la « pensée unique ». Mais si vous évoquez la GPA, on vous traitera d’irresponsable qui aurait perdu le sens commun. C’est bien le signe d’une hégémonie idéologique de la droite. On veut nous faire croire que ce serait résister au« politiquement correct » que de dire des horreurs contre les femmes et les homosexuels, les musulmans et les Noirs. Or c’est toute la contradiction inhérente à ce discours : on vilipende la posture victimaire des minorités et l’on présente ensuite l’homme blanc hétérosexuel comme la victime de la tyrannie des minorités.

Jean-Loup Amselle parle de « nouveaux rouges-bruns » dans son dernier livre. Peut-on mettre dans la même catégorie Zemmour, Guilluy, Dieudonné, Michéa et Finkielkraut ?

8.SoraldieudoLe travail intellectuel de comparaison est double : dans un premier temps, il consiste à montrer les liens qui peuvent exister entre des discours différents, dans un second temps, il implique de les distinguer pour restituer les choses dans toute leur complexité. Je suppose que tous refuseraient le terme « brun » ; mais certains récuseraient sans nul doute le label « rouge ». D’autres non (peut-être). Ne conviendrait-il pas plutôt, au moins pour certains, de dire « ni droite, ni gauche » ? Tous ces auteurs seraient sans doute d’accord pour dénoncer le libéralisme culturel (supposé) de la gauche, mais l’invocation de la « France périphérique » par Guilluy n’a guère d’écho chez Finkielkraut. Quant à l’identité nationale (ou sa variante, l’insécurité culturelle chère à Laurent Bouvet), on ne la trouve sans doute pas chez Dieudonné… Zemmour et Finkielkraut partagent une même admiration pour Renaud Camus, mais le premier a pour Alain Soral une indulgence que ne partage pas le second.

Ont-ils malgré tout des points communs ?

Il n’y a pas forcément de dénominateur commun. En revanche, on pourrait dire qu’il y a entre eux un « air de famille » (au sens du philosophe Wittgenstein) : ils se ressemblent par certains traits, et diffèrent par d’autres. Mais ce sont tous des « mécontemporains » : ils dénoncent l’air du temps, quitte à lui adresser des griefs différents. En tout cas, cette détestation de la modernité, par exemple chez Michéa, s’accompagne d’une forme de ressentiment qui est le moteur de cette réaction – au sens fort, puisqu’on peut parler, chez beaucoup d’entre eux, d’une sensibilité contre-révolutionnaire.

Lire la suite du texte ici

Un commentaire »

  1. José 15 janvier 2016 at 00:14 - Reply

    Attention, il ne faudrait pas faire de la dénonciation de la modernité un marqueur de cette réaction: quid de Jacques Ellul, John Zerzan?

Laisser un commentaire »