Pour une approche matérialiste de la question raciale

3 juillet 2015 3 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Un texte de Malika Amaouche, Yasmine Kateb & Léa Nicolas-Teboul, publié dans le cahier de la revue Vacarme n° 72.

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Pour une approche matérialiste de la question raciale Une réponse aux Indigènes de la République

par Malika Amaouche, Yasmine Kateb & Léa Nicolas-Teboul

Les Indigènes de la République ont contribué à rendre visible un racisme de gauche, appuyé sur le racisme intégral consubstantiel à la société française, mais seraient-ils prisonniers de ces enjeux ? Une analyse systématique des champs de force qui s’exercent sur les plus précarisés permet de sortir de l’ornière : une critique conséquente de l’invisibilisation des questions raciales et de genre, échappant au grand jeu identitaire de l’extrême droite, ancrée dans la critique de l’économie politique.

Des morts en Méditerranée en passant par les émeutes de Baltimore jusqu’aux menus faits quotidiens de la vie métropolitaine, tout nous ramène à la question raciale. Il nous semble nécessaire de proposer une analyse de fond du racisme qui ne soit pas qu’une réponse à chaud aux événements.

On assiste aujourd’hui à une montée de l’islamophobie et de l’antisémitisme. C’est une double vague et il faut réussir à penser les choses ensemble, alors que les séparations sociales sont de plus en plus fortes et les logiques de guerre de tous contre tous incontrôlables. Cela signifie refuser les logiques de concurrence entre les racismes ; mais aussi penser islamophobie et antisémitisme dans toute leur spécificité. Et cela dans le contexte général d’une augmentation de la violence sociale, d’un durcissement des segmentations de classes et des effets du racisme structurel (logement, travail, etc.). C’est de plus en plus dur pour les plus pauvres, pour ceux qui sont déjà les plus précarisés (les racisés, les femmes).

Avec les attentats de janvier, la gauche s’est pris en plein dans la figure son déni de la question du racisme… [LIRE LA SUITE]

3 commentaires »

  1. Mauresque 29 septembre 2015 at 10:25 - Reply

    Pour une critique argumentée de ce texte, et plus généralement pour contribuer à une critique de l’aire racialiste, « tiens, ça glisse…
    ou comment, à trop s’approcher de la race, on fini par tomber dedans (et
    son matérialisme avec) ».
    Lisible ici:
    http://racialisateursgohome.noblogs.org/

    En voici quelques extraits:

    Tiens, ça glisse…
    ou comment, à trop s’approcher de la race, on finit par tomber dedans (et son matérialisme avec)

    par les Hiboux nyctalopes et le GLOCK (Grondement Libératoire de l’Offensive Communiste Kritik)

    A propos du texte Pour une approche matérialiste de la question raciale, du dossier sur la « race » publié par la revue Vacarme et, au-delà, de la sale racialisation que certains s’échinent à faire advenir.

    La race c’est pas classe, c’est la classe qui est classe. Karl Marx, mot d’enfants dans un de ses cahiers d’écolier, Archives inédites

    C’est pas parce qu’on a mis le pied dedans qu’on doit y mettre les mains. Hubert Félix Thiéfaine

    [EXTRAITS]

    (…)

    Le racialisateur partage le monde en différentes races et nous assigne à tous une place dans ce partage. Parfois le partage est grossier : on est « blancs » ou « non blancs », parfois il est plus détaillé mais perd alors en cohérence. Si on ne trouve pas le moyen de refuser d’obéir à ces assignations qui se font passer pour des constats, on risque fort de se condamner à devenir ce dont ils nous prédiquent. Aujourd’hui, et sous nos latitudes, contrairement à ce qu’a pu être l’Amérique ségrégationniste par exemple, dont on importe les théories, le modèle et le vocabulaire, ce n’est pas l’État qui racialise. La diffusion actuelle de la théorie de la race est l’œuvre d’un courant situé à gauche, voire à l’extrême gauche, qui, tout en cultivant ses polémiques et contradictions internes, travaille à constituer ce qu’on peut appeler une « aire racialisatrice ». C’est pour contribuer à contrer ce mouvement que ce texte a été écrit.

    Depuis quelques temps, il est de bon ton, il tendrait presque à devenir normal, dans différents milieux, plus précisément dans une couche de la gauche et jusque dans ses extrêmes, d’employer à tour de bras le terme « race » et ses dérivés aussi récents qu’approximatifs : « racisé, racialisés, racisations, racialisations ». Lors d’un meeting récent, on a pu entendre une intervenante de la tribune affirmer qu’elle pouvait désigner du doigt les « blancs » dans l’assemblée, « blancs » dotés de « privilèges », les opposer aux « non blancs », et, pour défendre la validité de la notion « d’intersectionnalité », défendre « l’obligation » de prendre en compte « la race » à laquelle « elle appartient », face à un public quelques fois critique, mais plus généralement atone, voire enthousiaste — « c’est vraiment chouette, ce qui se passe pour l’instant » entend-on commenter une « féministe matérialiste ». On peut donc affirmer, entre autres choses, qu’il y a des « blancs » et des « non blancs », que c’est ainsi que se partage le monde, et c’est chouette.
    Ce changement est en premier lieu lexical puisque, la réalité du racisme et du sort particulier que le capitalisme, l’Etat ou ses agents, réservent aux migrants, aux sans papiers, aux travailleurs immigrés et à leurs descendants n’ayant pas notablement changé depuis l’année dernière, c’est bien au niveau des mots, qui sont importants1 comme tous les racialisateurs le savent, que le changement s’est opéré. Le Parti des Indigènes de la République en est la principale cheville ouvrière. Son porte parole, Houria Bouteldja, d’ailleurs, le formule clairement dans son entretien avec la revue Vacarme2 : « notre visée est de recomposer le champ politique à partir de la question raciale ». C’est effectivement ce à quoi les colporteurs du PIR s’appliquent, pour quelques uns depuis une dizaine d’années.
    Entendons bien l’enjeu : il ne s’agit pas de proposer des analyses consensuelles. Ainsi, les déclarations agressives, clairement racistes, homophobes et antisémites, les invectives contre le métissage ou les dits « mariages mixtes » qu’ils profèrent ici ou là ne sont assurément pas là pour mettre d’accord. Recomposer le champ politique, c’est bien autre chose, et c’est aussi à coup de polémique que ça se passe : antisémite ou pas, homophobe ou pas, machiste ou pas, c’est bien de race qu’il s’agit de traiter. Ces appels à la haine et à l’inversion en miroir des valeurs et des présupposés racistes de ce qu’ils construisent comme « le monde blanc » ont longtemps sonné creux, sans doute aussi parce qu’ils étaient essentiellement portés par des universitaires ayant peu d’écho dans les luttes. Tout d’un coup, depuis une petite année, non seulement l’audience du PIR grossit (800 spectateurs, d’après les organisateurs) pour fêter ses dix ans, certes sans doute réunis surtout pour voir Angela Davis) mais le prêt-à-penser qu’il refourgue est repris et approprié, avec son vocabulaire ignoble de la race décomplexée, par un champ large allant de la gauche la plus institutionnelle à des milieux militants plus radicaux. Et quand on ne reprend pas ces termes, du moins on n’y réagit plus et on ne s’y s’oppose pas. Cet état de fait ne vient pas d’un changement de composition de ceux qui sont à l’initiative de ces discours, ni à leur implantation dans des luttes ou auprès de quelconques larges masses. Il est, en revanche, certainement lié à la disparition de toute revendication d’autonomie politique et pratique et au manque actuel de propositions subversives. Là où le terrain s’est considérablement appauvri, il ne faut pas s’étonner qu’on ne puisse pas cueillir les meilleurs fruits. On peut aussi constater qu’une f(r)ange militante de gauche au sens très large s’en fait le relai. Face à cette situation, le fatalisme lui-même est intolérable.
    Le dossier consacré par la revue Vacarme au thème de la « race », ainsi que ses suites, est révélateur de ce processus. Il aurait fait polémique à l’interne, il fallait bien pourtant parler de cette « sale race », comme ils affectent de dire. Cette nécessité tient sans doute à l’effet de mode, qui sur cette question et dans un contexte de crise et d’appauvrissement généralisé ne laisse pas de susciter la perplexité. Et, pour en parler, il fallait bien aller voir le PIR. Jusqu’ici universitaires, journalistes et travailleurs de la culture de Vacarme et du PIR, qui devaient bien se croiser dans les mêmes cercles institutionnels ou éditoriaux, n’avaient pas, semble-t-il, éprouvé le besoin de se rencontrer3. Aujourd’hui, c’est donc une nécessité. Ainsi, on pourra lire un dossier objectif dans lequel un entretien laissera percevoir l’ignominie de certains propos du PIR. On le critiquera ensuite de deux points de vue. De celui de l’universalité d’abord, ça, à Vacarme, on sait faire normalement, puisqu’« on est la gauche »4. Dans le numéro suivant, on invitera des « militants de terrains » (en l’occurrence des universitaires aussi, hors de l’université point de salut !), à le critiquer d’un point de vue qui se dit « matérialiste ». Ça, à Vacarme, on ne sait plus faire depuis longtemps, depuis « qu’on est la gauche » peut-être justement, c’est pour ça qu’on doit inviter d’autres contributeurs, qui — médaille du jour — sont « racisées » ou au moins racisables ou en tout cas se déclarent candidates à l’opération.
    Ce qui nous intéresse ici, et nous pose sérieusement problème, c’est que, non seulement, quelles que soient les gesticulations et dénégations de détail, la démarche de Vacarme en publiant ce dossier correspond tout à fait aux objectifs clairement énoncés par Bouteldja (polariser le champ politique à partir de la question raciale), mais, plus grave, l’article qui y fait suite, sensé être le plus radicalement critique, Pour une approche matérialiste de la question raciale, tout en pointant les dérives et exagérations incontournables du PIR (antisémitisme, sexisme, homophobie), avère tranquillement l’idée qu’il faut penser avec la race et, parce qu’on est encore sans doute un certain nombre à savoir que la race, ça n’existe pas, ses dérivés « racisés », « racisation », etc… ainsi que la notion d’« indigènes » auxquels on peut ajouter le cache sexe « sociaux » pour faire bonne mesure en terme de sociologie marxisante. Penser avec la race devient un impératif incontournable : tout refus de ce vocabulaire et de ce qu’il charrie sera systématiquement considéré comme de la dénégation, voire du déni, et tombera sous le coup du dispositif accusatoire.
    Ce texte, qui devrait plutôt s’intituler, comme on le verra, « pour une approche racialiste du matérialisme », contribue donc à construire ce qu’on pourrait appeler le champ de la racialisation, consacrant par là-même la réussite des premiers objets affichés de sa critique. Sur ce champ, deux positions se retrouvent à s’affronter : la race seule contre la race « articulée », en l’occurrence à la classe, et au genre, indispensable partenaire actuel de toute moralisation. Pour tous ceux qui entendent bien refuser de se laisser imposer le constat terrible que « tout nous ramène à la question raciale », et parce que justement le texte qui assène ce constat se présente comme « une réponse matérialiste au PIR », il est de première urgence de le lire avec attention et de le critiquer sans appel. C’est ce qu’on se propose de faire ici, sans prétendre avoir été exhaustif.

    (…)

    En fouillant dans les poubelles de l’histoire, on ne trouve pas que des trésors : faisons rentrer la race dans le trou d’où elle n’aurait jamais dû être ressortie. Et gageons que les luttes d’émancipations et les perspectives révolutionnaires futures dispersent aux 4 vents les racialisateurs et le monde qui les a produit.

  2. Omar 4 juillet 2015 at 12:28 - Reply

    PourQuoi relayer ce texte et ignorer l’entrevue auquel il fait référence et qui est celle accordée par hourra bouteldja a la revue vacarme ? De manière générale pourquoi n’évoquez vous jamais les travaux discordants du Pir , sinon par la bande , de manière allusive et malveillante ? Les indigènes travaillent sur la race et dénudent la république qui est une forme de l’ordre Blanc et vous n’opposez rien d’autre que de la diffamation ( les indigènes seraient comme vous rêvez qu’ils soient : homophobes, racistes, revanchards et antisémites , rien de moins ) ou un silence méprisant, comme si vous pouviez vous targuer du moindre succès sur la question de l’oppression que vivent les enfants de l’immigration coloniale dans ce pays . Cessez de colporter des mensonges et des propos diffamatoires contre les indigènes et si vous ne vous sentez pas capables de discuter des races sociales , du continuum colonial des structures de l’état français, des stratégies de survie des populations dominées sous le joug de l’occidentalisme ou bien de l’impérialisme guerrier et culturel de la république française, faites au moins silence si vous ne voulez pas prêtez une oreille aux personnes concernées..

    • La Horde 5 juillet 2015 at 19:33 - Reply

      Pour commencer, si tu veux que tes commentaires soient publiés, essaye de rester courtois et de ne pas faire ce que tu nous reproches, c’est-à-dire de la diffamation et des mensonges. Car si nous ne partageons pas les positions du PIR, nous nous gardons bien, contrairement à ce que tu prétends, de jeter sur eux l’anathème antisémite, préférant publier des réponses argumentées à son discours. Nous proposons de discuter des « races sociales » et même de s’interroger sur la pertinence de ce concept, reine plus, rien de moins. Quant à ta remarque sur le « succès » de telle ou telle démarche, elle est plutôt malvenue, d’autant que le discours du PIR est lui aussi totalement inaudible auprès des « enfants de l’immigration coloniale » comme tu dis… Ce qui ne prouve donc rien, ni dans un sens, ni dans l’autre.

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