Les groupes et les organisateurs du concert néonazi du 19 avril en Alsace

23 avril 2014 3 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

On en a déjà parlé lundi sur le site : samedi 19 avril a eu lieu dans le village de Oltingue (à 15 minutes en voiture de l’aéroport européen de Bal-Mulhouse) un concert de solidarité pour le « mouvement national » organisé par les cercles Blood & Honour (B&H) allemand et suisse. Plusieurs centaines de néonazis se ainsi sont retrouvés, venus de toute l’Europe, sans aucun problème, pour fêter l’anniversaire de Hitler. Voici plus de précision sur les groupes qui se sont produits et sur les organisateurs du concert.

Concert_Oltingue_.20042014jpegFaire des concerts néonazis au carrefour des trois frontières (Allemagne, Suisse, France) est devenu une sorte de tradition, et il n’est pas rare que la France soit considéré comme le meilleur endroit pour les organiser. Ainsi, à l’automne 2012, la Hammerfest européenne a eu lieu à Toul, en Lorraine, après que de nombreux autres lieux ont décommandé au dernier moment. Le mélange de proximité frontalière, de législation clémente et d’un désintérêt prononcé des autorités, font de la partie française de ce carrefour, un endroit particulièrement attractif pour les néonazis. Cette fois encore, aucun problème pour les néonazis : malgré la taille de l’événement et malgré le fait que les organisateurs soient membres de l’un des plus grands réseaux neonazis internationaux (et souvent violents), les autorités policières françaises n’ont vu aucune raison d’intervenir…

Des « légendes » du hatecore sur scène

Ça faisait pourtant environ quatre mois qu’un flyer tournait sur internet annonçant un grand concert en Europe centrale. Contrairement à la réserve qui est généralement de mise dans ces cercles d’extrême droite, le fait que ce concert n’aurait pas lieu en Allemagne et ne serait pas interdit était clairement mis en avant. Au vu de l’affiche prévue, on devait s’attendre à ce que ce soit l’un des plus grands concerts néonazis organisés depuis un moment : voici une petite présentation des différents groupes qui se sont produits samedi 19 avril.

Photo : fightfascism.wordpress.com

Photo : fightfascism.wordpress.com

Parmi les groupes de la soirée, on notera surtout la présence du groupe Blue Eyed Devils, bien que seul le chanteur Drew Logan, soit finalement venu. Dans la scène musicale d’extrême droite, les BED jouissent d’une renommée légendaire, entre autres pour avoir participé à la création du mouvement White Power Hardcore, aussi appelé hatecore. Le groupe a été fondé en 1994 par deux frères, Robert et Ryan Huber, et a connu de très nombreuses formations incluant parfos des militants d’extrême droite, comme le hammerskin  Michael Page, tristement célèbre pour avoir tué six personnes dans un temple sikh à Oak Creek (Wisconsin), avant de se donner la mort. Drew Logan est un membre permanent du groupe depuis les années 1990. BED a splité en 2003 et est devenu « Teardown », Ryan Huber ayant quitté le groupe cette année-là. Pour donner une idée du niveau, voici quelques paroles, avec leur traduction :

Now I’ll fight for my race and nation,
Seig Heil! my battle cry as I crush the tyranny,
I walk the path that few will ever see, To my folk I will bring White Victory (…)

Maintenant, je vais me battre pour ma race et ma nation,
Seig Heil ! est mon cri de guerre quand j’écrase la tyrannie,
Peu nombreux sont ceux qui suivent ma voie, à mon peuple j’apporterai la Victoire blanche (…)

KraftschlagA côté de cela, d’autres grands noms étaient annoncés, principalement allemands. Kraftschlag, fondé en 1989, est l’un des groupes les plus anciens et les plus connus de la scène néonazie allemande ; son dernier concert remontait à octobre 2008, dans le canton de Lucerne (le groupe a participé la même année au festival italien   » Fronte Veneto « ). Ses textes, sans surprise, glorifient eux aussi le nazisme :

Doch ein Volk, ein Reich, ein Führer, hallte es nun durch Deutschland immer wieder.
Von jetzt an bis in alle Ewigkeit. Deutschland wir kommen mach dich bereit !

« Ein Volk, ein Reich, ein Führer« , on entend ces mots résonner en Allemagne,
Maintenant et pour l’éternité. Allemagne, nous arrivons, tiens-toi prête !

Legion_of_ThorSi la composition du groupe de Rock Against Communism (RAC)[1] Tätervolk est mal connue, sa proximité avec le parti néonazi NPD ne fait aucun doute : toujours présent dans leurs événements, Tätervolk a joué en septembre 2009 lors du meeting « pour arrêter l’infiltration étrangère» à Berlin – Schöneberg. Legend Of Thor, lui, est plus proche du plus grand réseau international de skins néonazis, la Nation Hammerskin (HSN), dont le site antifasciste Fafwatch avait étudié la branche française. Cela ne l’empêche pas d’entretenir aussi de bons contacts avec Blood & Honour,  ce qui est assez rare dans la scène musicale d’extrême droite. Lors de leur dernier concert en mai 2013, à Finowfurt (Brandebourg), près de 650 participants avaient fait le salut hitlérien devant la scène. Devils Projekt, le groupe allemand le moins connu de la soirée, est originaire de la région de Stuttgart (Bade-Wurtemberg), et n’a sorti que deux albums.

Enfin, le groupe finnois Sniper est également de l’écurie B&H, créé en janvier 1997 à Kuusankoski, est l’un des deux principaux groupes néonazis avec Mistreat. Blood & Honour Finlande est une organisation assez solide, qui organise depuis plusieurs années un festival de rock d’extrême droite intitulé  » Festival d’été nordique « , pendant plusieurs jours.

Les organisateurs, entre procès et escroquerie

Autonomes nationalistes de Göppingen

Autonomes nationalistes de Göppingen

Nos camarades antifas allemands n’ont pas tardé à démasquer l’organisateur principal du concert, Stefan Hinrichs, membre du groupe Heilger Krieg. Le concert a bien failli ne jamais avoir lieu, lorsqu’en mars 2014 Hinrichs a été arrêté, avec d’autres, dans le cadre d’une procédure menée contre les autonomes nationalistes de Göppingen[2]. Grâce aux contacts de Hinrichs en Thuringe et en Suisse, d’autres ont pris le relais dans l’organisation du

Marcus Russwurm

Marcus Russwurm

concert : Marcus Russwurm, de la région de Hildesheim, en Allemagne, ainsi que la section Zurich (Suisse) de B&H. Pendant la détention préventive de Hinrichs, des bruits ont cependant couru dans la scène au sujet d’un possible détournement des fonds de la scène et de sa collaboration avec la Verfassungschutz, les services de renseignement allemands, ce qui a entraîné, sur certains forums, des appels à boycotter le concert.  Les nouveaux organisateurs ont essayé par tous les moyens de faire cesser ces rumeurs, et de donner une bonne image de cet événement : c’est ainsi qu’ils ont annoncé très tôt que la recette devait aller à des projets nationalistes, et en premier lieu, évidemment, aux nationalistes autonomes de Göppingen. Par ailleurs, le concert a reçu, grâce à Markus Russwurm, le soutien de la VPC néonazie « Hansgar Aryan Versand » ((Cet homme de 29 ans, tatoué, pose d’ailleurs comme modèle dans leur catalogue !)). En mars de cette année, il a également participé au congrès européen des JND (organisation de jeunesse du NPD). L’organisation du concert a été simplifié par le fait que Russwurm vit et travaille dans la région de Zurich.

Ramon Mallens

Ramon Mallens

D’autres fonctions importantes ont été assurées par des membres de B&H d Zurich, qui avaient déjà travaillé avec succès avec Hinrichs pour le Ian Stuart Donaldson Memorial (ISD-Memorial) à Ebnat-Kappel (Suisse). C’est d’ailleurs le groupe de Hinrichs, Heiliger Krieg, qui était le groupe surprise prévu en Suisse. Pour le concert du 19 avril, c’est Ramon Mallen, 24 ans, qui a donné l’idée de l’endroit du concert, la salle polyvalente de Oltingue, 25 rue de Fislis. Mallen était membre du Aktionsgruppe Lörrach et venait de passer en procès avec cinq autres néonazis allemands pour troubles à l’ordre public et coups et blessures…

Source principale : linksunten.indymedia.org
(à noter un dossier très complet sur les groupes, en allemand).

  1. Appellation donnée aux groupes et concerts de skins et militants d’extrême droite à la fin des années 1970 en Angleterre. Par extension, le terme RAC désignera tout groupe ou concert d’extrême droite par la suite. []
  2. Selon le paragraphe 129a, qui permet à l’État de poursuivre les groupes politiques radicaux comme des criminels organisés ; les antifas, et pas seulement les néonazis, en ont déjà fait les frais. []

3 commentaires »

Laisser un commentaire »