L’extrême droite en concert à Paris le 28 juin

30 avril 2014 3 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

 

Auto-promo d'In Memoriam : les Antigones assureront-elles la première partie ?

Auto-promo d’In Memoriam : les Antigones assureront-elles la première partie ?

Le 28 juin prochain, au Back Up, une boîte de nuit située rue de la Croix Nivert, dans le XVe arrondissement de Paris, est prévu et annoncé un concert de RAC (Rock Against Communism) et de Rock Identitaire Français (RIF), avec deux groupes à l’affiche : le français In Memoriam[1] et l’italien Bronson, ce dernier étant le groupe officiel de hardcore-metal de Casapound (les fafs italiens annoncent venir à plusieurs bus…).

Le fameux t-shirt…

Le fameux t-shirt…

Après deux concerts en 2012 et 2013 en Italie dans des lieux tenus par Casapound, In Memoriam, groupe de  (RIF) tente donc de remonter sur scène à Paris, après plus de dix ans d’inactivité. On peut s’étonner de les voir réunis à nouveau quand on sait que le fin du groupe n’avait pas été très glorieuse (on pense en particulier à cette histoire de de t-shirt pirate fabriqué par un des membres du groupe en secret et vendu au London Styl). Si, à plus de 40 ans, les convictions nationalistes sont toujours bien ancrées chez les musiciens du groupe, leur rébellion et leur engagement « anti-capitaliste » semble en avoir pris un coup : 

Le RIF, c'est d'abord un business… (Facebook d'In Memoriam)

Le RIF, c’est d’abord un business… (Facebook d’In Memoriam)

Pour assister au concert il faudra débourser 145 euros pour quatre personnes… Dans le genre rebelle et rock ‘n’roll on a vu mieux ! Que les jeunes gudars se rassurent, In Memoriam c’est rattrapé avec la promo (cf. visuel en haute à gauche), qui il est vrai a fait un peu de bruit dans certains cercles catholiques, surtout dans cette période où toute l’extrême droite ne cesse de parler de défense des valeurs familiales et de l’image de la femme.

Olivier_DemeocqL’organisateur du concert, Olivier Demeocq, qui se définit lui-même comme « un anarchiste de droite », n’est pas un inconnu à l’extrême droite, proche des catholiques intégristes (il est collaborateur sur Radio Courtoise ou le site Chrtianophobie.fr). C’est également un ancien de l’Ecole de Guerre Economique (EGE) de Christian Harbulot, un centre de formation aux techniques de renseignements : les « anciens » de l’école se réunissent d’ailleurs au Carré Parisien, une salle gérée par… Demeocq, où le très à droite Cercle Aristote (qui se réunissait auparavant dans le Local de Serge Ayoub) a invité l’islamophobe Pierre Cassen de Riposte laïque ou encore David Mascré, ex-membre de la direction du Front national…  

In Memoriam

In_MemoriamIn Memoriam s’est formé en 1995 et a été dans les années 1990 et début 2000 l’un des groupes phares du Rock Identitaire Français (RIF), une tentative (qui s’est soldée par un échec) de l’extrême droite radicale visant à investir le champ culturel à travers la musique, pour mieux diffuser ses idées auprès du « grand public ». In Memoriam est sans doute le groupe qui a été le moins volontariste dans la perspective de sortir du ghetto nationaliste : on trouve ainsi dans son répertoire certaines chansons faisant clairement référence au folklore faf français et ayant vocation à servir « d’hymnes », comme C9M, ou encore la chanson « La colonne », présente sur le dernier album Persona non grata et qui n’est rien de moins qu’une reprise d’un chant de marche de la Jeunesse hitlérienne, composée par Herbert Napiersky en 1933, intitulé « Es dröhnet der Marsch der Kolonne ». In Memoriam est également, avec Fraction et Insurrection, le groupe le plus engagé dans l’action politique de terrain. Plusieurs de ses membres étaient des militants dans la mouvance GUD du milieu des années 1990, au FNJ à la même époque, au FN puis au MNR ou au MNJ. Au sein de la scène RIF, In Memoriam n’a pas toujours bonne presse, en raison de l’ego surdimensionné de ses membres et d’embrouilles diverses, en particulier en raison des liens étroits entre le groupe et le MNR, le parti dissident du FN mené par Bruno Mégret au moment de la scission du parti lepéniste.

Des antifas sur la route du groupe

Pour mémoire, rappelons qu’en 1998, Mémorial Records, le label du groupe, organise un concert le 9 mai, pour la commémoration de la mort de Sébastien Deyzieu[2]. L’info commence à circuler dans les milieux antifascistes et le concert est finalement annulé…
IM_concert_VitrollesLa même année, la mairie de Vitrolles, alors gérée par le FN, annonce la tenue d’un concert de rock identitaire pour le 7 novembre au Stadium avec In Memoriam : une charge explosive détruit l’installation électrique de la salle  dans la nuit du 29 octobre 1998, la rendant inutilisable pour le concert[3]; Si le concert a finalement lieu ailleurs, le concert a été un bide et un crash financier… Enfin, en juin 2002, le groupe est invité à Cologne (Allemagne) pour participer à un concert organisé par la revue Signal et le label identitaire IDM (Identität Durch Musik), équivalent allemand de Memorial Records. Mais le concert n’a pas eu lieu : lorsqu’ils arrivent, les Français tombent en effet directement dans une contre-manifestation antifasciste, et le quartier est bouclé par les forces de l’ordre : le groupe en est quitte pour rentrer à Paris… Trois mois plus tard, le 14 septembre, In Memoriam doit jouer au Havre dans le cadre d’une journée identitaire normande organisée par Thomas Hélène et Laurence Grandvallet, deux étudiants de l’École supérieure de Commerce du Havre proches du MNR et du Mouvement normand. Ces derniers entendaient rééditer une manifestation qui s’était correctement déroulée le 19 mai 2001 et qui comportait déjà un concert d’In Memoriam. Mais l’activisme local des antifas aboutit à l’annulation du concert prévu dans la ville-même (le concert a eu lieu au prix d’une petite délocalisation dans la propriété d’un cadre local du MNR).

  1. Pour un historique complet du RIF et d’In Memoriam, nous vous invitons à vous rendre sur le site de REFLEXes et de consulter les chapitre en ligne du livre Rock Haine Roll []
  2. Ce militant proche de l’Œuvre française est en effet mort le 9 mai 1994 en tombant d’un toit, poursuivi par la police alors qu’il participait à une manifestation contre l’impérialisme américain organisée le 8 mai à l’appel des JNR, du GUD et du FNJ []
  3. L’attentat est revendiqué au nom du groupe FTP []

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