Face à l’antisémitisme, Israël contre les Juifs

22 février 2015 3 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

L’actualité récente montre que l’antisémitisme est toujours bien vivace en France : qu’il s’agisse de choisir des cibles juives du quotidien pour des attentats meurtriers ou de profaner un cimetière juif, que les motivations soient religieuses, politiques ou obscures, ce sont toujours les Juifs en tant que Juifs qui sont visés. À chacune de ces manifestations racistes,  le gouvernement israélien en profite pour inviter les Juifs à quitter la France… L’Union Juive Française pour la Paix (UJFP) a publié à ce propos un texte de Pierre Stambul qui dénonce l’instrumentalisation de ces drames, et la mise en danger des Juifs, « où qu’ils se trouvent« , par sa politique coloniale en Palestine. En voici un extrait (le texte intégral est à retrouver sur le site de l’UJFP).

Il y a des confrontations qui ont du sens : les luttes contre l’oppression, la domination, le colonialisme, pour l’égalité des droits. On nous vend aujourd’hui une guerre qui n’est pas la nôtre : celle d’un monde dit « civilisé » contre le « terrorisme islamique ». Dans cette « guerre », les musulmans sont considérés comme des terroristes en puissance et sont sommés de « prouver » qu’ils ne sont pas des complices de Daesh. 
Et les Juifs sont assignés à soutenir sans réserve une politique israélienne criminelle contre les Palestiniens et suicidaire pour les Juifs. 
Cette fuite en avant criminelle tient par la peur. Ce syndrome assure le consensus à un point tel qu’un négociateur palestinien (le professeur Albert Aghazarian) a pu dire que les Israéliens ont peur de ne plus avoir peur. Cette peur irrationnelle a gagné beaucoup de Juifs français.
Dans le contexte du « choc des civilisations », prétexte des dominants pour ensanglanter le monde, il y a en France une montée générale de toutes les formes de racisme. Contrairement à l’image fabriquée par les principaux médias, le racisme frappe essentiellement tous les « dominés », toutes les victimes de l’apartheid social : Arabes, Noirs, Roms. Il prend une nouvelle tournure en se masquant derrière l’islamophobie. Comme il n’est plus politiquement correct de dire « sale arabe », on diabolise l’islam.
Il y a aussi une incontestable et détestable montée de l’antisémitisme. Mais les différentes formes de racisme ne sont pas traitées de la même façon.
Les dirigeants israéliens et en France le CRIF, participent activement à la stigmatisation des musulmans. Ils affirment contre toute évidence qu’il n’y a qu’un seul racisme à dénoncer (l’antisémitisme) et qu’on est à la veille d’une nouvelle « nuit de cristal ». Ils font apparaître les Juifs comme ceux que le pouvoir protège alors que l’idéologie sécuritaire, les déclarations des principaux dirigeants et le travail nauséabond de pseudo intellectuels, visent une seule population déclarée dangereuse.
Les stéréotypes antisémites se nourrissent aussi de la complicité du CRIF avec la politique israélienne et de la partialité évidente du pouvoir. À l’heure des confusions, l’indignation légitime contre les crimes israéliens fait monter l’antisémitisme et les quelques paumés attirés par la violence effroyable de Daesh commettent des attentats criminels contre les Juifs parce que Juifs.

La lutte contre le racisme ne peut pas être découpée. Choisir certaines « bonnes » victimes contre d’autres est à l’antithèse du combat antiraciste. La politique israélienne et la négation totale des droits du peuple palestinien ne protègent absolument pas les Juifs. Au contraire. Pour créer l’Israélien nouveau, il a fallu « tuer le Juif », celui qui pensait que son émancipation passait par celle de l’humanité. Comme le dit le militant israélien anticolonialiste Eitan Bronstein : « nous ne serons jamais libres tant que les Palestiniens ne le seront pas ». En refusant le tribalisme, les Juifs français réaffirmeront une histoire dont ils peuvent être fiers.
C’est tou-te-s ensemble qu’il faut combattre tous les racismes, toutes les stigmatisations, toutes les discriminations. C’est tou-te-s ensemble qu’il faut défendre le droit, en Palestine comme ici.

Lire le texte intégral ici

3 commentaires »

  1. Okapy 23 février 2015 at 14:18 - Reply

    Il est bien gentil Pierre Stambul, mais le problème c’est qu’à force de rendre l’Etat d’Israel responsable de tout, même de l’antisémitisme ici (!), on finit par ne plus voir qu’il y a des causes politiques et sociales spécifiques au contexte français, et à son histoire.

    Pierre Stambul se rapproche en fait d’une espèce de logique « anti-Deutsch » renversée. C’est à dire que comme ces allemands qui ont « honte » d’être allemands sont prêts à n’importe quel retournement politique pour prouver qu’ils ne sont pas antisémites, Pierre Stambul fait parti de ces juifs prêts à dire n’importe quoi pour prouver qu’il ne sont pas sionistes.

    L’antisémitisme français profite à israel et sa politique « immigrationniste » à destination des juifs de la diaspora. Mais l’inverse n’est pas vrai. L’antisémitisme français est bien spécifique. Il pré-existe largement à l’etat d’israel, et même aux luttes anti-impérialistes en soutien aux palestiniens. D’ailleurs ce n’est pas compliqué : avant 68 et l’avènement des gauchistes notamment mao (gauche prolétarienne en tête), le mouvement pro-palestinien en france il n’existe pas.

    Le comique de l’histoire, c’est qu’une grosse partie des juifs pro-palestiniens de l’époque qui étaient soit à la gauche prolétarienne, soit dans le sillage des veuves Maos (Glucksman, BHL, Finkielkraut, en tête) sont tous passés à la droite pro-israélienne.

    « Continuité dans le reniement » disait Hockenguem à leur sujet.

    D’ailleurs, l’un des seuls de l’époque à être resté plutôt pro-palestinien c’est Cohn Bendit. Lui n’était pas gauchiste, mais anarchiste.

    Au sujet de la politique d’israel qui dit « ouvrir ses bras à la diaspora », le problème c’est que comme d’autres l’ont déjà dit cette politique ne marche pas. La plupart des juifs dans le monde ne vont pas vivre en israel, et nombreux/ses sont ceux et celles qui après avoir fait leur Alya reviennent finalement dans leur pays d’origine parce qu’ils ne ne sentent pas chez eux en israel. Parce que ce n’est pas leur histoire, pas leur culture. D’où aussi le phénomène des « doubles passeports » qui nourrit tant de fantasmes antisémites.

    Bizarrement, ça ne viendrait à l’idée de personne de dire que Daesh/ISIS est responsable de l’islamophobie en france. Parce que c’est tout simplement faux, même lorsque ces derniers (les takfiris) appellent de la même manière les musulmans à les rejoindre et se prétendent « L’Etat de la Oumma ».

    Parce que l’islamophobie sous ses traits les plus agressifs et les plus racistes existait déjà avant en france. De la même manière que l’antisémitisme le plus virulent et le plus meurtrier n’a pas attendu l’état d’israël… Ce n’est qu’un prétexte politique à l’antisémitisme chez les antisémites. Comme le discours de Merah qui dit « ils tuent des enfants palestiniens, donc moi aussi j’ai le droit de tuer leurs enfants » (en gros).

    On ne fonde pas une analyse politique sur la honte de soi, ou le désir de se disculper.

    Franchement je suis désolé, mais même si il dit plein de choses vraies, il dit aussi des choses très fausses, et ce texte n’est pas antifasciste.

    Ce serait quand même bien si sur un site antifasciste, on s’interrogeait sur les raisons de l’antisémitisme français.

    Genre celui qui existe même à l’extrême gauche et qui fait dire à un Mélanchon jouant avec le feu que Moscovici ne « pense pas français » mais « finance internationale » (cette expression qu’utilisent tous les antisémites pour dire « les juifs »).

    Celui qui fait que le NPA se retrouve derrière un cortège d’illuminés en 2008 qui crie « mort aux juifs » et ne réagit pas.

    Celui qui fait que dans des manifestations où l’extrême gauche est présente on y fait des quenelles et que des commerces juifs et des synagogues sont attaqués lors de manif pro-pal… Il y a bien un moment où il va falloir faire son auto-critique à défaut de faire le ménage.

    Parce que même si ce n’était pas « le fait de la majorité », c’est quand même arrivé. Et qu’on peut se sentir mal à l’aise sur le fait qu’il y a plus de communiqués pour condamner les camarades qui pètent des vitrines le premier mai que pour condamner ce types d’actions injustifiables.

    Maintenant, dans la catégorie antisémitisme de gauche, on a Roland Dumas qui nous explique que le gouvernement Valls est « sous influence juive » (celle de sa femme en l’occurence…) dans une même sortie antisémite et misogyne.

    Comme pendant l’affaire Merah, ou comme pour les juifs assassinés à l’hyper-casher il y a un peu plus d’un mois, le quasi-silence de cette extrême gauche est assourdissant.

    Je poste ce commentaire ici parce que je crois savoir que vous n’êtes pas complètement sourds à cette critique en ce qui vous concerne.

    Je suis pas en désaccord sur tout ce qui dit Stambul, seulement je trouve que ce texte est à l’ouest dans le contexte actuel.

    Voilà.

    • La Horde 28 février 2015 at 10:54 - Reply

      Attention au ton employé : tu peux très bien donner ton avis sans insulter l’auteur du texte… Par ailleurs, on ne t’a pas attendu pour s’interroger sur l’antisémitisme comme tu le prétends avec condescendance (qui es-tu pour décider si un texte est antifasciste ou non ? Pour faire la leçon à un militant de longue date ?) ; et le texte ne dit pas que l’antisémitisme est le produit de la politique du gouvernement israélien, mais que cette politique prend en otage les Juifs partout dans le monde en prétendant agir en leur nom, les plaçant dans une position intenable. Et que ce faisant, elle entretient les préjugés antisémites.

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