Antiracisme et luttes sociales : marcher sur nos deux jambes

15 juin 2015 2 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

ResistonsLe collectif anti-sécuritaire Résistons ensemble vient de publier le nouveau numéro de son bulletin, à télécharger ici, dont l’éditorial revient sur le non-lieu prononcé lors du procès des meurtriers de Zied et Bouna. Le collectif le remet en perspective, rappelant que les gardiens de l’État ont tout intérêt à « nous empêcher de marcher sur nos deux jambes, menant de front la lutte anti-raciste et la lutte sociale, car ils savent que c’est la seule manière pour nous d’aller vite et loin. »

Ils veulent faire de nous des unijambistes

Circulez, rien ne s’est passé, nous dit la Cour d’appel de Rennes, les policiers sont relaxés. Ce 18 mai restera dans les mémoires. Zyed et Bouna, deux gamins de 16 ans, avaient le tort d’être enfants de pauvre, d’être noir et arabe. C’est comme ça la justice du « pays des droits de l’homme ».
Quelques jours plus tard et un mois après la révolte de Baltimore, le policier qui a tiré à 12 reprises et a tué, debout sur le capot de la voiture deux noirs non-armés, est lui aussi acquitté. Mais, attention ! quand ça se passe aux States, les médias et partis français, de gôche comme de droite, n’hésitent pas à s’indigner gravement :« Oh que la police et les tribunaux américains sont racistes ! » Mais ici, chez nous, pourquoi ce silence ? Pourquoi les mêmes ne parlent-ils que de « bavures », d’ « accidents » ? Parce que la gôche comme la droite ont les mains dans le cambouis, ils ont pour rôle de gérer et protéger un Etat dont la structure même est raciste et islamophobe.
imageEt, c’est là qu’ils nous tendent un piège. Un peu partout du côté des mobilisations, comme par exemple devant le tribunal de Bobigny (93) le 18 mai pour Zyed et Bouna, l’oppression raciale a été clairement dénoncée par ceux qui la subissent mais trop peu de voix se sont élevées pour faire le lien avec l’oppression étatique, policière et sociale, celle qui frappe les pauvres, même s’ils sont blancs.Trop peu ont expliqué que même si les matraques, flashballs et co sont racistes jusque dans la façon dont ils mutilent ou tuent, ces armes ciblent blanc, arabe ou noir du moment qu’il vient des quartiers populaires. Que les récentes lois liberticides (loi sur le renseignement, la loi « contre l’apologie du terrorisme ») visent tous ceux qui bougent, quelle que soit la couleur de leur peau.
Ceux qui nous gouvernent, de gôche comme de droite ont un plan : que chacun reste dans son « camp », les blancs avec les blancs et les « pas blancs » avec les « pas blancs » et qu’à l’intérieur de ces deux « camps » , pauvres et riches, opprimés et oppresseurs de même couleur de peau, de même religion se donnent la main.Et ce ne sont pas les quelques arabes ou noirs de service qui ont choisi de sauver leur peau en jouant les « Oncle Tom », comme les appelaient déjà les Black Panthers, qui changeront la donne. Autrement dit, ceux qui nous gouvernent entendent nous estropier,nous mutiler d’une jambe faisant de nous des unijambistes et empêcher à tout prix qu’ici et là, notamment depuis l’assassinat de Rémi Fraisse, les jeunes, opprimés parce que pauvres, blancs ou pas, commencent à se retrouver. Nous empêcher de marcher sur nos deux jambes, menant de front la lutte anti-raciste et la lutte sociale, car ils savent que c’est la seule manière pour nous d’aller vite et loin.

Résistons ensemble

2 commentaires »

  1. Omar 4 juillet 2015 at 18:10 - Reply

    Prise de position incompréhensible : tout à la fois vous fustigez bien justement le racisme structurel de l’état français et de ses institutions tout en niant la spécificité de l’´oppression que subissent les non Blancs. Vous faites le constat de la continuité coloniale pour aussitôt le balayer d’un revers de la main et appeler au vieux mot d’ordre unitaire qui fait l’impasse sur la question raciale pour s’en tenir à un universalisme abstrait et édenté  » blancs, non blancs meme patron, même combat » ; et qui nous a conduit la ou nous sommes : le désespoir et l’absence de perspective révolutionnaire .

    • La Horde 5 juillet 2015 at 19:36 - Reply

      C’est plutôt ta position qui est paradoxale : si nous dénonçons le racisme structurel de l’État, c’est bien que l’on reconnait « l’oppression que subissent les non-Blancs ». Quant à reproduire cette ségrégation à l’intérieur des luttes d’émancipation, comme tu sembles le souhaiter, on ne voit pas en quoi cela pourrait nous aider davantage que de faire front de manière unitaire.

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