Berlin: Antifa in der Krise, rencontre internationale

23 avril 2014 1 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Presse_AntifaOrganisé par le collectif Interventionistische Linke (IL), qui regroupe des groupes d’extrême gauche tels que Avanti ou l’Antifaschistische Linke Berlin (ALB), et par la Fondation Rosa-Luxembourg, le congrès intitulé « Antifa in der Krise », l’antifa dans la crise, s’est tenu du 11 au 13 avril 2014 à Berlin, dans les murs de l’Université Technique (TU). Soutenu par la presse antifa (Antifa-Infoblatt, Lotta, entre autres) et la presse d’extrême gauche (Analyse und Kritik, Neues Deutschland) ainsi que des groupes et des initiatives (VVN-BdA, Blockupy) ou des distros (Red Stuff) et des antifas régionales (Göttingen, …), le congrès a rassemblé plus de 600 personnes, déjà présentes le vendredi soir pour la première plénière, jusqu’au dimanche après-midi, pour les derniers ateliers. Nous y avions été invités pour intervenir le vendredi soir en plénière et pour y animer un atelier.

Pourquoi ce congrès ?

Il y a en Allemagne depuis quelques années un double questionnement : comment se positionne-t-on, en tant qu’antifascistes, par rapport à la crise économique, étant entendu que l’extrême droite voudrait se présenter comme une alternative politique, y compris par rapport à la crise économique ? La deuxième question sous-jacente au titre choisi par les organisateurs du congrès fait écho à la crise que traverse l’antifascisme en Allemagne (et à l’international) avec, de façon très nette pour l’ensemble des pays européens, une croissance importante des partis et groupuscules d’extrême droite, que ce soit au niveau électoral pour les premiers ou au niveau de leur présence dans la rue pour les seconds.
Pour l’Allemagne, le débat se pose de façon un peu différente, même s’il est délicat d’affirmer que l’extrême droite allemande n’est pas sur une pente ascendante. En effet, depuis ce qu’on a appelé « l’Antifa-Sommer » de 2000, l’antifascisme est relativement consensuel outre-Rhin. Tout le monde s’organise pour manifester à Dresde le 13 ou le 14 février, les jeunes reçoivent fréquemment à l’école une formation antifasciste par rapport aux groupes de RAC, de métal ou autres néofolk d’extrême droite, les codes et runes sont décodés, l’État de son côté fait interdire Blood & Honour et reparle tous les ans du même serpent de mer, l’interdiction du NPD[1] . Mais dans le même temps, c’est-à-dire entre 2000 et 2011, les terroristes du NSU entrent dans la clandestinité, et la scène d’extrême droite, qu’on disait sur le déclin, accouche en 2011 des trois meurtriers (dont deux suicidés), responsables de 10 crimes, dont 9 racistes. Leur procès n’en finit pas de se terminer.
Ajoutons à cela l’émergence en avril 2013, pour les dernières élections législatives allemandes, d’un nouveau parti, Alternative für Deutschland (AfD, Alternative pour l’Allemagne) apparemment innocemment anti-euro et eurosceptique, qui lance de nouveaux défis à l’antifa allemande. Que faire de ce que tout le monde ne s’accorde pas à désigner comme un parti populiste d’extrême droite comme il y en a tant dans d’autres pays européens ? Comment répondre aux argumentaires de ce parti, à droite de la CDU et du FDP, une fois mises à jour les quelques personnalités du parti compromises à l’extrême droite ?
Telles étaient les questions posées par l’intitulé du congrès.

Le congrès en lui-même

La première soirée consistait en une plénière, qui a rassemblé plus de 600 personnes, et à laquelle La Horde a participé, aux côtés d’intervenants venus de Hongrie, de Grèce et de Suède. Les questions débattues à cette table ronde concernaient essentiellement les points suivants : comment les différents acteurs de l’extrême droite réagissent-ils à la crise ? Quelle est leur base sociale, du point de vue militant et / ou électoral ? Quels sont les liens entre l’extrême droite et les milieux conservateurs ? Comment ripostent les partis de gauche et les syndicats à l’offensive de l’extrême droite ?
Nous avons par ailleurs pu échanger avec les nombreux militants réunis à Athènes, via une liaison vidéo qui, malheureusement, ne fonctionnait pas très bien côté allemand.
Les réponses des différents intervenants étaient fort intéressantes : l’intervenante venue de Suède expliquait comment l’extrême droite réagissait à une crise peu présente dans le pays, tandis que le camarade grec rappelait les liens de l’Aube dorée et du gouvernement grec. L’intervenante hongroise expliquait la spécificité de son pays hors zone euro et mettait l’accent sur la déliquescence du système éducatif depuis le début des années 1990.
De notre côté, nous avons évoqué le tournant « social » du FN en mentionnant l’évolution du parti depuis l’arrivée de Marine Le Pen aux commandes : nous avons mis l’accent sur la volonté de la direction de mettre en avant un programme économique qui soit pris au sérieux par les électeurs, en rappelant également le tournant « républicain » amorcé par le parti dans une optique de dédiabolisation assumée par M. Le Pen.
Le samedi commençaient les ateliers, sur trois créneaux horaires, à raison de cinq ou six ateliers proposés en parallèle. Pendant que nous animions un atelier sur « Homophobie et lesbophobie en France : le tournant réactionnaire de 2013-2014 », on pouvait ainsi assister à une discussion sur le nouveau parti allemand Alternative für Deutschland (AfD), le NSU et les antifas, l’extrême droite en Pologne ou l’extrême droite en Grèce. Ensuite, les ateliers se poursuivaient dans une deuxième vague, avec une part importante d’ateliers portant sur l’international (ex-Yougoslavie, République tchèque) mais aussi sur les problématiques allemandes (histoire du mouvement, l’implantation des groupes antifas à la campagne, et l’antifra comme point de convergence des organisations autonomes des réfugiés politiques et les antifas). Après quelques heures de repos et de rencontres, d’autres ateliers étaient à nouveau proposés, toujours dans le même esprit à la fois international (Italie, Espagne) et plus spécifique à l’Allemagne (« Les groupes de jeunes antifas, un modèle dépassé ? » « Une politique antifa antisexiste », « Les mouvements de protestation contre les foyers de réfugiés en Allemagne »).
La journée du samedi s’est conclue par une dernière plénière où sont intervenus cette fois-ci des intervenants allemands uniquement, d’Avanti, du réseau …Ums Ganze et de l’association mobilberatung gegen rechtsextremismus berlin. Les débats concernaient cette fois davantage les questionnements allemands et les difficultés rencontrées pour s’organiser après la découverte des crimes du NSU et du soutien apporté par la Verfassungsschutz (Office de Protection de la Constitution, équivalent des Services de renseignements intérieurs français), face à l’émergence de l’AfD et face à la résurgence de mouvements de protestation racistes qui mettent monsieur et madame tout le monde dans la rue contre les foyers de réfugiés politiques. Furent également évoqués des problèmes tels que la relève trop peu nombreuse… Cette plénière rassemblait encore plus de monde que la veille ! Nous autres, Français, rêverions d’être autant : si seulement…
Une campagne a été annoncée pour le mois de mai, en Allemagne, avec pour mot d’ordre : « Le nationalisme n’est pas une alternative ». À suivre !
Le dimanche, nous nous sommes retrouvés pour d’autres ateliers : après la fête de la veille, tout le monde est revenu pour débattre et échanger sur des sujets aussi divers que Casa Pound, le « Racial Profiling » avec la participation de l’initiative française Stop le Contrôle au Faciès, Crise et racisme en Autriche, les Fantifa (groupe antifa féminin, trans et inter), l’extrême droite en Hongrie, l’organisation des blocages, etc.

Un excellent bilan pour cette rencontre internationale : des contacts avec de nombreux antifas allemands qui sont autant de possibilités de mener du travail en commun, mais aussi avec les autres intervenants, et aucun facho en vue dans Berlin, en tout cas pas près de l’université où se tenait le congrès, malgré les appels scandalisés du journal de la Nouvelle Droite Junge Freiheit !

  1. Dans le même temps, ses services de renseignements intérieurs, la Verfassungsschutz (Office de Protection de la Constitution) recrutent un cadre sur sept du parti pour leur servir d’informateurs, tant et si bien que les enquêtes menées dans le cadre des demandes d’interdiction échouent… Trop de gens au NPD « travaillent » pour l’État ! C’est la même problématique qu’on retrouve dans le « complexe NSU », où des gens réputés travailler pour la VS ont caché le trio de terroristes ou les ont aidés lorsqu’ils se cachaient. []

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