Le FN, parti des ouvriers ?

28 février 2014 0 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Depuis les années 1980, le vote ouvrier en faveur du FN progresse. Cette évolution a suscité des interprétations polémiques, du “gaucho-lepénisme” à la ”convergence des extrêmes”. Mardi 25 février, à la Fondation Jean Jaurès, des chercheurs invités par l’Observatoire des radicalités politiques (Orap) prenaient de la hauteur sur ce phénomène.

La question du vote ouvrier en faveur du FN a l’art d’échauder les esprits. Impossible pourtant de jeter un voile pudique sur ce phénomène : depuis la présidentielle de 1988, les ouvriers votent en moyenne davantage pour le FN que l’ensemble de l’électorat. Le temps où 70 % des ouvriers qui votaient, le faisaient pour la gauche, comme en 1978, est révolu. Or “les partis de gauche se sont formés sur l’idée de l’émancipation de la classe ouvrière, que le vote ouvrier fait partie de leur ADN, c’est pourquoi ce phénomène remet en question leur identité même”, constate Florent Gougou, chercheur associé au Centre d’études européennes de Sciences-Po.

Difficile d’y voir clair, après un tel coup de massue historique. D’autant plus que les médias, attirés par l’apparent paradoxe, et son potentiel polémique, sèment le trouble en propageant les concepts controversés de “gaucho-lepénisme”, de “convergence des extrêmes” et autres “FN, premier parti ouvrier de France”. Autant de “mythes” que Nonna Mayer, directrice de recherches au CNRS, s’attache à démonter.

Quel monde ouvrier vote FN ?

Le concept de gaucho-lepénisme, forgé par le politologue Pascal Perrineau dans les années 1990, postule que les ouvriers qui votent FN sont d’ex-électeurs de gauche, qui ne voient pas de contradiction dans leur basculement à l’extrême droite. Or en 2012, d’après l’enquête French Electoral Study, seulement 9 % des ouvriers qui ont voté pour Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle se considèrent “de gauche”, alors que 49 % se considèrent “de droite”, et 29 % se situent au “centre”. Ce qui fait dire à Nonna Mayer que “l’ouvriéro-lepénisme est un droito-lepénisme”. Une affirmation encore confortée par le fait qu’“en 2007, ces ouvriers déclarent avoir voté à 5 % pour Ségolène Royal au premier tour, et à 7 % au deuxième tour, étaye la chercheuse. Nous sommes donc en présence d’un monde ouvrier de droite qui est séduit par Marine Le Pen”.

Mais de quel monde ouvrier s’agit-il plus précisément ? L’idée couramment répandue selon laquelle le FN attirerait à lui un vote de désespérance des ouvriers les plus démunis, les plus vulnérables, constitue une autre idée reçue à laquelle s’attaque Nonna Mayer. “En 2012, ce ne sont pas les ouvriers précaires qui ont voté pour Marine Le Pen : eux ont préféré François Hollande dès le premier tour, quand ils ne se sont pas abstenus, explique la chercheuse. En revanche les ouvriers non précaires ont voté à 36 % pour Marine Le Pen. Qui sont-ils ? Ceux qui ont peur de tomber : ils sont plus catholiques, ont un plus fort taux d’équipement des ménages, habitent davantage hors des grandes villes, ont un petit diplôme, un petit quelque chose qu’ils ont peur de perdre.” Ce sont aussi des ouvrières, car le vote FN ne suscite plus la même réticence chez les femmes qu’à ses débuts. En 2012 les ouvriers et les ouvrières ont voté dans les mêmes proportions en faveur de Marine Le Pen.

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