Tours : grattez le bleu (marine), vous trouverez toujours le brun !

9 novembre 2013 4 Imprimer ce billet Imprimer ce billet
Pierre-Louis_Meriguet

Pierre-Louis Mériguet, tout fier de sa carte RBM.

Vox Populi Turone empoisonne le climat politique tourangeau depuis 4 ans. Ce groupuscule d’extrême droite est apparu en 2009, et n’était, au départ, qu’un groupe parmi tant d’autres dans la galaxie ultra-nationaliste. Vox populi regroupait alors néonazis (possédant par ailleurs leur propre collectif, les Loups Turons), supporters ultra du TFC (le club de foot local) et membres du FNJ, ces trois groupes s’interpénétrant joyeusement. Dirigé par Pierre-Louis Mériguet, ancien chanteur du groupe RAC Insurrection, d’obédience national-catholique, Vox populi Turone était alors très activiste et promettait de mener une action publique par mois. Pêle-mêle, dans les mois qui ont suivi, les tourangeaux ont dû supporter (protection policière oblige) : des cercles de bruits (perturbation des cercles de silence organisés par RESF), des rassemblements contre le salon de l’érotisme, une manifestation de soutien à René Galinier (retraité poursuivi pour avoir abattu sans légitime défense un cambrioleur), ainsi qu’à deux manifestations devenus des rituels annuels : une contre-gay pride en mai, et une marche des fiertés tourangelles en janvier – avancée cette année en novembre.

Vox Populi, c’est aussi un blog sur lequel l’on peut suivre les humeurs personnelles et les revirements politiques de Pierre-Louis Mériguet. Après une période initiale très classique pour l’extrême-droite radicale avec interviews de néonazis, apologies de collabos et promotion du Rock Against Communist, Vox Populi a totalement changé de logiciel politique puisqu’après cette première période, le groupe est brusquement passé en quelques mois, à la mi-2011, à une vitrine identitaire en quête de respectabilité. Comment ? Rien de plus simple : tout comme l’extrême droite recycle les skinheads en leur mettant des costards-cravates pour cacher les tatouages néonazis, Mériguet s’est contenté de changer le décorum de son blog et de lisser le discours en enlevant les articles les plus sulfureux. Envolé le blog d’origine et ses hommages à Bardèche, Brasillach et autres Léon Degrelle, Vox populi 2.0 s’est recentré sur un discours localiste de défense du terroir tourangeau, à l’image de ce que fait Philippe Vardon à Nice.

Vardon est en quelque sorte le mentor de Mériguet, qui l’a invité à Tours à plusieurs reprises pour animer des conférences. Ils se sont connus dans leur jeunesse, lorsque tous deux poussaient la chansonnette dans des groupes RAC. La consanguinité entre identitaires tourangeaux et niçois est telle que Mériguet va jusqu’à calquer ses façons de faire sur celles de Nissa rebella (groupe local identitaire de Vardon). Vardon se bat contre la construction d’une mosquée à Nice? Mériguet s’invente un financement public de la mosquée de Tours, en extrapolant de vagues déclarations d’une conseillère municipale. Vardon fait une commémoration en l’honneur d’une héroïne locale? Mériguet se crée une commémoration du saint local, Saint Martin, et de Maurras, né en Touraine. Vardon commémore la bataille de Lépante, victoire des chrétiens sur les musulmans? Mériguet commémore la bataille de Poitiers en 732, quitte à déplacer le lieu de la bataille vers l’Indre-et-Loire pour faire plus local. Avec, à chaque fois, des mises en scène très proches, à base de flambeaux, fumigènes et drapeaux aux armes de la ville ou de la région. Le respect de Mériguet pour Vardon est allé jusqu’à lui faire des clins d’œil (à peine discrets) sous forme de citations dans ses discours. Par exemple, lors du rassemblement commémorant la bataille de Poitiers, Mériguet a ainsi déclaré se battre « pour que les « islam hors d’Europe » que nous avons tagués sur les murs soient une promesse pour le futur » – formule qui paraphrase une chanson de Fraction Hexagone, le groupe de RAC de Vardon, intitulée « Hors d’Europe ».

Le tournant respectabiliste de la mi-2011 s’est accompagné d’une perte de vitesse militante et d’une épuration des membres les moins présentables lors des actions médiatiques. Mais chez Mériguet, moins présentable ne veut pas forcément dire moins extrémiste. C’est qu’il s’y connaît en relooking, lui qui tient une boutique dans le centre de Tours spécialisée dans les marques anglaises appréciées des skinheads, comme Lonsdale et Fred Perry, mais aussi de la bourgeoisie catholique, comme Barbour ! Ainsi, les boneheads des Loups Turons sont toujours présents aux actions publiques, mais sans afficher leur attirail néonazi, qu’ils gardent pour les grandes occasions, à savoir les concerts de RAC qu’ils organisent dans la campagne tourangelle. Mais même limitée, l’épuration a quand même eu quelques effets collatéraux : la contre-gay pride 2013 a été famélique, un véritable bide pour Vox Populi, avec à peine 40 fafs face à une gay pride de 2000 personnes, quand les éditions précédentes en rameutaient quasiment le double. Pourtant Mériguet n’avait pas lésiné sur les moyens et avait créé un fantomatique « Printemps français région Centre » pour l’occasion, espérant ratisser plus large que sa base constituée de boneheads et d’ultras du TFC en surfant sur l’opposition au mariage gay. Toujours est-il qu’avec son tournant identitaire, les actions de Vox populi se sont faites plus rares et le groupe s’est concentré sur ses deux manifestations annuelles, contre-gay pride et marche de la fierté tourangelle. L’édition 2014 de cette dernière a d’ailleurs été avancée à… novembre 2013, annus horribilis qui connaîtra donc deux défilés néofascistes pour le prix d’un !

L’avancement de la date de la marche 2014 s’explique par les ambitions municipales de Mériguet. Car, là encore comme son mentor Vardon, Mériguet a l’ambition de monter des listes électorales locales communes avec le FN ; or organiser une marche dans le plus pur style Nuremberg des champs, sans doute complaisamment relayée par la presse locale, aurait été politiquement dangereux, la mémoire de l’électeur risquant de ne pas être assez courte pour lui permettre d’oublier la tenue d’un défilé néofasciste deux mois avant les élections !

Son ambition de s’allier au FN s’est traduite par son ralliement officiel au Rassemblement Bleu Marine en septembre 2013 (cf. photo), deux semaines avant Vardon. On peut d’ailleurs se demander jusqu’à quel point l’adhésion anticipée de Mériguet n’a pas constitué un test de tolérance du RBM à l’infiltration identitaire, préambule à l’adhésion de Vardon. Le fait est que si celui-ci, bien connu des médias nationaux, s’est révélé faire vraiment trop tache dans le tableau de la pseudo-respectabilisation du FN, et a été mis à l’écart, Mériguet, quant à lui, ne semble pas avoir été inquiété par l’état-major frontiste. Or celui-ci ne peut pas plaider l’ignorance, car le rapprochement entre FN et VP a déclenché de forts remous dans la mare aux fachos, entraînant par exemple le départ de plusieurs adhérents refusant cette alliance – à commencer par Fabien-Emmanuel Poussard, candidat frontiste aux législatives de 2012. Autant dire que l’argument du « on savait pas » ne peut pas marcher ici, à moins de démontrer une incompétence flagrante des instances centrales : si celles-ci ne sont même pas capables d’être au courant du départ de l’un de leurs 572 candidats, ça laisse rêveur sur leur capacité à diriger un pays de 65 millions d’habitants !

Une fois encore, la stratégie de respectabilisation suivie par l’extrême droite trouve rapidement ses limites. Une fois encore, le FN et le RBM démontrent qu’ils sont toujours en liaison étroite avec les mouvances les plus radicales de la droite ultra, liées à la bonne vieille tradition bien d’chez nous néo-fasciste et collaborationiste. Sinon, pourquoi accepter Mériguet, figure bien connue localement de cette frange militante, qui plus est au prix du départ d’autres militants frontistes ? D’autant que la respectabilité a aussi ses limites du côté de Vox Populi. Le vote du mariage pour tous a échauffé les esprits de l’extrême droite tourangelle, certains proches du mouvement appelant ouvertement à « casser du pédé ». Heureusement pour l’instant, il semble qu’aucune agression homophobe n’ait encore eu lieu à Tours. En revanche, depuis plusieurs mois les provocations et les agressions violentes se multiplient contre la gauche locale. Des membres des JC et du PCF ont ainsi été attaqués par des proches de Vox populi à la sortie d’une de leurs réunions – sans être inquiétés par la police, malgré la plainte déposée. Le syndicat SUD-étudiant a été la cible de provocations multiples, les fafs allant jusqu’à venir coller sur le local syndical alors que celui-ci était occupé. D’autres se sont permis de venir provoquer le rassemblement qui se tenait devant la mairie après la mort à Paris de Clément Méric en juin dernier, bénéficiant là encore de la protection de la police. Des membres des Loups Turons, quant à eux, sont responsables de plusieurs agressions de militants de gauche ces derniers mois, et ont encore organisé un concert néonazi dans la région en mars dernier.

Bref, rien de neuf ! Derrière la nouvelle vitrine bleue marine, l’arrière-boutique de l’extrême-droite tourangelle reste brune…

« Des antifascistes tourangeaux »

Voir aussi le site du collectif antifasciste tourangeau 

 

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