Nancy : Intervention du BAF au congrès de Solidaires 54

4 avril 2015 0 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Lu sur le blog du Bloc Antifasciste de Nancy :

Le 3 avril 2015

BAF NancyLe BAF, Bloc Anti Fasciste de Nancy, a été créé peu de temps après le meurtre de Clément Méric. Clément Méric était un de vos camarades, un jeune militant de SUD étudiant et de l’Action antifasciste Paris-Banlieue. Le 5 juin 2013, il a été tué par des nervis d’extrême droite. Le BAF est l’un des nombreux collectifs qui se sont créés ces dernières années en réaction à la montée en puissance des idées d’extrême droite, des idées nationalistes, identitaires, racistes et fascisantes.

Le meurtre de Clément Méric n’est pas arrivé par accident. Il est arrivé après des mois de manifestations de rue de la droite catholique et des différentes chapelles de l’extrême droite contre le mariage homosexuel, avec une multiplication des agressions en marge de ces manifestations, que ce soit contre des homosexuel.le.s, contre des militant.e.s de gauche ou contre des musulman.e.s. On a assisté à une séquence inédite depuis près de 30 ans, où ce ne sont plus des travailleurs, des chômeurs ou des lycéens qui ont occupé la rue, mais des familles de la petite ou moyenne bourgeoisie réactionnaire, venues cracher leur haine contre tout ce qui ne leur ressemblait pas.

Les manifestations du printemps 2013 ont été symptomatiques de ce qui s’exprime lors de chaque consultation électorale depuis des années et qui s’est exprimé une nouvelle fois aux récentes élections départementales : l’implantation croissante des idées d’extrême droite dans la population. Ces idées ont occupé le terrain au fur et à mesure du recul militant des organisations ouvrières, syndicales ou politiques, dans un contexte d’attaques patronales sans précédent.

La gauche gouvernementale porte une responsabilité écrasante dans cette situation. En orchestrant le démantèlement des services publics et des droits sociaux avec la complicité des centrales syndicales co-gestionnaires, en relayant les attaques du Medef et la politique libérale coordonnée par l’Union européenne, en faisant tout cela au nom des idées de gauche, elle a semé et sème encore la confusion, le désespoir et la haine. En y ajoutant une politique répressive, contre les mouvements sociaux comme à NDDL ou Sievens, contre les Roms ou les sans-papiers, elle brouille les cartes plus encore et contribue à légitimer le programme autoritaire et raciste de l’extrême droite.

Au fil de nos défaites collectives sur les 30 dernières années, notre camp de classe s’est fissuré, les clivages identitaires ont surgi et se sont renforcés. Certains se sont réfugiés dans la religion, d’autres se sont précipités vers la nation. L’extrême droite est aujourd’hui multiforme. Elle a la tête de Marine Le Pen et de Zemmour, jouant sur le registre de l’islamophobie et du racisme anti-arabe et anti-immigrés d’un côté, et celle de Dieudonné et de Soral, avec une ligne complémentaire, complotiste, homophobe et antisémite de l’autre. Elle compte des vieux fachos relookés, des jeunes notables sortis des grandes écoles, des profs, des anciens syndicalistes, des gays, des homophobes, des enfants d’immigrés, des sionistes, de prétendus « antisionistes », des catholiques et des musulmans intégristes. Pire : elle pratique l’entrisme dans nos luttes et elle y sème la confusion, avec des militants qui se font les hérauts d’une politique sociale (et nationale), du rejet de l’Europe ou des médias dominants, voire de l’écologie radicale.

Vous, nous, qui luttons pour l’émancipation individuelle et collective, qui sommes opposé.e.s à l’exploitation comme à toutes les formes d’oppression, que nous soyons syndicalistes encarté.e.s ou non, nous avons une responsabilité commune à assumer. Le Front national se défend d’être d’extrême droite, mais nous savons qu’il est d’extrême droite. Nous savons que derrière le ravalement de façade opéré par Marine Le Pen, l’extrême-droite reste porteuse d’un projet social et politique réactionnaire qu’on appelle le fascisme. Et nous savons que le fascisme représente le plus grand danger pour les salarié.e.s et les milieux populaires, pas seulement pour la fraction issue de l’immigration, parce que le fascisme, c’est la carte ultime que peut jouer le capital pour réduire à néant toute résistance et toute opposition de classe.

Dans nos luttes, nos actions quotidiennes, nos attitudes individuelles et collectives, nous pouvons et nous devons occuper à nouveau le terrain.

Occuper le terrain, cela signifie remettre la question sociale au cœur des préoccupations, travailler à la convergence des luttes contre le patronat, les banquiers et les gouvernants, travailler à la convergence des luttes contre toutes les oppressions et discriminations, porter la perspective d’un avenir commun. Seules les luttes convergentes et massives pourront mettre un coup d’arrêt aux attaques du capitalisme, ouvrir une brèche où l’espoir d’un autre monde pourra s’engouffrer, et faire reculer les perspectives mortifères des replis identitaires. Il n’y aura pas de défaite de l’extrême droite sans grandes victoires sur le terrain social.

Occuper le terrain, cela signifie aussi ne céder sur rien dans notre propre camp. Combattre pied à pied, inlassablement, le confusionnisme rampant, la théorie du complot, les racismes, tous les racismes qui peuvent s’exprimer dans nos milieux de travail ou d’études, dans nos quartiers, dans nos clubs de sport ou nos réseaux amicaux. C’est aussi faire de l’antiracisme et de l’antifascisme un constituant explicite et répété de nos actions syndicales ou sur le terrain social. Nous ne construirons rien de solide avec des personnes qui sont convaincues que les musulmans vont détruire « notre culture », ou que les juifs « tirent les ficelles ». Il n’y aura pas de grandes victoires sur le terrain social sans défaite de l’extrême droite.

Occuper le terrain, c’est finalement porter haut et fort la solidarité internationale des travailleurs, en nous faisant les porte-voix des luttes innombrables qui mobilisent notre camp en Europe et ailleurs dans le monde. Le pouvoir et les dominations sont contestés partout, de l’Iran au Brésil en passant par l’Espagne, le Mexique, le Kurdistan, le Vietnam, le Québec. Ces luttes sont les nôtres. C’est en les popularisant, en organisant la solidarité concrète que se reconstruiront la conscience d’appartenir à un monde commun, la volonté d’un avenir commun, et que reculeront les clivages identitaires. Il n’y aura pas de grandes victoires sur le terrain social ni de défaite de l’extrême droite, sans internationalisme.

 

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