Calais : témoignage de la ferme squattée de Coulogne

27 février 2014 1 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Calais_fachos_devant_le_squat_Rue_Emile_Dumont_CoulogneAlors que les habitantes et habitants attaqués au 122 rue Émile Dumont à Coulogne ont publié un communiqué à lire ici, nous avons reçu un témoignage de la violence raciste qui s’est déchaînée ces derniers jours dans les environs de Calais. Un appel à l’aide avait été lancé ces derniers jours, mais cela n’aura pas suffi… À lire ci-dessous, et à méditer sur ce qui  sous bien des aspects ressemble à un pogrom. On peut aussi penser à ce qui s’est passé à Rostock au début des années 1990, événements sur lesquels nous étions revenus sur notre site à l’occasion de l’anniversaire de ces violences racistes qui avaient à l’époque secoué l’Europe entière.

Nous savons à peu près touTEs ce qu’il se passe à Calais : abus policiers, violences contre les migrants et présence de plus en plus importante de fascistes dans la ville et autour. Mais pourtant, ce n’est que lorsque que l’on se retrouve directement confronté à la situation que l’on comprend, ou du moins on réalise, ce qu’il s’y passe réellement…

Le jeudi 20 février dernier, suite à l’appel d’une amie bloquée dans la ferme de Coulogne sous les insultes et les jets de pierres incessants, nous décidons de nous rendre sur place afin de les aider. Depuis le samedi précédent (le 15 février), la ferme était littéralement prise d’assaut par des voisins mécontents et des membres du groupe « Sauvons Calais ». La crainte serait de voir débarquer des migrants dans leur jolie petite ville, et cela sans prendre en compte le fait qu’il n’y ait aucune revendication No Border en ce lieu. De toute façon, le discours est là, raciste, anti-migrant, anti-no border, ce qui est loin d’être nouveau autour de Calais.

Tous les jours donc, des dizaines de voisins ou autres (entre 20 et 80 personnes) se retrouvent devant la maison de la rue Emile Dumont pour manifester, de façon violente évidemment. En arrivant jeudi soir, on nous fait clairement comprendre qu’il n’est pas du tout sûr d’aller là-bas, que nous serions même en danger… En effet le lendemain, en arrivant par la rue, nous nous retrouvons face à une quarantaine de personnes plus insultantes et violentes les unes que les autres…bref, un joyeux groupes de fascistes, bêtes et méchants comme on les connaît. Devant la maison, un fourgon de CRS et deux voitures de police pour les empêcher d’entrer. Plusieurs d’entres eux interviennent pour se mettre entre eux et nous, nous demandant de faire demi-tour, malgré le fait que nous avons le droit d’être dans cette maison, squattée légalement par une amie. Pour le première fois de ma vie, je me sens un peu rassurée de la présence de CRS en face de moi (et oui et oui… !) ; n’étant pas de la région, le ton employé est tout de suite beaucoup moins subjectif que celui de la police nationale qui, si elle en avait le droit, nous insulterait directement en cœur avec la masse d’abrutis postée derrière eux. Pas de réelles insultes directes venant d’eux, mais on du vrai foutage de gueules ça c’est sûr ! « Repartez », « Vous n’avez rien à faire ici », « Tout ceci est de votre faute et en venant vous ne faites que mettre de l’huile sur le feu », ou encore « Vous verrez, si on vous laisse seuls avec eux, vous passerez un mauvais quart d’heure »…

En arrière, les fachos s’en donnent à cœur joie et crient dans tous les sens des trucs du genres « Rentre dans ton pays », « Sale clochard » ou bien (surement celle que j’ai le plus entendu) « Espèce de grosse pute, t’es là que pour te faire trouer par tous tes potes »… magnifique n’est-ce pas ? Sous la pluie d’insultes et bousculé par les flics, nous faisons demi-tour, n’étant que six à ce moment-là, il n’y avait rien que nous puissions faire. Mais bon, après tout, pas de quartier pour les fachos, et les appels de nos amis à l’intérieur essayant de se protéger des jets de pierres détruisant peu à peu le toit nous décident d’y retourner le soir même, cette fois-ci avec une bonne vingtaine de personnes voulant aussi défendre leurs amis à l’intérieur. Ayant été suivis par une voiture et trois fachos sur le chemin du retour et en y retournant, nous nous retrouvons donc face à un encore plus grand nombre de manifestants. A nouveau les mêmes discours, les mêmes insultes, les mêmes stupidités, que se soit de la part de la police ou de la part des gens derrière. Nous ne pouvons pas approcher de la maison, et demandons à ce que au moins, pour une fois, la police fasse son boulot et empêche les jets de pierres. « Oui oui, ne vous inquiétez pas, bien sûr que personne ne fera ça en notre présence » dit le grand chef de toute cette troupe, trente secondes avant de voir une pierre et un fumigène lancés sur le toit de la maison… Nous essayons de tenir tête, d’expliquer que nous ne partirons pas tant que nous serons pas sûr de voir nos amis en sécurité. Pendant plus de deux heures, nous essayons d’expliquer la situation, rien à faire, un vrai dialogue de sourd, d’autant qu’ils ne veulent écouter que les deux seuls gars blancs d’origine française, les autres ne parlant pas assez bien français ou n’étant que de pauvres petites nanas sans intérêt, bien sûr… Nous voyons alors un groupe de fachos arriver derrière nous, ils ont discrètement fait le tour pour nous encercler. La police les en empêche et nous avons alors l’occasion de voir qu’il ne s’agit plus là de simple voisins en colère, mais bien d’un vrai groupe de fachos prêts à passer à l’attaque directe sans aucune hésitation. Le ton a monté d’un cran, la violence aussi, et en effet, comme nous le fait bien comprendre les flics, cela risque de mal se finir. Finalement une nouvelle fois repoussés par les flics, nous n’avons pas d’autres choix que de faire demi-tour ; un plus petit groupe décide alors de faire le tour et de s’introduire de nuit par l’arrière de la maison en coupant à travers champs. Ce n’est donc finalement que le samedi matin très tôt que nous arrivons à retrouver nos amis. Tout le monde fatigué et à cran, normal, quand on imagine que cela dure depuis une semaine et que durant la nuit, la « pluie de météorites » a duré jusqu’à plus 3h du matin. Nous découvrons alors l’état du toit, plein d’énormes trous partout…bref, n’étant plus du tout dans la capacité de tenir son rôle de toit !

Une fois à l’intérieur, l’ambiance se détend, nous sommes ensemble, avec du café, de la bouffe, et un toit ouvert laissant passer le soleil, le grand luxe quoi !! Nous décidons d’essayer de vivre dans cette maison le plus normalement possible, la nettoyer, réparer le toit, aller dans le jardin profiter du soleil, mais rien de tout cela n’est vraiment facile quand on est face à cinquante fachos jetant des pierres et des flics qui se marrent clairement de la situation. Cela doit particulièrement les amuser, parce qu’ils en arrivent même à redonner bien gentiment un sac pleins de pierres à un des fachos venant de se faire contrôler pour la forme. Au fur et à mesure que les heures passent, ils sont de plus en plus nombreux et de plus en plus violents, il devient définitivement impossible de rester dehors, à l’étage sous le toit et d’éviter les pierres. Nous nous préparons au pire des scénarios, d’autant que nous ne sommes que huit à l’intérieur. La soirée passe, le bruit des pierres sur le toit devient tout à fait normal, et ceci pendant plusieurs heures, jusqu’à ce que tout le monde commence à se disperser. Puis plus tard cela recommence, avec en prime jets de cocktails molotov sur la maison.

Le lendemain toujours la même choses, des abrutis, des fachos, juste venus là pour passer le temps sans avoir besoin de réfléchir à quoi que ce soit. C’est peut-être ce qui m’attriste le plus dans cette histoire, nous pouvons voir des familles, des mères venues avec leur bébé, des gaminEs de 12, 13, 14 ans nous insulter comme des chiens et rire des nous voir victimes de ces jets de pierres, feux d’artifices et autres… Cela leur donne sans doute une sensation de pouvoir quelconque d’autant qu’ils peuvent faire cela sous le regard amusé de ces vaches de flics, ou peut-être juste une histoire qu’ils vont pouvoir raconter à leurs camarades de classe à la rentrée. Les voisins sont moins nombreux, mais les vrais fachos de plus en plus, d’autant que l’on parle même d’un appel fasciste à venir ici pour nous faire clairement comprendre que nous n’avons rien à faire ici. Nous quittons la maison le dimanche en fin d’après- midi, j’ai l’impression d’avoir été dedans pendant au moins 4 ou 5 jours..mais pourtant tous bien décider à ne pas lacher prise face au fascime ambiant, à Coulogne, Calais ou partout.

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