Avec le collectif Marianne, le FN retourne à la fac (1)

6 mars 2014 3 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

David Masson-Weyl

David Masson-Weyl

Comme il l’avait fait pour les enseignants avec le collectif Racine (qui depuis ne brille pas par son activité), le FN lance en grande pompe le collectif Marianne, mais cette fois à destination des étudiants : présidé par un jeune étudiant en relation internationale à Assas, David Masson-Weyl, ce collectif serait davantage un think-tank qu’un syndicat étudiant, qui vise à rassembler « cette jeunesse fait des études supérieures et semble sensible aux idées de nation, souveraineté, grandeur de la France et amour du patriotisme», dixit Florian Philippot, vice-président du FN. Voilà l’occasion de revenir sur les diverses tentatives d’implantation du FN en milieu universitaire : l’essentiel des textes pour la période antérieure à 2002 proviennent de l’ouvrage collectif Bêtes et Méchants, paru en 2002 aux éditions REFLEX, et auquel nous avions largement participé à l’époque. Pour alléger la lecture, nous publions cette histoire du Front national chez les étudiants en plusieurs fois : la préhistoire (1), les années Maréchal (2), les années de la scission (3), les années Marine (4).

La préhistoire

Jean-Marie Le Pen face à Alain Robert (à gauche) et s Roland Gaucher (au centre), en décembre 1977 à la faculté de Droit d’Assas.

Jean-Marie Le Pen face à Alain Robert (à gauche) et s Roland Gaucher (au centre), en décembre 1977 à la faculté de Droit d’Assas.

Dès sa création, le FN s’intéresse à la jeunesse : Le Front National de la Jeunesse est en effet lancé en décembre 1973, soit un peu plus d’un an après la fondation officielle du Front National, alors que les conflits entre les militants issus de l’organisation Ordre Nouveau (ON) et ceux ralliés à Jean-Marie Le Pen font rage.  Lors du premier congrès du FN, en avril 1973, la majorité des délégués, en particulier la fraction d’Ordre Nouveau, affirmer une défiance accrue vis-à-vis de Jean-Marie Le Pen accusé de faire du vedettariat. Mais lorsque le pouvoir dissout Ordre Nouveau le 28 juin 1973 suite à un meeting contre l’immigration générateur d’affrontements trés violents avec la Ligue Communiste, la fraction lepéniste semble avoir gagné la partie. Si, fin 1973, Le Pen est seul maître à bord, un  travail de reconstruction est nécessaire, qui sera en grande partie mené par Victor Barthélemy, ancien du Parti Communiste (SFIC) puis du Parti Populaire Français (fasciste) de Jacques Doriot durant la guerre. La fondation du Front National de la Jeunesse entre dans cet effort de structuration. Il s’agit de préparer la relève, et la formation léniniste de Victor Barthélemy le pousse tout naturellement à mettre sur pied une courroie de transmission du parti dans la jeunesse. Le directeur national du FNJ est désigné par le bureau politique du FN, donc véritablement Jean-Marie Le Pen, et le secrétaire fédéral du FN est censé avoir une autorité sur les actions du FNJ. En fait, le FNJ reste longtemps une coquille creuse, étouffée par les structures jeunes ou de jeunesse issues du GUD fondé par Alain Robert, comme le Front de la Jeunesse (FJ), appendice du Parti des forces nouvelles (PFN) créé par les rescapés d’Ordre Nouveau.

Affiche du FNJ, 1986

Affiche du FNJ, 1986

La disparition du PFN et donc du FJ en 1981-1982, puis la percée électorale du FN de 1983 et 1984 vont modifier en profondeur la situation du FNJ. L’organisation de jeunesse se retrouve en effet en situation de monopole potentiel sur la jeunesse nationaliste, simplement concurrencée par les jeunes radicaux nationalistes-révolutionnaires et l’émergence du mouvement skinhead. Le FNJ profite à son niveau de l’ascension du FN qui se traduit par des meetings remplis et des manifestations de rue permettant aux jeunes de parader. Cette progression va tout naturellement trouver son prolongement dans le monde éducatif avec des listes présentées aux élections universitaires sous divers paravents.

Autocollant du Renouveau français, 1983

Autocollant du Renouveau français, 1983

Le premier est l’infiltration tous azimuts de l’UNI avec des résultats variables. La formation ainsi acquise par certains militants permet malgré tout de lancer en 1989 une structure n’affichant pas clairement son orientation nationaliste : le Renouveau étudiant (RE). La percée chez les étudiants s’avère cependant bien plus difficile et entraîne de nombreux affrontements avec les organisations déjà présentes (GUD, Action Française ou UNI), qui considèrent leur lieu d’implantation comme un terrain de chasse gardée. Le Renouveau étudiant  se veut plus large qu’un simple FNJ universitaire, et regroupe ainsi diverses sensibilités et obtient en tant que syndicat des scores dignes d’intérêt, comme à Rouen avec 13 % des voix (60 % en Médecine et 30 % en Droit-Sciences économiques). Le RE, appliquant les recommandations de son nouveau dirigeant, s’efface alors l’année suivante au profit de structures plus larges, plus clairement nationalistes et locales. C’est ainsi qu’en mai 1990 se crée le Cercle national des étudiants de Paris (CNEP) regroupant le Cercle national Science-Po emmené par Régis Le Poitevin de La Croix Vaudois (16 % des voix en mai 1990), l’Union des étudiants de droite d’Assas emmenée par Dominique Adam, l’Union des Etudiants de Droite de Malakoff et le Cercle national Dauphine. En outre, des antennes en province sont implantées à Rouen, Bordeaux, Lille, Caen,Vannes ainsi que des petits noyaux à Chambéry, Rennes, Angers, Lyon, Nantes, avec des apports fréquents du mouvement Troisième Voie. Le relatif succès de cette stratégie pousse l’année suivante à la création du Renouveau Lycéen pour regrouper les délégués de classe « patriotes, nationaux et nationalistes ». Mais surtout le CNEP tente de s’implanter dans d’autres universités.

Les résultats s’avèrent désastreux pour de multiples raisons. D’une part, les militants du CNEP se heurtent à l’opposition très ferme des militants antifascistes étudiants, d’où des affrontements physiques réguliers sur les campus. Si le renfort apporté par le GUD Assas permet aux militants frontistes de tenir « militairement » le terrain, l’image renvoyée aux étudiants de droite modérée est excessivement mauvaise. D’autre part, les querelles de personnes font rage.

Prochainement : Le FN à la fac (2) – Maréchal, le voilà !

 

 

 

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