Clément : la lettre solidaire des mères italiennes du collectif «Madri Per Roma Città Aperta»

11 juin 2015 0 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Italie_soliLu sur le site du Comité pour Clément :

Cher Clément,
Une mer de haine alimentée par les inégalités du capitalisme et incitée par des experts militants de l’extrême droite, a armé les mains de tes assassins comme celles des assassins de Dax à Milan, Renato à Rome, Pavlos à Athènes.
Et aujourd’hui, sous cette marée de haine utilisée pour cacher, sous la couverture de la « sécurité » les vrais problèmes sociaux – revenu, logement , droits de la citoyenneté – voilà le retour de la violence. Ce climat et le succès de ces nouvelles droites arment à nouveau la main des fascistes, trop souvent couverts par le niveau institutionnel et par l’apparat policier.
Les risques du fascisme plus dangereux se rencontrent aujourd’hui dans tous les partis et les organisations qui utilisent la violence et le meurtre comme forme «politique» pour intimider l’autre, dans les messages et les pratiques racistes, dans la propagation d’identités territoriales et dans le nationalisme, conçu comme un rempart contre les communautés multi-ethniques.
«Pas besoin d’être forts pour faire face au fascisme dans ses forme folles et ridicules – écrivait Pasolini-: vous devez être très fort pour faire face au fascisme vu comme normalité… Extrême droite et néo-fascistes sont devenus populaires parmi les jeunes tandis que la haine et la violence dont ils sont porteurs ont été déclassifiées comme « bagarres entre jeunes », comme des «phénomènes occasionnels», et non pas comme le résultat d’un climat politique.
Qui s’oppose et s’est opposé dans ces dernières années à la montée de haine et de discrimination, l’a fait aussi pour continuer à s’opposer au fascisme. Les camarades et frères qui ont été tués ou blessés, ont été tués ou blessés parce qu’ils étaient et sont anti-fascistes, parce qu’ils étaient et sont ennemis irréconciliables de cette haine, de ses symboles et de son vocabulaire d’hier et d’aujourd’hui: parce qu’ils s’opposaient et ils s’opposent à ces idées de mort, la vie et la vision du monde dans le signe de la solidarité et de la libération de chacun de ses propres chaînes . Ils nous ont montré , en d’autres termes, ce que cela peut signifier aujourd’hui, 70 ans après la libération, le mot Resistenza.
40 ans après les meurtres de Walter Rossi et Valerio Verbano à Rome et de Fausto et Iaio à Milan tués dans les années 70 et 80,
20 ans après l’assassinat de Brahim Bouarram en marge d’un défilé du Front National, 
20 ans après l’assassinat d’Ibrahim Ali par des colleurs d’affiches du Front National, 
10 ans après l’assassinat de Dax à Milan et de Renato à Rome
2 ans après ton assassinat à Paris, Clément, et de Pavlos à Athènes
le fascisme continue de tuer et reste un danger dans la rue comme dans les urnes.
Nous, mères, nous voulons reprendre vos corps tués et emprisonnés, et les rendre à nouveau visibles, nous voulons reprendre vos rêves, pour vous faire revenir à la vie et à la liberté.
Nous n’avons pas peur , comme vous ne l’avez pas eu. La peur nous la laissons respirer à ceux qui sont assiégés par les luttes, à ces policiers méconnaissables couverts par casques et boucliers, aux lâches armés de couteaux fascistes.
Chers Clément et Carlo et Dax et Renato et Remi et Pavlos vos poumons étaient pleins de liberté, comme le sont ceux des camarades qui sont maintenant en prison et jugés pour leurs luttes et leurs rêves.
Même nos poumons de mères se sont remplis de liberté et nous continuerons à raconter et dénoncer les nombreux épisodes de violences fascistes et l’atteinte à la liberté et aux droits découlant de la lutte anti-fasciste et de la Résistance.
Nous continuerons à nous opposer à un État liberticide et répressif qui favorise et cultive la croissance de groupes fascistes, nazis et racistes. 
Nous continuerons de refuser la création d’une Europe forteresse, xénophobe et répressive contre les luttes sociales, nous continuerons et nous poursuivrons à rappeler les milliers de migrants qui sont morts dans la Méditerranée et ceux qui sont enfermés dans des camps d’expulsion, les gens qui meurent à cause de l’insécurité, les victimes de la répression et de la police fasciste dans le monde.
Nous continuerons à nous opposer à tout cela et à crier notre désir de vivre tous ensemble dans le respect des droits et de l’équité sociale et de continuer à combattre le fascisme sous toutes ses formes.

Nous, Le Madri Per Roma Città Aperta (Mères Pour Rome Ville Ouverte), nous lançons un appel pour que toutes les résistances se réunissent contre chaque État ou Régime qui soit basé sur les nombreuses formes de fascisme qui existent encore en Italie et dans le monde. Pour qu’on puisse parcourir des chemins anti-fascistes qu’ils soient italiens, européens ou mondiaux, qui devront nécessairement marcher ensemble et se nourrir les uns les autres avec leurs particularités, grâce à un travail actif de connaissance et de soutien mutuel.

C’est pour cela que nous remercions tes parents, Clément, et tes camarades du groupe d’Action Antifasciste Paris-Banlieue dont tu faisais partie, pour avoir accepté notre invitation à célébrer l’anniversaire de la libération de l’Italie du fascisme.

Il est temps, en Italie, en Grèce, en France et dans le monde entier que nous organisions la riposte. Avec les nouveaux partisans, Clément, Carlo, Renato, Dax, Valerio, Pavlos, Remi… Il est temps de reprendre la rue – nos rues.

Ni oubli, ni pardon

Le «Madri Per  Roma Città Aperta»

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