« Comprendre l’Empire » de Soral démonté

7 novembre 2013 13 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Comprendre l'empireD’inspiration libertaire et remplie de références historiques précises, cette petite brochure intitulée  « Misère de la fausse critique : comprendre Comprendre l’Empire » liste toutes les contradictions, erreurs historiques, raccourcis grossiers qui composent l’ouvrage de référence de celles et ceux qui se réclament de la « pensée » de Soral. En 70 pages, elle démontre le vide sidéral de son discours. Loin de proposer une grille de lecture théorique du monde (avec laquelle on pourrait être ou non en accord, mais qu’on pourrait alors combattre sur le plan politique), Soral se contente paresseusement et sans aucune originalité de dénoncer les sempiternels boucs-émissaires (Juifs, francs-maçons) que l’extrême droite voit partout, et de reprendre un discours nationaliste réactionnaire qui sent bon la France moisie. Par un travail patient de mise à jour de la malhonnêteté intellectuelle de Soral et surtout de sa méconnaissance de l’histoire du monde, les auteurs de la brochure offrent à celles et ceux qui le souhaitent un argumentation solide pour démontrer l’imposture de celui qui se présente comme un intellectuel, mais qui n’est rien d’autre que le dandy pédant qu’il n’a jamais cessé d’être.

Sommaire :
Introduction 
Sur l’imposture fondamentale à la base du titre du livre
La conception d’un peuple « irresponsable » entretenue par Soral, rend vain le combat contre l’Empire
La turlutte des classes selon Soral
Soral ou la haine des contre-pouvoirs
Soral n’a pas fait sauter la banque
Les gages donnés à l’extrême droite
En conclusion

Extraits :

Ce texte consacré au livre d’Alain Bonnet de Soral « Comprendre l’Empire » avait pour objectif d’ouvrir une série d’analyse consacrée à divers avatars de « la fausse critique ». Par « fausse critique », nous entendons des critiques partielles de la domination qui, partant de constats exacts mais incomplets sur le monde actuel, aboutissent – de bonne ou de mauvaise foi – à des conclusions erronées. La fausse critique peut-être comparée au « capitalisme vert » qui consiste à prétendre polluer moins pour continuer à polluer plus longtemps. En ce qui la concerne, la fausse critique affecte de critiquer la domination pour permettre de dominer davantage ou autrement. Son pouvoir de nuisance est réel, parce qu’elle apporte de fausses solutions aux faux problèmes qu’elle soulève, parce qu’elle jette la confusion dans les esprits qu’elle détourne des critiques plus authentiques, et enfin, parce qu’arc- boutée sur la petite part de vérité de ses prémices, elle peut faire passer ceux qui dénoncent ses manques et ses incohérences pour des suppôts de la domination.  (…)
La fausse critique « de mauvaise foi », est quant à elle volontairement « confusionniste ». Elle sème la confusion dans les esprits pour tromper son public et le détourner des critiques plus authentiques. Elle aura le plus fréquemment pour but d’inciter une large partie de la population à agir contre ses intérêts de classe, par exemple en substituant des adversaires fictifs à ses adversaires réels : Ainsi, à la lutte entre salariés et détenteurs du capital, la fausse critique substituera la lutte entre travailleurs nationaux et travailleurs étrangers, mis en concurrence par ces mêmes détenteurs du capital. Très appréciées par l’extrême droite, ces manipulations confusionnistes interviennent dans une stratégie électoraliste de conquête du pouvoir, qui permet de discréditer des adversaires politiques en détournant et en travestissant leur discours.
C’est donc avec cette fausse critique « de mauvaise foi » que nous débuterons nos analyses, au travers du livre d’Alain Soral, Comprendre l’Empire. (…)
Soral est-il dangereux ? Est-il véritablement « fasciste » ? D’autres analyses permettent de s’en faire une idée et nous voudrions tout d’abord vous y renvoyer1. Comme nous l’avons annoncé, nous jugeons sur cette page la fausse critique « sur pièces», c’est à dire en l’occurrence sur le seul texte de « Comprendre l’empire », sans nous référer au parcours et aux engagements de Soral ou même à ses écrits antérieurs sauf lorsqu’ils permettent d’éclairer certaines notions employées dans son livre.
Comme nous le verrons, « Comprendre l’Empire », s’il mêle dans un improbable patchwork la plupart des thèmes classiquement agités par la droite extrême, manque trop de force, de rigueur et de cohérence, pour être « en lui-même » véritablement dangereux. Ce texte est par ailleurs trop détaché du réel, trop prisonnier de l’idéologie et de l’interprétation, trop éloigné de la proposition concrète, pour susciter de quelconques – mauvaises – actions.
Sa « nocivité » nous semble plutôt résider, dans la confusion qu’il introduit partout au sein de la réflexion et de l’action politique, dans le discrédit qu’il porte à la critique véritable : « Vous êtes contre le FMI et contre la mondialisation capitaliste ? » demandera le commentateur peu scrupuleux et il pourra ajouter « Vous êtes donc dans le même camp qu’Alain Soral et Marine Le Pen… »2, dans sa manie de toujours substituer les faux débats aux véritables problèmes, l’abstrait au concret, l’idéologie aux luttes réelles, dans sa capacité démobilisatrice – les tombereaux de vaines certitudes et de calomnies qu’il déverse pouvant sans doute inciter de nombreux jeunes gens à déposer de douteuses offrandes dans les urnes, plutôt que de les encourager à descendre dans la rue et à construire par eux-mêmes un monde meilleur, enfin et surtout, dans la fabrique de l’opinion réactionnaire à laquelle il participe. A cet égard, Alain Soral offre, non pas du temps de cerveau disponible à Coca Cola comme Patrick Le Lay, mais prépare les cerveaux à la réception des mensonges d’une Marine Le Pen ou de tout autre récupérateur populiste ou proto-fasciste.

1.Voir notamment le livre de Michel Briganti, André Déchot et Jean- Paul Gautier paru aux Éditions Syllepse en 2011, La galaxie DIEUDONNÉ, ou l’article intitulé Le nécessaire bilan de deux décennies «d’antifascisme» par la Coordination des Groupes Anarchistes de Lyon ou encore, deux billets du site Article 11 consacrés aux nouveaux habits de l’extrême droite : : Quand l’extrême droite mue : petite plongée dans la galaxie des fachos « antisionistes et anti-impéralistes » et Retour de brun.

2 Il ne faut évidemment pas tomber dans le piège et abandonner des revendications légitimes, sous prétexte qu’elles sont récupérées et travesties par les populistes et les fascistes. Ce serait faire un bien trop grand honneur à leur fausse critique ! A l’inverse des aboyeurs frontistes, ultralibéraux hier et prétendument protectionnistes aujourd’hui, il convient d’afficher des opinions cohérentes sur le long terme, en précisant nos positions et en donnant des perspectives concrètes à nos revendications pour les distinguer des harangues populistes. Voir à ce sujet quelques préconisations de l’économiste Frédéric Lordon, dans son article intitulé « Qui a peur de la démondialisation ».

 

 

13 commentaires »

  1. Tietie007 29 avril 2016 at 10:04 - Reply

    Une petite vidéo qui démonte le livre de Soral ;

    http://tietie007.over-blog.com/2016/04/alain-soral-contre-l-empire.html

  2. okapy 17 mai 2014 at 20:51 - Reply

    Bon d’autre part la brochure apporte de nombreux éléments de réflexion qui sont autant de pistes mais aussi de nombreux cafouillages…

    A sujet des références :

    – On aurait pu rappeler des auteurs comme Hardt ou Negri sans nécessairement valider leurs propositions théoriques… faut quand même rappeler que Negri à soutenu qu’il fallait soutenir la constitution européenne contre l’état nation. Ou encore le comportement des négristes des tutti blanche (pacifisme / dissociation) lors du contre sommet de Gènes. Etc

    – Frédéric Lordon : là c’est encore plus problématique parce qu’independament de son statut d’économiste revendiqué (ce qui devrait déjà nous rendre mefiants) il défend la « souveraineté populaire », l’état nation (et donc bon : l’Etat) et la « démondialisation ».

    Le problème c’est que contrairement à ce qu’affirme la brochure critique : ce genre de positions ou plutot de postures anti-liberales dont sont friands les fascistes (et pour cause Soral revendique Lordon) ne sont pas authentiquement anticapitalistes.

    Ou alors anticapitaliste romantique.

    Quant à la « mondialisation » c’est un faux débat.
    L’empire c’est un produit du capitalisme. De l’impérialisme plus précisément : pas de la « mondialisation » ou du « capitalisme apatride ». Puisque ces concepts suggèrent déjà que la disparition des frontières, les mélanges culturels ou le métissage sont des problèmes. Quant à parler de « mondialisation capitaliste » en l’état c’est juste un pléonasme.

    Cette brochure mériterai d’être approfondie et épurée de toutes ces imprécisions, coquilles, références douteuses, etc.

    • La Horde 17 mai 2014 at 21:00 - Reply

      Cette brochure a surtout le mérite d’exister, car il existe peu de travaux de ce type : après, on peut toujours en critiquer tel ou tel passage, mais on estime qu’elle est quand même de qualité : la critique est aisée, mais l’art est difficile…

      • okapy 18 mai 2014 at 16:30 - Reply

        C’est vrai. Pour autant la critique est nécessaire. Je suggérai surtout que la brochure peut (devrait) être améliorée. Donc c’était pas une critique gratuite et unilatérale. On peut toujours améliorer les choses. Après le sujet m’intéresse je me le suis procuré dans la même démarche critique.

    • La Horde 17 mai 2014 at 21:00 - Reply

      Cette brochure a surtout le mérite d’exister, car il existe peu de travaux de ce type : après, on peu toujours en critiquer tel ou tel passage, mais on estime qu’elle est quand même de qualité : la critique est aisée, mais l’art est difficile…

  3. okapy 17 mai 2014 at 20:22 - Reply

    Moi je voulais le lire (dans une démarche critique évidemment) et je l’ai tout simplement endormi dans une grande enseigne de la grande distribution en 4 lettres. D’une pierre deux coups : pas de fric pour ces salauds, et toujours un de moins qui contaminera pas un esprit non-averti. 😉 Simple piste pour ceux ou celles qui tiennent absolument à s’infliger la lecture de ce torchon.

  4. Didier 20 janvier 2014 at 12:24 - Reply

    Un grand merci pour cette précieuse brochure, gratuite de surcroît ! Je vais la faire suivre à mes contacts. Bien à vous.

  5. camp volant 14 novembre 2013 at 08:28 - Reply

    un travail bien utile. Le confusionisme rouge-brun est particulièrement difficile à combattre. sur Dieudonné/Faurisson:

    http://campvolant.wordpress.com/2013/11/02/un-eichmann-numerique-vivre-avec-dieudonne/

  6. Lucrèce 13 novembre 2013 at 22:10 - Reply

    Comme j’ai participé à la rédaction de cette brochure, je me permets de vous indiquer deux liens vers une version plus récente, ici : http://www.esprit68.org/infokiosque/comprendrecomprendrelempire.pdf et là : http://www.fichier-pdf.fr/2013/04/03/comprendrecomprendrelempire/comprendrecomprendrelempire.pdf , mais qui ne changent pas fondamentalement le propos.
    Nous restons toujours un peu mitigés par rapport à notre travail. Ce qui a motivé sa rédaction à l’origine, c’était notre consternation en constatant que certaines de nos connaissances avaient dépensé du fric pour se procurer cette somme d’inepties nauséabondes ! Nous nous sommes donc mis à la tâche pour démonter cette horreur. Avec le recul, on se questionne toujours sur la portée de notre boulot. C’est un peu ce qui ressort d’un article sur Soral et sa secte, paru dans le dernier numéro de la revue Article 11(n°14) : Soral raconte vraiment n’importe quoi, et c’est presque lui accorder trop d’importance que de discuter sérieusement de ses inepties réactionnaires. La question sans doute plus importante à se poser, c’est de se demander pourquoi des gens qui ne sont à priori ni des fachos, ni des incultes, ni des imbéciles, s’intéressent à ces idioties ? Qu’est-ce qui ne va pas ? Pourquoi ils ne sont pas dégoûtés par ce clown mégalo et spontanément immunisés contre ses mensonges ? Ca me fait penser à un bouquin que j’ai découvert récemment : « Pourquoi les pauvres votent à droite » de Thomas Frank, qui explique pourquoi toute une catégorie de la population aux Etats-Unis vote clairement contre ses intérêts de classes et choisit systématiquement les politiciens qui vont l’écraser et la duper. En gros, je pense que plutôt de s’intéresser au discours de Soral, il faut maintenant s’intéresser à ce qui fait qu’il est « audible », malgré toutes ses incohérences.
    En tout cas, merci pour le travail que vous faites sur ce site, si utile par les temps (sombres) qui courent… Gardez la niak !

  7. chome 8 novembre 2013 at 10:24 - Reply

    Il est où le lien vers la brochure en elle même ?

    • La Horde 8 novembre 2013 at 12:49 - Reply

      Tu accèdes au PDF en cliquant sur l’image (on avait oublié de mettre le lien, désolé).

  8. Raph' du Lim 8 novembre 2013 at 08:50 - Reply

    Bien entendu… D’accord avec l’analyse de présentation du livre contre Soral.

    Au-delà de l’idéologie nauséabonde que nous combattons tous les présupposés de Soral sont faux et relève d’une vision non dynamique du monde. Le nationalisme ne ferait que nous appauvrir dans tous les sens du terme (pas seulement financièrement).

    Depuis 2010 et suite aux luttes des ouvriers chinois une protection sociale et une assurance chômage ont vu jour dans certaines provinces de Chine notamment celles de l’Est bordant la côte Atlantique. Depuis les coûts de production montent.

    Plus les ouvriers, salariés auront de droits dans le monde et moins les délocalisations se feront en Europe.

    une source : http://www.cleiss.fr/docs/regimes/regime_chine.html

    Ce sont donc bien les luttes sociales d’une part, et les programmes de coop internationale d’autre part, qui dont la différence (type FAO avec l’ONU).

    Un autre exemple : savez-vous que le taux d’encadrement, dans les écoles primaires et maternelles, est supérieur en Madagascar qu’en France ? Ce sont des choix de la population et/ou de l’Etat de Madagascar mais c’est aussi un programme de la FAO qui l’a empêché, dans les années, l’appauvrissement total du pays (celui qui luttait contre les criquets pélerin ravageant les récoltes).

    Criquet pélerin qui a précipité le centre de l’Afrique jusqu’à Madagascar (ça traverse la mer ces bestioles) dans la famine. Encore une crise inter-étatique, qui n’a pu trouver des solutions que dans des coopération inter-étatiques avec l’appui de la FAO / ONU.

    Le nationalisme n’est pas une solution par rapport à ces crises. Le nationalisme c’est la guerre, et la haine de tout ce qui n’est pas ressortissant de son clocher.

    Si avec le réchauffement climatique le criquet pélerin arrive en Europe (ce n’est pas de la SF voir par exemple les abeilles tueuses aux USA) que ferait un FN au pouvoir ? Il mettrait un filet aux frontières (à quelle hauteur).
    C’est ridicule, et les solutions proposées par le FN sont ridicules.

    Droits sociaux, accueil des migrants et coop internationale pour trouver des solutions inter-étatiques, gestion des ressources en eau et des ressources agraires, planification socio-écologique, muselage des OGM et de Monsanto, crise du poisson-poison (v. reportage d’hier à Envoyé spécial)… Droit à l’éducation et apprentissage des langues pour (mieux) éviter les guerres…

    Dans toutes ces problématiques ESSENTIELLES pour le XXIème siècle le FN et les partis nationalistes européens n’ont aucune réponse et aucune idée adéquate et efficace.

    Ce n’est pas en fermant les frontières que les ouvriers français iront mieux, mais quand les droits sociaux seront nivelés par le haut. Car si l’on ferme les frontières et imposons des taxes, les autres pays réagiront de même contre nous. Encore une fausse solution, encore du romantisme nationaliste (qui pue la mort et le cimetière).

    La crise de l’industrie agro-alimentaire en Bretagne, ce sont les bas salaires en Allemagne (minimum de 3 euros / heure). Donc ce sont les luttes sociales internationalisées et les solidarités qui permettront de faire reculer le spectre de la pauvreté – solidarité entre syndicats et/ou comité de luttes (peu importe le flacon, du moment que…)

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