Ravier : Mister faf au Sénat

3 octobre 2014 3 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Si l’élection de Stéphane Ravier au sénat a pu être une surprise pour ceux qui suivent l’actualité politique de Marseille attablés à la terrasse du bar de la marine, il n’en est rien pour les militants de terrain… Et l’étude attentive de la liste des délégués du maire Ravier réserve quelques surprises !

Cette victoire est en effet la suite logique de la prise de la mairie du 7ème secteur de Marseille par Stéphane Ravier. Grâce à elle, du fait du poids démographique de Marseille, il pouvait compter sur un collège d’électeurs de 220 voix (soit les 20 conseillers municipaux de sa liste plus 10 délégués par élu) et 90 voix représentants les autres élus du Front sur Aix-en-Provence, Istre, Marignane, etc. Soit un total de 310 voix, le seuil théorique pour être élu étant de 424 voix (il en aura finalemment obtenu 437). Rien d’étonnant donc, surtout quand on sait qu’en 2008, le candidat du FN d’alors, le docteur Marandat, avait triplé son nombre de voix, alors qu’au départ il ne disposait que d’une soixantaine d’électeurs…

Ciblant les petites villes où le Front avait obtenu de très bons scores aux dernières européennes[1] et axant son discours sur le danger du projet d’une grande métropole marseillaise, il a facilement comblé son handicap, finissant même devant le PS, qui sauve un seul siège, celui de Samia Ghali, pour 5 petites voix. Cumulard, puisque conseiller régional, maire de secteur et désormais sénateur, Ravier va devoir abandonner son poste à la région. Se présentant comme exemplaire, le Front agit  dans les faits exactement de la même façon que les partis qu’ils dénoncent… Le cas est encore plus flagrant dans la constitution des listes des délégués établies par le maire Ravier : en effet, on y retrouvent bien entendu des militants proches de Ravier, ainsi qu’une douzaine de membre de sa propre famille (sa femme, sa nièce, sa belle famille…), même choses pour Baumann qui a placé sa femme, sa fille et son gendre, et  pour Marandat qui a mis son frère.

Marseille le 30 mars 2014, 2nd tour des municipales. Ravier est porté par les militants d'Action Française : Anthony Mura et sur la droite Maxime Montel. (Photo : Patrick GHERDOUSSI / Divergence)

Marseille le 30 mars 2014, 2nd tour des municipales. Ravier est porté par les militants d’Action Française : Anthony Mura et sur la droite Maxime Montel.
(Photo : Patrick GHERDOUSSI / Divergence)

Côté militants, on récompense les fidèles Stéphane Dheilly alias « boromir » et Maxime Epaulard (nous reparlerons d’eux dans un prochain article sur les Identitaires sur Marseille), les nouveaux comme les membre de l’Action Française Anthony Mura ou Blanche de Reviers de Maury, les anciens de retour à la maison comme Pascal Munier[2] Mais nous avons gardé le meilleur pour la fin : car parmi les délégués sélectionnés, nous avons retrouvé une vieille figure de l’extrême droite locale que nous connaissons bien, Marcel Mozziconacci.

Né en 1956, il n’est pas issue des rangs du FN, mais de ceux du mouvement nationaliste-révolutionnaire, dont il portait alors le symbole autour du cou sous la forme d’une croix celtique. Dans les années 1980, ce mouvement a pour leader le futur associé de Gilbert Collard, Me Thierry Mudry[3].

Troisième VoiePour concrétiser sur le terrain politique sa réflexion idéologique, Mudry, secondé par Marcel Mozziconaci, fonde en janvier 1986 Forum Provence Nationaliste (FPN), la branche marseillaise du mouvement Troisième Voie (TV) de Jean-Gilles Malliarakis. Son activité se limite à ses débuts à l’organisation de dîners-débats dans un restaurant du Panier, le Mac Mahon, auxquels assistent des néonazis marseillais des Faisceaux Nationalistes Européens (FNE) de Mark Frederickssen. Mudry et ses camarades n’oublient pas leur filiation : c’est ainsi qu’en 1988, ils distribuent un tract commémorant le dixième anniversaire de l’assassinat de François Duprat[4].

En novembre 1989, Mozziconacci ressuscite le Parti Des Forces Nouvelles (PFN) qui organise conjointement avec FPN et TV une manifestation devant le consulat de Grande-Bretagne à Marseille. À cette occasion, Marcel va sympathiser avec un jeune militant niçois de TV, un certain Fabrice Robert, futur co-fondateur du Bloc identitaire. C’est que Mozziconacci aime bien la jeunesse, et les skins en particulier, comme le néonazi Hervé Guttuso, d’utiliser la boîte postale de Forum Provence Nationaliste pour recevoir son courrier.

Guttuso

Le copain néonazi de Marcel Mozzicanocci

À l’été 1991, la crise qui couvait au sein de Troisième Voie éclate, donnant naissance à deux mouvements distinct et ennemis :
– la tendance Malliarakis qui garde le nom de Troisième voie et qui s’inscrit de plus en plus dans l’orbite du FN ;
– la tendance des radicaux emmené par Christian Bouchet, qui va prendre le nom de Nouvelle Résistance (NR), à laquelle Mudry et Forum Provence Nationaliste vont s’associer.

MozzicanocciÀ Marseille, FPN s’empare d’une association créée par deux dissidents du FN, l’Alliance Régionaliste Provençale (ARP) ; Mozziconacci y tient le poste de secrétaire à la propagande. L’association, qui tente de déborder le FN sur sa droite, l’accusant de rester dans une « coupable inaction » alors que « les lieux de culte musulmans se sont multipliés et la population immigrée a considérablement augmentée. », se présente aux élections cantonales de 1991 avec comme slogan « halte à l’invasion » et comme candidat Mozziconacci, qui ne recueille que 58 voix… Mais Marcel cherche aussi à « défendre le patrimoine culturel et cultuel des traditions religieuses indo-européennes » à travers une autre association, Libération Païenne.

Enfin, une petite anecdote pour finir : au soir du 11 avril 2002, alors que passait sous sa fenêtre la manifestation anti Lepen, Marcel n’a pas pu s’empêcher de se mettre au balcon de son appartement pour brandir un drapeau à croix celtique pour manifester sa joie !

Choisi avec sa femme pour être électeur aux sénatoriales, nul doute qu’il a dû ce jour-là toucher son bâton de maréchal !

La Horde 

  1. Ainsi, à Saint-Andiol, la liste de Marine Le Pen avait obtenu 47% des voix. []
  2. Ce dernier avait choisi Bruno Mégret lors de la scission du FN avant de rejoindre le MPF de Philippe de Villiers après le naufrage du MNR. Il est aujourd’hui Directeur général du groupe ETIC sécurité, une boîte de sécurité que l’on retrouve un peu partout, à la salle de spectacle du Silo, par exemple. []
  3. Ancien du Front de la Jeunesse branche jeune du Parti des Forces Nouvelles (PFN) et du Groupement des Etudiants Nationalistes (GEN) il va rejoindre Troisième Voie, la nouvelle formation de Jean-Gilles Malliarakis. Mais à la lecture des écrits d’Alain de Benoist, le patron du GRECE, son engagement politique est en train de se transformer, notamment avec l’édition d’une revue intitulée Le Partisan européen. []
  4. Théoricien du nationalisme-révolutionnaire en France, il est le bras droit de Le Pen au début du Front et le premier distributeur d’écrits révisionnistes en France. En savoir plus []

3 commentaires »

Laisser un commentaire »