Le nationalisme, même de gauche, est un poison

18 juin 2014 9 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Le site Initiative Communiste Ouvrière a publié il y a une quinzaine de jours un texte (signalé par le Carnet de Bord Antifa)qui dénonce fort à propos le nationalisme du Parti de Gauche, en particulier lors des dernières élections européennes. La focalisation sur le capitalisme « de l’étranger », qu’il soit allemand ou américain, comme la mise en avant des symboles nationaux pour décrire la « résistance » montrent que le Front de Gauche entend, comme le FN le fait avec succès,  profiter de la « popularité » des sirènes nationalistes…

Dans le cadre des élections européennes de 2014, le Front de Gauche, et en particulier le Parti de Gauche, bien loin d’utiliser la tribune que sont les élections pour mettre en avant les intérêts communs de la classe ouvrière en Europe, et au-delà du monde entier, mène une campagne marqué par le chauvinisme et le nationalisme français.

En effet, lors de cette campagne, le principal mot d’ordre du Parti de Gauche est « Non à l’Europe américaine ». Le slogan n’est pas nouveau, cela fait au moins un an que le PG l’utilise. Il n’est pas nouveau non plus que ce parti se complaise dans le nationalisme et le chauvinisme. Mais cette fois, sous prétexte de dénoncer le « Grand Marché Transatlantique », c’est devenu le principal thème de campagne du PG.

Poulet_FdGIl est bien clair que la mise en place, par les gouvernements et les capitalistes d’Europe et d’Amérique, d’un grand marché ne pourrait se faire que dans l’intérêt des bourgeois. Pas que des bourgeois américains d’ailleurs, mais aussi des bourgeois européens, et en particulier des bourgeois français. Les actionnaires de Véolia par exemple rêvent de s’emparer du marché de l’eau aux Etats-Unis, secteur aujourd’hui largement nationalisé. Toute la rhétorique du Parti de Gauche, avec les affiches « non à l’Europe américaine », les clips ridicules des « brigades de poulets anti-Grand Marché Translatlantique », conduits par une « bonne paysanne bien de chez nous » affublée de bleu-blanc-rouge, vise à opposer non pas les prolétaires aux bourgeois, mais les « Français », voir les Européens, aux Américains. Selon les déclarations de Mélenchon et les textes du Parti de Gauche d’ailleurs, ce grand marché conduirait à transformer les pays européens… en colonies américaines. A entendre les déclarations du PG, la France ne serait pas une des principales puissances impérialistes, et on se souvient des déclarations de Mélenchon pour soutenir l’intervention militaire française au Mali, les ventes d’armes françaises à travers le monde ou même la dissuasion nucléaire « made in France ». Comme bien souvent, l’antiaméricanisme dans la « gauche de la gauche » conduit à la défense de l’impérialisme français.

Et à Besançon, un meeting du Front de Gauche s’est fait sur le thème « Non à l’Europe allemande »… bref, il s’agit de dénoncer le caractère « allemand » ou « américain » de l’Union Européenne, plutôt que sa nature capitaliste. De tels slogans semblent ignorer aussi que la France n’a pas attendu l’Union Européenne pour qu’y soit instauré le système capitaliste, qu’Union Européenne ou pas, la bourgeoisie ne connaît comme seule limite à l’exploitation que la résistance de la classe ouvrière.

Lors des présidentielles de 2012, déjà…

Lors des présidentielles de 2012, déjà…

A entendre certains discours des nationalistes de gauche, on pourrait croire qu’il serait pire de subir le capital allemand ou américain que de subir le capital français. Chez PSA ou Renault, « fleurons de l’industrie française », ce sont les mêmes attaques, les mêmes plans de licenciements que chez ArcelorMittal, General Motors, Volkswagen ou Toyota. Des capitalistes « bien de chez nous », comme la famille Peugeot, Bettencourt ou Pinault n’ont jamais eu besoin de la « main de l’étranger », venue d’Allemagne ou des Etats-Unis, pour exploiter la classe ouvrière. Etre licencié par Pinault quand on travaille à La Redoute ou par Taylor quand on bosse pour Goodyear, ne change pas grand chose. Dans un cas comme dans l’autre, ce n’est que par la capacité de résistance et de lutte des travailleurs que l’on parvient à s’opposer aux licenciements ou du moins à imposer une indemnité de licenciement supérieur à l’indemnité légale. Bref, pour nous les travailleurs et les travailleuses, la nationalité de nos patrons importe peu, la seule question pour nous est de construire un rapport de force en notre faveur que nous bossions pour un patron américain, indien, japonais ou berrichon.

Et construire ce rapport de force implique, surtout lorsque l’on travaille dans une multinationale, de tisser des liens et de lutter avec nos collègues des autres pays. Ce n’est pas une utopie. Dès les débuts du mouvement ouvrier, les travailleurs se sont organisés, avec la Première Internationale, à une échelle mondiale. Aujourd’hui, on a pu voir des travailleurs des sites Amazon d’Allemagne venir soutenir leurs collègues en lutte pour des revendications similaires tant aux Etats-Unis qu’en France. Le 15 mai, les travailleurs de la restauration rapide, et en particulier ceux de Mac Donald’s, se sont mis en grève et ont manifesté dans 150 villes aux Etats-Unis alors que des actions ont été organisées par leurs collègues en Inde, au Pakistan, au Maroc ou en Suisse. On pourrait multiplier les exemples qui vont dans ce sens, et qui reprennent finalement la conclusion plus que jamais d’actualité du « Manifeste Communiste » : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ».

LH poison2Ce qui est vrai au niveau d’un groupe l’est d’autant plus au niveau des revendications de l’ensemble de la classe ouvrière. Le 1er Mai, Journée Internationale des Travailleurs, était à l’origine une journée de grèves et de manifestations à l’échelle mondiale pour imposer les 8 heures au patronat. Or, la propagande du Parti de Gauche, désigne comme responsables des attaques que nous subissons non seulement les « mauvais capitalistes », Allemands ou Américains (laissant entendre que les capitalistes français seraient « moins pires »), mais toute la société allemande ou américaine.

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9 commentaires »

  1. Il Cattivo 8 octobre 2014 at 22:17 - Reply

    L’éternel combat rouge/brun. La comparaison n’a pas lieu d’être, Mélenchon s’étant évertué un milliard de fois (peut-être même bien trop de fois) à casser la politique frontiste. De surcroît, le comparer à Marine Le Pen dans son « nationalisme » (qui ne doit pas être confondu avec du patriotisme ou de l’Eurosepticisme (il n’y a pas que le FN qui est contre l’Europe, la LCR aussi) revient quasiment à mettre l’extrême droite au même plan que l’extrême gauche, ce qui est un contresens majeur. L’extrême droite est majoritairement et même unanimement raciste voire antisémite. Alors je voudrais, avant de pousser plus loin le débat, que vous me donniez UNE déclaration raciste de Jean-Luc Mélenchon, pour ensuite voir si la comparaison avec l’extrême droite, quel qu’elle soit, est possible.
    La nationalisme, ce n’est pas la gauche.
    Et en le disant, ce que vous faites, je suis désolé de le dire ainsi, mais c’est de la bouillie.

    Mélenchon s’illustre dans son combat antifasciste (bien qu’il ne soit pas toujours des plus fins, c’est entendu), alors je ne vois vraiment pas pourquoi vous le prenez pour cible.

    • La Horde 8 octobre 2014 at 22:34 - Reply

      Tu confonds « racisme » et « nationalisme ». Or c’est bien le second qui est reproché au PG, pas le premier. Il ne s’agit donc pas de confondre l’extrême droite et l’extrême gauche, mais de dire qu’il n’y a pas de nationalisme « acceptable » au prétexte qu’il serait porté par un parti « de gauche ».

  2. Michel 20 août 2014 at 12:57 - Reply

    Très bon article et analyse de nos camarades d’Initiative Communiste-Ouvrière sur ce poison appelé nationalisme.

  3. Gaëtan 8 juillet 2014 at 01:42 - Reply

    Je dirais même « le fascisme même de gauche est un poison ». Il existe de nombreuses convergences entre le FN et le FdG. L’un comme l’autre sont des pro-France opposé à la décentralisation et à l’autonomie des régions, ces mêmes partis proneront le droit à l’autodétermination des peuples ou hurleront contre la souveraineté perdue de cette pauvre France au profit de l’UE (c’est tellement plus simple) mais refuseront de reconnaitre une identité régionale, prétextant une atteinte intolérable à l’unité (qu’ils confondent avec homogénéité) de la France.

    On peut également repprocher à Mélenchon et son mouvement leurs soutiens ignobles à El-Assad, au régime Iranien, ou à Poutine lors de la crise en Ukraine, quelle différence avec Le Pen ?

  4. goldored 3 juillet 2014 at 17:08 - Reply

    Et l’anarcho-indépendantisme alors ?
    Parce que l’on peut être internationaliste, anarchiste et indépendantiste, sans contradiction aucune.

  5. kyosen 20 juin 2014 at 10:05 - Reply

    Je comprends les arguments. Mais je les trouves assez caricaturaux. Certes le côté jacobin du PG est le moins attractif et ses références à la France sont légion mais de là à parler de nationalisme est excessif. A la différence du FN qui défend un peuple-nation, le PG défend la notion de peuple-classe ce qui est d’ailleurs LA NOTION qui écarte tout similitude entre ces 2 partis dit « populistes ».
    Parler de nationalisme de gauche en évoquant le PRCF ou l’URCF, les nationaux-bolchéviques eut été plus inspiré car eux signent des appels et font parfois le lien avec le FN. Pour le PG, l’angle d’attaque est certes pârtisan mais ce ne peut être comparé au FN.
    De plus, concernant le combat antifasciste, le PG est le seul parti institutionnel que je vois afficher de manière radicale ce combat.
    C’est malheureusement avec ce genre de papier que la gauche politique (hors PS et une partie des cocos bien sûr) ne pourra jamais s’unifier et constituer un front commun de lutte.
    Dommage….

    • Ibrahima 21 juin 2014 at 10:42 - Reply

      Koysen voit des subtilités « théoriques » là où le PG défend ouvertement les intérêts de grande puissance de la France. Des ventes d’armes (rafale) juqu’au soutien affiché aux guerres françafricaines, sous prétexte de légalité internationale. On sait pourtant que celle-ci n’est sont jamais que le prétexte que se donnent les puissances impérialistes.
      Voir le dernier exemple en date, la RCA : « Le gouvernement a-t-il tort d’intervenir au Centrafrique ? Non… celle-ci s’inscrit pleinement dans le cadre du droit international puisque le conseil de sécurité de l’ONU a donné unanimement le mandat à notre pays d’appuyer la force africaine de la Misca chargée de protéger les civils et « stabiliser » le pays… C’est légitime, le gouvernement n’interviendrait pas si nos intérêts nationaux n’étaient pas en jeu. En l’espèce, il s’agit notamment de l’uranium. L’alimentation énergétique de notre pays dépend de cette ressource que notre sous-sol ne produit guère. La Centrafrique dispose du gisement de Bakuma et de frontières stratégiques avec des voisins dotés du précieux minerai » (déc. 2013).
      L’embellisement de la République et de sa vocation mondiale traduit fidelement cette défense des intérêts de l’impérialisme.
      Du reste, Koysen se trompe lorsqu’il évalue l’antifascisme du PG par rapport à sa plus ou moins grande radicalité. Radicalité par rapport à quoi ? Ce que le PG, mais pas le seul, radicalise, c’est : la dénonciation des marché financiers et de la poignée de spécualteurs, la défense de la souveraineté française, le renforcement de l’appareil d’Etat (protectionnisme, nationalisation, …). Le « peuple français », c’est une illusion périmée. 1° Parce qu’il dissimule la réalité de la domination capitaliste et la détourne contre la poignée de vendus qui ne « pense pas en français mais dans la langue de la finance mondiale » (Melenchon). 2° Parce qu’il détourne de la seule réalité qui vaille, à la base d’une démarche vraiment antifa et commune : le prolétariat est une classe multinationale !

      • nada 24 juin 2014 at 23:44 - Reply

        Les raisonnements théoriques trouvent leurs limites dans le champ du réel. On peut trouver une formation politique un peu bancale et la préférer malgré tout au pire. D’autant plus que les votes ‘populaires’ ne s’expriment déjà plus majoritairement à gauche…

  6. Ibrahima 19 juin 2014 at 17:57 - Reply

    Voilà une critique qui vise juste.
    Le PG, en la compagnie de divers représentants de la gauche bourgeoise, relance bel et bien un nationalisme assumé. Le comble du ridicule était atteint par le livre d’A. Corbière qui dénonçait M. Le Pen comme « parti de l’étranger », extérieure aux traditions de la France et de sa République, etc.
    Il faudrait ajouter que, pour le Front de gauche, l’Etat est avec la nation, le 2ème « rempart » contre la crise. Ils en appellent ainsi à renforcer l’appareil de domination bourgeoise, à faire passer notre salut dans les mains de l’Etat, … bref à renforcer les tendances autoritaires de la politique actuelle. Ils nagent effectivement dans les mêmes eaux que le social-patriotisme du FN !
    Voir sur le même sujet : http://nantes.indymedia.org/articles/29669
    Salut rouge

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