Un an après la mort de Clément : ni oubli, ni pardon

26 mai 2015 3 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Le 5 juin 2013, notre camarade Clément Méric, militant de l’Action Antifasciste Paris-Banlieue et de Sud Étudiant,  tombait sous les coups des membres de Troisième Voie, un groupuscule fasciste,  rencontrés fortuitement dans un quartier commerçant du centre de Paris. Ce matin, mardi 26 mai, s’est déroulée la reconstitution des faits qui, espérons-le, permettra de faire au moment du procès toute la lumière sur ce qui s’est passé afin que justice soit rendue à la famille de la victime. A cette occasion, nous republions un texte écrit l’an passé, bien entendu d’abord pour se souvenir de Clément et lui rendre hommage, mais aussi pour que ne soient pas non plus oubliés tous les mensonges, toutes les crapuleries que les uns et les autres se sont permis autour de son décès et que La Horde avait dénoncés au jour le jour.

PC#1_imageDans le premier bulletin du Comité pour Clément, un des amis de Clément, témoin de son agression, avait fait un rappel des faits détaillé de ce qui s’est passé ce mercredi 5 juin 2013, et qui montre bien que si les antifascistes ont les premiers dénoncé verbalement la présence des militants d’extrême droite, l’intention d’en découdre est bien venue de ces derniers, les fafs à l’intérieur du magasin ayant appelé en renfort leurs petits copains dans ce but. De la même façon, il est établi que Clément a succombé aux coups qui lui ont été portés par Esteban Morillo, et dans un SMS accablant, Samuel Dufour admet avoir fait usage d’un poing américain… Ainsi, si le procès sera l’occasion d’une douloureuse reconstitution des faits qui permettra peut-être de mieux comprendre le déroulement exact des événements, les responsabilités, l’identité et l’engagement militant des agresseurs dans ce drame ne font aucun doute, et ce depuis les tout premiers jours. Et pourtant, très rapidement, les calomnies d’extrême droite et les coups tordus de certains médias jetèrent l’opprobre sur les victimes,  tentant de les faire passer pour les coupables.

970203_344643972330609_1167883281_nDu côté des agresseurs, la stratégie de défense a consisté à se faire passer pour de gentils garçons amateurs de vêtements de marque tombés dans une embuscade. La girouette Serge Ayoub, qui avait pourtant passé une partie de la nuit au téléphone avec eux, a même fait semblant dans un premier temps de ne pas connaître ses amis, avant que les antifascistes ne révèlent ses liens avec eux l’obligeant à faire machine arrière (Morillo a souhaité depuis prendre ses distances avec ses anciens amis nationalistes, dont il refuse désormais tout soutien). Les journalistes se sont empressés ensuite de lui offrir une tribune, lui permettant en toute impunité de se présenter comme la victime principale de l’affaire. Toute la fachosphère reprendra ensuite ses arguments, la palme de l’interprétation la plus délirante revenant sans surprise à Égalité & Réconciliation, qui a cru voir dans la mort de Clément une mise en scène orchestrée par les services secrets français pour relancer l’antifascisme en France… Pauvres types !

TractClementMais si cela peut sembler de bonne guerre de la part des ennemis déclarés des antifascistes, l’attitude crapuleuse de plusieurs médias permet de mesurer le fossé qui nous sépare de l’information spectacle. L’observatoire des médias Acrimed avait publié un article sur la récupération médiatique de la mort de Clément, qui dénonçait le fait que antifascistes et fascistes étaient renvoyés dos à dos, mis dans le même sac de « l’extrémisme », et que ce qui s’était passé ce jour-là était souvent réduit à une bagarre entre deux bandes qui aurait mal tournée, faisant ainsi l’impasse sur un contexte global qui seul permet de mettre en perspective les faits. Plus grave, RTL, assassinant Clément une seconde fois, a réussi à faire le buzz en diffusant une vidéo sur laquelle on ne voit strictement rien, si ce n’est quelques ombres et des bouts de jambes, mais dont la radio s’est servie pour laisser croire que Clément aurait en fait porter les premiers coups (une interprétation que même les enquêteurs de la police ont rejetée) : il fallait bien cela pour relancer l’intérêt sur ce qui était devenu « l’affaire Méric » et vendre des espaces publicitaires autour de cette histoire qui n’en devenait que plus « croustillante »… La même opération médiatique sera renouvelée huit mois après les faits, toujours sur des interprétations hâtives, autour des résultats d’une expertise médicale datant du 2 janvier, présentée comme un rebondissement en ce qu’elle relativiserait, selon eux, le rôle des coups reçus par Clément dans le processus qui a conduit à sa mort.

Mais les attaques sont également venues de certains, politiquement plus proches de Clément, dont on aurait pu croire qu’ils auraient eu la décence de ne pas chercher à récupérer l’histoire pour faire parler d’eux. On n’a pas oublié que Pierre Carles, a réinventé l’agression pour en faire le résultat de la lutte des classes, avec Clément dans le rôle de l’affreux bourgeois cultivé, et Morillo dans celui de la pauvre victime prolétaire (un argumentaire misérabiliste qu’il n’invente d’ailleurs pas, mais qu’il reprend à l’extrême droite). Les éditorialistes des journaux Siné Hebdo et Fakir, devant la mise en accusation de leur chouchou, perdront alors toute retenue, glosant sur l’antifascisme à défaut de le pratiquer, raillant les antifascistes au lieu de leur apporter le soutien qui s’imposait dans ces circonstances. Enfin, on n’oubliera pas non plus la tentative assez pathétique du Front de Gauche de faire passer Clément pour l’un de ses militants, à la télévision (Clémentine Autin, sur Canal+ le 6 juin, osa l’affirmer face aux camarades de Clément assis en face d’elle, avant d’être aussitôt contredite par eux) et dans la rue.

Mais au-delà de ces récupérations, de cette désinformation, l’essentiel reste qu’un an après, alors que le FN est arrivé pour la première fois en tête d’une élection nationale, que les agressions de la part de l’extrême droite se poursuivent, la mobilisation antifasciste ne semble pas avoir faibli, et nombreux sont les manifestations, les rassemblements qui sont prévus aujourd’hui et les jours suivants non seulement pour commémorer la disparition d’un jeune antifasciste, mais aussi pour dénoncer ce climat raciste et l’imprégnation des idées de l’extrême droite dans la société. C’est en luttant au jour le jour contre cette vision inégalitaire du monde et pour le droit de chacunE à vivre ici quelque soit son origine, son genre ou son statut administratif, que l’on peut rendre le meilleur hommage qui soit à Clément.

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