Le FN à la fac (2) : Maréchal, le voilà !

9 mars 2014 2 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

À l’occasion du lancement par le FN du collectif Marianne,  un think-tank à destination des étudiant, nous revenons sur les diverses tentatives d’implantation du FN en milieu universitaire : l’essentiel des textes pour la période antérieure à 2002 proviennent de l’ouvrage collectif Bêtes et Méchants, paru en 2002 aux éditions REFLEX, et auquel nous avions largement participé à l’époque. Nous avons déjà publié une première partie ici, voici la deuxième partie : les années Maréchal, le père, sur le plan légal, de Marion Maréchal-Le Pen. Viendront ensuite les années de la scission et pour finir, les années Marine.

Samuel Maréchal, alias "le gendre"

Samuel Maréchal, alias « le gendre »

Si le FNJ a nettement accru ses capacités militantes et son sérieux organisationnel, il n’a pas été capable d’initier une extension de son influence vers d’autres sphères. En mars 1992, Jean-Marie Le Pen va investir l’un de ses jeunes fidèles pour cette tâche : Samuel Maréchal[1]. il est censé assurer l’essor du mouvement qui se veut la première organisation politique de jeunesse de France, à l’instar des Jeunesses Communistes dans les années 1960 et 1970. C’est une période de clarification : la direction du FNJ est renforcée et Samuel Maréchal s’entoure de fidèles tandis que le RE devient le seul vecteur reconnu en milieu universitaire, si on excepte Paris et son microcosme local.  Le FNJ « maréchalisé » a alors une marge de manœuvre très importante puisque son hégémonie est presque totale au sein de la jeunesse nationaliste.

Renouveau-etudiant

Le Renouveau étudiant reste, en 1992 (en haut à gauche), fortement inspiré par ses « glorieux » aînés (Occident, en haut à droite), et par le folklore d’extrême droite (cf. le trident de Troisième voie en fond). Au cours des années 1990, Maréchal va « moderniser » tout ça (nouveau visuel, en bas), mais avec des mots d’ordre identiques.

Même si des rivalités demeurent avec quelques militants radicaux, en particulier nationalistes-révolutionnaires, le FNJ satellise autour de lui et laisse ses militants développer des références idéologiques largement influencées par les expériences fascistes historiques. De fait, les affrontements violents avec ses ennemis politiques sont relativement nombreux et culminent lors de la campagne présidentielle de 1995.  Dans la ville d’Auch, une dizaine de jeunes manifestants contre le « rapport Laurent » sur l’avenir de l’enseignement supérieur seront ainsi blessés lors d’une charge de militants FNJ, utilisant matraques et battes de base-ball[2]. Cette OPA sur les milieux radicaux est particulièrement visible en milieu étudiant. Le cortège du 1er mai 1996 voit les militants Renouveau étudiant défiler avec des slogans provocateurs et marqués politiquement comme « Europe, Jeunesse, révolution ! » ou « À Paris comme à Gaza, Intifada ! ». Cela oblige le FN à essayer de recadrer les choses, l’image générale du mouvement risquant de souffrir des facéties de sa jeunesse. C’est ainsi que dès 1995, Jean-Marie Le Pen en personne déclare au congrès du RE « C’est fini le folklore, nous sommes une organisation responsable qui a vocation à s’implanter dans les facultés, ceux qui veulent lever le bras n’ont rien à faire chez nous ».

Malgré cette volonté affichée de sérieux et de modération, les listes présentées aux élections aux CROUS en 1996 n’obtiennent pas 3 % des voix (3 603 voix), tandis que l’Union nationale des étudiants de droite, issue du GUD, récolte 731 suffrages (0,59 %). Les meilleurs scores du RE sont à Aix-Marseille (6, 6 %), Paris (6,3 %), Nice (5,5 %), Angers-Le Mans (5,5%).

Les choses vont commencer à se gâter pour le FNJ et pour Samuel Maréchal à partir de l’année 1996. En ce qui concerne « monsieur Gendre », les ambitions nationales prennent de plus en plus le pas sur un vrai travail d’organisation et de suivi du FNJ. Il cumule les responsabilités au sein du FN et passe de plus en plus de temps en représentation. Le FNJ est ainsi instrumentalisé en outil de promotion personnelle sans que les militants locaux en aient forcément conscience. C’est à Paris que les tensions se font peu à peu jour, le GUD renaissant de ses cendres sous la houlette de Benoît Fleury, jeune étudiant d’Assas, et le Renouveau étudiant prenant de plus en plus ses distances avec la « clique Maréchal » en refusant ostensiblement la tutelle que veut lui imposer le directeur national du FNJ.

Mais surtout le poison de la lutte interne Le Pen-Mégret n’épargne pas les structures de jeunesse, et pour cause ! Samuel Maréchal est alors l’un des anti-mégretistes les plus virulents, ce qui l’amène à commettre d’énormes bourdes, comme de susciter une structure concurrente au RE avec l’association Forum étudiant ou d’essayer d’instrumentaliser le GUD pour son propre compte. Jean-Marie Le Pen monte au créneau pour réaffirmer sa totale confiance en son gendre, mais cela ne trompe évidemment personne. L’université d’été 1998 rassemble encore près de 200 militants et la convention nationale un millier de jeunes à Paris, dont plusieurs centaines défileront derrière Jean-Yves Le Gallou pour aller déverser des poubelles devant le conseil constitutionnel. Cependant, il est clair que le FNJ « maréchalisé » a fait son temps et qu’il est mûr pour être emporté dans les mêmes tourments que ses aînés du FN.

Prochainement : les années de la scission 

  1. Il épouse sa fille cadette, Yann, quelques mois plus tard, en janvier 1993 : avec Le Pen, on reste souvent en famille ! Mais Samuel Maréchal est aujourd’hui retiré de la politique, et s’est recyclé dans les affaires, à la tête d’une société de conseil en investissement basée à Paris et Abidjan : normal, après son divorce en 2007, il s’est remarié avec Cécile Houphouët-Boigny, arrière petite-fille du feu président ivoirien Félix Houphouët-Boigny…  []
  2. l’affaire se soldera par la condamnation de Samuel Maréchal à huit mois de prison avec sursis et 5 000 francs d’amende []

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