L’extrême droite à Marseille (1) : les premiers pas de Stéphane Ravier (FN)

25 septembre 2014 3 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Premier d’une série qui va faire le point sur la situation de l’extrême droite dans la cité phocéenne, cet article est consacré à Stéphane Ravier, nouvelle étoile montante du FN grâce à son élection comme maire du 7e secteur de Marseille : représentatif de cette nouvelle génération de militants FN qui arrivent aujourd’hui aux postes de responsabilités, il nous a semblé intéressant de nous pencher sur ses débuts à Marseille.

Reprenant sans vergogne le slogan antifasciste "Pas de fascistes dans nos quartiers, pas de quartiers pour les fascistes", Ravier joue les matamores dans les rues du 7e secteur…

Reprenant sans vergogne le slogan antifasciste « Pas de fascistes dans nos quartiers, pas de quartiers pour les fascistes », Ravier joue les matamores dans les rues du 7e secteur…

Issu d’un milieu populaire, Ravier s’engage très jeune au FN. Bien que très fidèle à Jean-MArie Le Pen qui reste pour lui sa boussole idéologique, il choisit très tôt (dès 2002) de soutenir sa fille, gagnant ainsi un appui qui va lui permettre de gravir rapidement les échelons du parti au niveau local, puis national. Ce n’est pas pour autant qu’il renonce aux thèses radicales pourtant bien éloignées de la stratégie de dédiabolisation prônée par Marine Le Pen. Car si la thématique sociale semble être devenue la nouvelle martingale du Front, c’est avec les bons vieux fondamentaux (immigration, insécurité) et une ligne identitaire (française, provençale et catholique) que Ravier a construit son succès. De plus, Ravier reconnaît ne pas être « un adepte du tri sélectif, surtout avec ceux qui sont restés quand on était au plus bas »[1], faisant ainsi référence aux groupuscules et militants plus ou moins folkloriques qui sont venus donner un coup de main ou compléter les listes électorales du FN marseillais à l’occasion de telle ou telle élections.

Mais aujourd’hui élu maire de secteur, Ravier sait bien qu’il doit acquérir une certaine respectabilité, éviter les dérapages et toute proximité avec l’extrême droite radicale, et ce d’autant plus s’il a l’ambition de devenir le prochain maire de Marseille : car alors, certains épisodes de son passé pourraient devenir gênants…

Le Pen en 2010, avec dans le dos la "fameuse" affiche du FNJ marseillais.

Le Pen en 2010, avec dans le dos la « fameuse » affiche du FNJ marseillais.

Au moment des élections municipales de 2008, le FN marseillais est au plus bas. La guerre contre Bruno Mégret[2] l’a vidé de ses éléments les plus actifs et les plus compétents. La présence de Le Pen au second tour de l’élection présidentielle de 2002 fut une grosse surprise, y compris pour les cadres et les militants, mais sans lendemain : aux législatives de la même année, le FN n’obtient aucun député, et aux régionales de 2004, qui devaient porter Le Pen à la présidence de PACA, la candidature du Menhir tourne à la farce : ayant « oublié » de se domicilier dans la région ,il ne peut se présenter… Aux élections européennes, le FN n’atteint même pas les 10%, talonné par la liste de Philippe de Villiers (certains au FN décident d’ailleurs de rejoindre le MPF, comme Roland Lombardi, le responsable du FNJ13, qui entraine avec lui 80% de ses militants).

La crise s’accentue avec le début de la guerre de succession qui va opposer les « modernes » emmenés par Marine Le Pen, et soutenue par son père, aux « anciens » (Bompard, Marie France Stirbois, Carl Lang, Bernard Antony), qui vont à tour de rôle soit être exclus, soit quitter le Front, entrainant dans leur sillage de nouvelles défections.

L'objet du scandale…

L’objet du scandale…

La campagne présidentielle de 2007 et la nouvelle orientation politique prise par le FN en direction des Français d’origine immigrée (sous l’influence de Marine Le Pen, directrice de campagne, et d’Alain Soral) finissent de désorienter l’électorat traditionnel du parti : à Marseille, certains militants vont même refuser de coller les affiches de la campagne, notamment celle ou l’on voit une jeune métisse (les cathos tradis furent surtout choqués par le bout de culotte rose qui dépasse de son pantalon…). Résultat : le soir du premier tour, Le Pen n’arrive qu’en quatrième position, devancé même par Bayrou, alors que depuis 1988 il était toujours arrivé en tête. Aux législatives qui suivent, seuls deux candidats vont dépasser la barre des 10% :  Marine Le Pen à Henin Beaumont, avec 28%, et Stéphane Ravier à Marseille, avec 11,8%.

Ce qui va valoir à Ravier d’être désigné tête de liste pour les municipales de mars contre Ronald Perdomo, un historique du FN marseillais, qui a aussi le tort de vouloir faire alliance avec les débris du MNR et Stéphane Durbec[3] Autant dire que Ravier hérite d’un mouvement à bout de souffle, vieillissant et en manque cruel de militants actifs.

C’est sans doute au même constat qu’est arrivé Jean-Marie Le Pen, lorsque au congrès de Bordeaux il propose la constitution d’une « union patriotique » pour les élections à venir, qui rassemblerait toutes les sensibilités de sa famille politique. Ravier, en bon petit soldat, va donc appliquer la consigne en entamant des négociations avec le MNR et le MPF local, pour tenter de constituer des listes communes. Le résultat n’est pas très probant : si Ravier obtient le retour de Lombardi et de certains anciens du FNJ partis au MPF, c’est probablement plus en raison des liens d’amitié qui unissent les deux hommes[4] qu’à une véritable convergence politique. Pour preuve, le MPF présentera une liste dans le 7eme secteur, celui de Ravier ! Avec le MNR, les discussions étaient bien avancées et un accord pratiquement trouvé (avec une tête de liste de secteur), mais Marine Le Pen oppose son veto à l’opération, suivie par son père.

Ainsi, la stratégie d’ouverture est un échec, et il faut à Ravier trouver d’autres renforts. Le lent déclin du FN du début des années 2000 a ouvert un espace politique dans lequel se sont engouffrés divers groupuscules aux discours et aux pratiques plus « radicales », composés très souvent de jeunes militants. L’un d’eux sort du lot, par sa politique de communication à base d’actions d’agit-prop et d’une habile utilisation d’internet : les Identitaires. Basé à Nice, ils cherchent à élargir leur périmètre d’influence, et s’imposer à Marseille, deuxième ville de France et symbole du « cosmopolitisme », leur permettraient de sortir de l’état groupusculaire dans lequel ils végètent. Bref, les ambitions de Ravier et celles des Identitaires pouvaient trouver un intérêt commun…

La Horde

À suivre : les Jeunesses identitaires à Marseille

  1. interview au journal Le Ravi d’octobre 2013 []
  2. n°2 du FN dans les années 1990, Bruno Mégret provoqua une scission au sein du Front national en 1999, et partit fonder un nouveau parti, le Mouvement National-Républicain (MNR) avec un nombre important de cadres du Front national. Mais l’histoire a tranché, et tout le monde a désormais oublié le MNR… []
  3. Stéphane Durbec a longtemps servi d’alibi « noir » au FN, mais son bronzage naturel et son ambition mégalomaniaque ne faisaient pas l’unanimité au sein du parti. En 2012, il « réalise » que le FN est raciste, le quitte pour rejoindre les rangs de l’UMP dont il a porté les couleurs lors des municipales à Vitrolles ; il se rêve désormais en président de la République, et songe à se présenter en 2017 sous une étiquette « libérale-conservatrice ». []
  4. Lombardi était l’adjoint de Ravier à l’époque où celui-ci dirigeait le FNJ, et ce dernier le nomma comme son successeur après son départ. []

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