Syrie : Qui sont les soutiens fascistes d’Assad ?

15 janvier 2014 3 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Le régime d’Assad a gagné le soutien des fascistes et des partis et organisations d’extrême droite nationalistes à travers l’Europe. Ceux-ci incluent le Front National (France), Forza Nuova et Casa Pound (Italie), l’Aube Dorée et Black Lilly (Grèce), le British National Party (Royaume-Uni) et le National Rebirth of Poland, Falanga et All Polish Youth (Pologne).

esfs-damascus2Ce soutien peut être attribué : au sentiment anti-impérialiste / anti-mondialiste avec une forte focalisation sur les États nationaux (ils pensent que le régime d’Assad protège l’État syrien face à l’impérialisme des États-Unis), l’islamophobie (ils pensent que le régime d’Assad combat les extrémistes islamistes), l’antisémitisme (ils pensent que le régime d’Assad agit en tant que résistant à Israel). L’ensemble de ces croyances repose sur des idées fausses et une reprise non critique des discours du régime[1]. Ces positions sont également partagées (bien que sans l’élément raciste) par des parties de la gauche. Une autre raison est probablement leur peur par rapport à l’augmentation des migrations arabes vers l’Europe, où les fascistes, dans plusieurs pays, ont manifesté contre et harcelé des réfugiés syriens.[2]

Certains de ces groupes ont une tradition de soutien au régime d’Assad, mais ce soutien a récemment été plus visible. Des groupes fascistes d’Europe ont voyagé en Syrie par solidarité avec le tyran et pour effectuer ce qu’ils appellent des « missions de recherche de preuves ». En juin 2013, une délégation  de politiciens européens nationalistes et d’extrême droite ont effectué un voyage officiellement sponsorisé à Damas. Nick Griffin, le leader du British National Party (BNP) était l’un des membres de cette délégation ; celle-ci trouva qu’à part des « explosions occasionnelles », la vie à Damas était « normale ». Il a également loué le Hezbollah, groupe djihadiste militant et sectaire, pour son rôle de soutien du régime[3]. La politique du BNP comprend : la réintroduction de la peine corporelle et de la peine de mort pour certains crimes, l’abolition des lois anti-discrimination, le passage d’un accord avec le monde musulman « pour reprendre leurs populations excessives qui colonisent actuellement ce pays [le Royaume-Uni] », la déportation de tous les migrants clandestins et de ceux commettant des crimes si leur nationalité d’origine n’est pas britannique, et le rejet de tous les demandeurs d’asile passés par d’autres pays dans lesquels ils auraient été en sécurité avant leur arrivée en Grande-Bretagne[4] Ils ont pris part à des manifestations anti-musulmans violentes et des attaques racistes[5]. Les autre membres de la délégation comprenaient des membres du parlement et du parlement européen de Pologne, Russie et de Belgique[6].

Toujours en juin, des fascistes polonais du groupe Falanga ont voyagé en Syrie en mission de solidarité et rencontré le premier ministre syrien Wael Al Halqi et le ministre aux affaires étrangères Faisal Mekdad à Damas. À Beyrouth ils ont rencontré les représentants du parti Social Nationaliste syrien, un party fasciste[7]. Falanga est un groupe défendant la suppression des droits des juifs polonais et a attaqué des juifs et leurs entreprises. Des activistes néo-nazis d’All Polish Youth ont manifesté en soutien à Assad sur l’invitation de l’ambassade de Syrie en Pologne[8]

L’European Solidarity Front est un autre groupe qui, bien que non explicitement fasciste, a de fortes relations avec les fascistes. Il a été actif dans les manifestations opposées à l’intervention occidentale en Syrie dans toute l’Europe. Fondé en Janvier 2013, il statue que : « L’European Solidarity Front est ouvert à tous ceux qui aiment la Syrie, et soutiennent la solidarité avec le président Assad, la nation syrienne et son armée. Les principaux fondateurs de ce projet viennent d’Italie, Grèce, Chypre, Belgique, Hollande, Finlande et Espagne, mais nous avons rapidement trouvé des soutiens enthousiastes de nombreux militants actifs dans différents pays , et plus spécifiquement en Pologne, France, République Tchèque, Roumanie, Irlande, Serbie, Grande-Bretagne, Écosse, Malte, Ukraine, Danemark, Suède, Canada et Argentine. »[9] En plus d’organiser des manifestations de soutien au dictateur syrien, ils organisent des conférences. En Italie elles ont été acueillies par CasaPound, une organisation italienne fasciste exprimant de l’admiration pour l’ancien dictateur Mussolini, a effectué des manifestations racistes envers la communauté Rom et des attaques violentes envers des militants antifascistes et de gauche[10]. L’ESF invite également à ses conférences des intervenants tel que le « Third Positionist » (c’est-à-dire la troisième voie : la nation) belge Ruben Sosiers. Leur cause commune est la lutte contre « la propagande impérialiste venant de l’ouest »[11]. National Rebirth of Poland, la plus grande organisation fasciste de Pologne, qui a récemment effectué cette attaque sur un squat antifasciste à Varsovie et des attaques envers les homosexuels, fait aussi partie de l’European Solidarity Front[12]. L’hypothèse a été émise que l’ESF pourait recevoir un soutien financier direct de la part du gouvernement syrien ainsi que « des centaines de drapeaux, posters, et les voyages en Syrie ne se paient pas tout seuls. »[13] De plus, ce réseau de fascistes européens pourait utiliser la situation en Syrie comme méthode clé de collecte de fonds, étant donné que de tels groupes « sont capables de collecter plus de ressources par l’intermédiaire de leur campagne sur la Syrie qu’ils ne le peuvent habituellement ».[14]

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La délégation italienne de l’European Solidarity Front avec des soldats de l’armée syrienne à Damas. Origine : site internet de l’ESF

Entre le 30 aout et le 9 septembre 2013, une délégation italienne de l’European Solidarity Front for Syria a voyagé à Damas et Tartus, qu’ils ont décrit comme étant « le centre russe le plus important de la mer méditerranéenne et la forteresse du gouvernement d’Assad ». Leur voyage avait pour motivation le « support au gouvernement légitime de Bashar Al Assad et au peuple syrien ». Durant leur voyage ils ont également rencontré le premier ministre syrien et le ministre des affaires étrangères. On trouvera ici une video de leur voyage (en italien). Il y eut également une partie de la délégation qui rencontra Wissam Samira du parti Social-Nationaliste syrien aux côtés de fascistes polonais en juin[15].

Les fascistes grecs de Black Lilly (Marvos Krinos) ont fait un pas supplémentaire : ils ont des combattant au sol en Syrie et prétendent avoir combattu aux côtés du Hezbollah et des forces d’Assad dans l’assaut brutal sur Qusayr[16]. Black Lilly est une organisation nationaliste autonome combinant des aspects de l’anarchisme avec une idéologie d’extrême droite. Ils prétendent également que « des milliers de russes, ukrainiens et polonais » issus de groupes fascistes se sont « déclarés eux-mêmes prets à se battre aux côtés du Lion de Syrie, c’est-à-dire Bashar Al Assad »((Panagiotis Liakos Les National-Socialistes grecs qui se battent aux côtés du régime d’Assad sont bien plus dangereux que l’Aube Dorée, (Septembre 2013), en anglais.)). Black Lilly est également membre de l’European Solidarity Front for Syria[17].

 Leila Shrooms

  1. La réthorique d’Assad pour justifier le régime Syrien et son opression des citoyens syriens ne correspond pas à la réalité. Alors que le régime syrien a été dans sa réthorique un opposant à la politique étasuinenne dans la région, il a également collaboré avec les États-Unis quand cela était dans son intérêt – comme lors de sa participation à la première guerre du Golfe contre l’Irak avec les États-Unis ainsi que la coopération de Bachar Al Assad au programme illégal d’extradition pratiqué par les États-Unis. Des groupes de militants djihadistes ont infiltré la Syrie depuis le début du soulèvement mais le régime a peu agit pour s’opposer à eux et a même relâché de prison plusieurs militants djihadistes au début du soulèvement. L’écrasante majorité de prisonniers actuellement dans les prisons d’Assad sont laïcs, non violents et des activistes civils. De plus, les attaques militaires effectuées par le régime ciblent principalement des zones civiles ou sous contrôle de l’Armée Syrienne Libre (ASL) alors que les bastions et quartiers généraux d’ISIS et JAN (groupes affiliés à Al Qaïda) sont épargnés. C’est l’opposition civile populaire et l’ALS qui se sont le plus opposé aux groupes militants djihadistes. Il y a également eu peu de preuves de résistance à Israël alors que celle-ci est un axe de la rhétorique du régime syrien. Non seulement le régime syrien n’a jamais effectué d’attaque sur Israël (même en représailles aux agressions d’Israël), mais il a également brutalement réprimé les mouvements de libération palestiniens. Il semble en fait que l’unique objectif de la « guerre contre Israël » du régime était de justifier l’application continue de l’état d’urgence qui a retiré leurs droits aux citoyens syriens et donné un pouvoir illimité aux forces de sécurité. []
  2. Manifestation de néo-nazis allemands devant le centre de réfugiés de Berlin”, en anglais []
  3. Ian Black, ‘le leader du BNP Nick Griffin visite la Syrie’, The Guardian, (11 Juin 2013), en anglais. []
  4. Site du British National Party, section maintien de l’ordre, en anglais. []
  5. cf. Stop the BNP , en anglais. []
  6. Ian Black, ‘Le leader du BNP Nick Griffin visite la Syrie, The Guardian, (11 Juin 2013), en anglais. []
  7. Des camarades polonais font un rapport depuis la Syrie pour Open Revolt, Open Revolt, (15 Juin 2013), en anglais. []
  8. Black Adder, L’ambassade de Syrie invite les fascistes polonais à manifester en solidarité à Al-Assad, en anglais. []
  9. Page italienne de l’European Solidarity Front, section « qui sommes-nous », en italien. []
  10. Pour plus d’informations sur CasaPound, voir : Ed, ‘CasaPound and the new radical right in Italy’, (Juin 2011), en anglais. []
  11. Laura Eduati, Manifestation pro Assad : a Rome, des fascistes de toute l’Europe pour célébrer le gouvernement syrien, (5 Juin 2013), en italien. []
  12. Rzym: NOP za Syrią Assada (30 Juin 2013), en polonais. []
  13. Brian Whelan, ‘Les néo-nazis grecs se battent-ils pour Assad en Syrie ?’ (Octobre 2013), en anglais. []
  14. Brian Whelan, ‘Les néo-nazis grecs se battent-ils pour Assad en Syrie ?’ (Octobre 2013), en anglais. []
  15. Page Facebook anglaise de l’European Solidarity Front, en anglais. []
  16. Panagiotis Liakos Les National-Socialistes grecs qui se battent aux côtés du régime d’Assad sont bien plus dangereux que l’Aube Dorée, (Septembre 2013), en anglais. []
  17. Brian Whelan, Les néo-nazis grecs se battent-ils pour Assad en Syrie? (Octobre 2013), en anglais. []

3 commentaires »

  1. pepe 7 avril 2014 at 22:42 - Reply

    Je trouve que « antisémite » parce qu’ils s’opposent à Israel » (1er paragraphe) est maladroit.
    Autant ceux dont on parle là sont surement antisémites, autant la phrase laisse à penser que antisionnisme=antisémitisme.

    Ca peut paraitre peu, mais ça peut contribuer au jeu de l’extrême-droite sioniste qui entretien cet amalgame. C’est ce qui m’a frappé.

  2. Franck 17 janvier 2014 at 20:46 - Reply

    Article informatif (bonne synthèse), mais il y manque une donnée essentielle : le jeu de l’Occident au Proche-Orient.
    Je n’ai aucune sympathie pour Assad, aucune.
    Ceci étant, ce passage appelle quelques observations : « (ils pensent que le régime d’Assad protège l’État syrien face à l’impérialisme des États-Unis), l’islamophobie (ils pensent que le régime d’Assad combat les extrémistes islamistes), l’antisémitisme (ils pensent que le régime d’Assad agit en tant que résistant à Israël). L’ensemble de ces croyances repose sur des idées fausses et une reprise non critique des discours du régime. »
    1 – Assad (quoiqu’on pense de son régime), est bien dans le collimateur des Etats-Unis et de l’Europe dans la redistribution des cartes (après Kadhafi, etc.).
    2 – Assad est bien en lutte contre des djihadistes (700 français sur place selon Hollande, 200 selon la DCRI, 400 de retour en France selon les mêmes. Cf. Le Monde du 17 janvier 2014). Que les opposants à Assad ne soient pas tous des islamistes, c’est un fait, mais dire qu’il n’y en a pas… Plus grave : être contre les islamistes, ce n’est pas être islamophobe (ne mélangeons pas, comme certains à l’extrême-droite, islamisme et islam) : c’est être contre une certaine version de l’islam, nuance. Ce que savent d’ailleurs parfaitement les musulmans égyptiens qui luttent contre les Frères musulmans, les Tunisiens contre Enhada, etc.
    3 – Etre contre Israël, Etat dont l’existence est basée sur le racisme (Cf. les nécrologies récentes de Sharon), ce n’est pas forcément être antisémite. Encore un raccourci ! Dommage.

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