L’antisémite Emmanuel Ratier fait sa promo sur Médiapart

24 juin 2014 1 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Ratier_MediapartOn nous a récemment signalé un blog sur Médiapart consacré à Manuel Valls et animé par un certain Emmanuel Ratier, qui publie depuis 1996 un bulletin d’informations « confidentielles », Faits & Documents, consacré à la vie politique et aux « lobbys » (comprendre : les Juifs et les francs-maçons). Alors qu’il dispose de son propre site, le filou espère en réalité profiter ainsi de la solide réputation de Médiapart en ce qui concerne la fiabilité des informations pour lancer une opération de communication et de promotion d’un récent ouvrage qu’il a consacré à Manuel Valls, épaulé dans sa démarche par Soral et Dieudonné, deux experts dans l’art du buzz, de préférence antisémite. C’est l’occasion pour nous de faire un petit rappel sur le parcours politique de Ratier et sa proximité actuelle avec les clowns tristes d’Égalité & Réconciliation.

Méfaits&Documents

Parodie de la lettre confidentielle de Ratier par les antifascistes de REFLEXes.

S’il a réussi à échapper à la vigilance de Médiapart[1] , un site pourtant généralement bien informé sur l’extrême droite, c’est que le bonhomme est discret et malin : le site d’informations REFLEXes l’avait pourtant mis à nu il y a maintenant quelques années, pastichant sa lettre, rebaptisée pour l’occasion Méfaits & Documents, dont vous trouverez un fac-similé de la couverture ci-contre et un renvoi ici vers son contenu exhaustif dont sont tirées l’essentiel des informations ci-dessous.

Une jeunesse nationaliste

Front_de_la_jeunesseNé en 1957, Ratier commence à militer à Rouen en 1973 au sein du Front de la Jeunesse[2] (FJ), l’organisation de jeunesse du Parti des Forces Nouvelles[3]. En 1980, il quitte Rouen pour Paris et intègre l’Institut d’Études Politiques (IEP) de Paris. Il rejoint l’Union des Étudiants de Droite, dont les cibles privilégiées sont les syndicats de gauche mais aussi les libéraux, ce qui n’empêche pas Ratier d’être suppléant d’André Danet, candidat UDF aux élections législatives de juin 1981. C’est que Ratier connait bien le fils Danet, Olivier, qui militait avec lui au FJ, et recherché par la justice italienne à propos de l’attentat fasciste de Bologne qui fit 89 morts.

Après une formation de journaliste au CFJ en 1982, il fait des piges pour le Figaro-magazine, puis travaille pour Valeurs actuelles et Magazine-Hebdo. Bien qu’antisémite patenté, il se fait embaucher par l’Anti Defamation League of B’nai B’rith, organisation juive américaine, comme consultant  pour écrire une étude sur l’extrême gauche, mais il est rapidement identifié et licencié. Il finit par rejoindre Minute en 1984[4] et participe ensuite au Crapouillot et à National-Hebdo, un hebdomadaire alors proche du Front national, et aujourd’hui disparu.

Faits & Documents

F&D_Soral001

L’hagiographie de Soral par Ratier : le travail d’enquête a ses limites quand on parle des copains…

En 1996, il lance avec l’aide de François Brigneau sa propre publication, Faits & Documents, une lettre « confidentielle » sur la vie politique française et l’influence supposée des Juifs et des franc-maçons (sans surprise, on retrouve à la maquette Riwal, la société de Frédéric Châtillon). Doté d’une ambition démesurée, alimentée par un ego surdimensionné, il se décrit lui-même comme un « grand journaliste indépendant » : c’est que le bougre, non content de dévoiler les « secrets » des ennemis de l’extrême droite, est prêt à tout pour se faire mousser, y compris balancer les copains, et sa lettre regorgeait jusqu’à il y a peu d’indiscrétions sur le milieu nationaliste. Cela a pu lui valoir quelques soucis, comme son différend avec les Charlemagne Hammer Skins, un groupuscule néonazi violent des années 1990, qui avaient publié une lettre attribuée à Ratier et qui contenait des formules comme « je suis très enthousiaste de constater que votre combat contre le sous-homme Juif est en bonne voie. »[5]

Ratier et ses copains

Bien que du côté des mégrétistes lors de la scission de 1999, Ratier, courageux mais pas téméraire, est rapidement rentré dans le rang en se rapprochant à nouveau de Jean-Marie Le Pen (il est même intervenu lors du conseil scientifique du FN en 2001). Cela ne l’empêchait pas bien entendu de continuer à fréquenter les pires antisémites, comme le général syrien Mustapha Tlass, ministre de la Défense de son pays jusqu’en 2004[6], qui publie en langue arabe ses deux ouvrages consacrés à des organisations juives (car en plus de Faits & Documents, Ratier a commis plusieurs ouvrages antimaçonniques, « antisionistes » et anti-antifascistes, édités par sa propre maison d’édition, Facta.). Pas étonnant dans ce cadre de le voir se rapprocher de personnalités comme Alain Soral et Dieudonné.

Soral_dédicace_Facta

Soral en dédicace à Facta en 2013.

Rappelons que, avant la création d’Égalité & Réconciliation, c’est-à-dire dans la première moitié des années 2000, Alain Soral faisait la tournée des popotes d’extrême droite pour valider son coming out nationaliste[7]. C’est dans ce cadre qu’est organisé en juin 2004 une séance de dédicace de son roman Chute ! : Eloge de la disgrâce dans la librairie Facta, tenue par Emmanuel Ratier, à la suite de quoi les marques de respect mutuel vont ensuite se multiplier (Soral y est ainsi retourné récemment pour dédicacer Comprendre l’Empire en décembre 2012 ou encore Dialogues désaccordés en novembre 2013). C’est un peu navrant et même étonnant de la part d’un homme comme Ratier, qui semble attaché aux documents et qui se targue d’être bien renseigné, que de s’acoquiner avec un affabulateur comme Soral, qui peut dans une même phrase dire tout et son contraire.  C’est qu’ils partagent l’un et l’autre un égo surdimensionné, et aussi un certain sens des affaires : car les succès de librairie (virtuelle) de Soral font saliver d’envie notre petit Manu, qui aimerait bien profiter de ses stratégies marketing. Pour faire bonne figure, Ratier signe ainsi dans un numéro de Faits & Documents daté de décembre 2013 un portrait de Soral, qui, contrairement à l’habitude de Ratier, est une véritable hagiographie qui reprend comptant la légende que le monsieur a construit autour de sa personne. Pire, et là au mépris de toute déontologie, Ratier fait même relire son papier à l’intéressé avant publication !

Opération marketing

dieudonne-le-vrai-visage-de-manuel-valls

Dieudonné faisant la promo de Ratier.

Le renvoi d’ascenseur ne s’est pas fait attendre : les éditions Kontre-Kulture, fondées en 2011 par Soral, et qui se sont spécialisées dans la réédition de pamphlets antisémites (comme La France juive de Drumont), distribuent non seulement les ouvrages des éditions Facta, mais surtout sa lettre Faits & Documents, lui assurant ainsi une audience bien au-delà du petit monde nationaliste. Ainsi, en avril dernier, là quelques jours de la sortie du livre de Ratier Le vrai visage de Manuel Valls,  la machine de propagande de Soral a logiquement servi la soupe à Ratier : clip vidéo de Kontre-Kulture, article élogieux sur tous les sites amis… Et le résultat ne s’est pas fait attendre : les ventes de l’opuscule s’envolent sur internet. C’est aussi que l’ouvrage de Ratier cède aux modes du moment : avec à peine 60 pages rédigées, les 50 pages restantes étant composées de photos et d’annexes, on est plus proche du dossier que de l’ouvrage de référence, mais peu importe : surtout, on est dans le format digest tant apprécié des lecteurs de Soral. Pour ce qui est des « révélations explosives » promises par la promo, on devra se contenter des positions pro-palestiniennes de Valls quand il était maire d’Evry, développées sur une dizaine de pages. Pour le reste, c’est essentiellement comme ennemi des « nationaux » (et singulièrement de Soral et Dieudonné, les « ennemis n°1 ») que l’ancien ministre de l’Intérieur est brocardé. Il n’est pas question bien entendu pour nous de défendre ni le parcours, ni le bilan de Valls (on pourra lire ce que l’on en pense ici) mais de mettre à jour ce qui est plus une opération à la fois de marketing et de propagande (mais y a-t-il une différence entre les deux ?), signe qu’entre antisémites, on peut faire des affaires.

La Horde

  1. En réalité, bien qu’informé, le site d’information répond laconiquement que tout abonné a droit à un blog, et que tant qu’il respecte la Charte, Ratier restera hébergé chez eux. []
  2. http://reflexes.samizdat.net/spip.php?article341 []
  3. Son mensuel Balder, est alors dirigé et administré par Ratier qui est à l’époque très proche du GRECE (Groupement de Recherches et d’Études pour la Civilisation Européenne) et ne manque pas une occasion d’assurer une large publicité aux ouvrages édités par la Nouvelle Droite, ainsi qu’à brocarder le chef du concurrent direct du PFN, Jean-Marie Le Pen. []
  4. En 1986, il se retrouve en conflit avec la rédaction lors de la tentative de rachat de Minute par Yves de Montenay, industriel millionnaire, membre du Club de l’Horloge, que Ratier soutient []
  5. Accusant les CHS dans National-Hebdo d’être des faussaires, Ratier n’avait en fait pas du tout apprécié que ces derniers publient auparavant sa lettre de demande de service de presse que ponctuaient des amitiés sans ambiguité… []
  6. En 2012, l’Association syrienne pour la liberté, une ONG d’aide humanitaire, a porté plainte à Paris contre lui, l’estimant co-responsable de plusieurs crimes de guerre dont le massacre de la ville de Hama en 1982, qui avait fait entre 20 et 40 000 morts. []
  7. Voir à ce propos le portrait que nous lui avions consacré []

Un commentaire »

  1. nozo 23 juillet 2014 at 22:49 - Reply

    Apparemment il y a de drôles de discussions / articles sur Médiapart.
    En cherchant des renseignements sur un titre curieux  » bientôt ce sera « encore » la faute à Dieudonné MBALLA MBALLA  » sur le blog en accès payant j’ai trouvé ceci :

    http://www.forum-auto.com/les-clubs/section7/sujet380853-11445.htm

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