Appel : Non à la chasse aux Rroms, non au racisme d’Etat

26 septembre 2013 1 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Les Roms sont depuis des années parmi les premières victimes non seulement du racisme ordinaire, celui du quotidien, mais aussi et surtout du racisme d’État. Des personnalités s’en indignent, et nous relayons ici leur appel. Si nous restons plus que sceptiques lorsqu’ils en appellent aux lois d’une République qui a prouvé depuis des décennies qu’elle s’accommodait fort bien de l’exclusion d’une partie de sa population, nous nous retrouvons davantage dans le dernier paragraphe de l’appel, qui invite à mener des «expériences communes de solidarité et d’échange, de réciprocité et d’entr’aide», seule réponse véritable au racisme anti-Rom qui sévit en France, comme ailleurs en Europe.

APPEL
NON à la chasse aux Rroms NON au racisme d’Etat
POUR l’égalité des droits

Depuis le tristement célèbre discours prononcé par Nicolas Sarkozy le 30 juillet 2010 à Grenoble, la politique de discrimination et d’expulsion menée contre nos concitoyens Rroms roumains et bulgares a pris des proportions aussi inquiétantes qu’inadmissibles. Or, suite à l’élection de François Hollande le 6 mai 2012, Manuel Valls n’a fait que poursuivre et même durcir cette chasse à l’homme.

Au cours du seul premier trimestre 2013, 28 campements abritant 2 873 personnes ont été évacués et détruits par les forces de l’ordre, soit 25 % de plus que pendant la même période en 2012, selon le recensement effectué par l’Association européenne pour la défense des Droits de l’Homme. Durant cette même période, en outre, 272 personnes roumaines ou bulgares Rroms ont été rapatriées de force (contre 70 en 2012) et plus de mille personnes ont dû quitter leur lieu de vie pour raison d’incendie ou de violences diverses. Les évacuations se font au petit matin, et s’accompagnent de la destruction immédiate des abris de fortune sous les yeux des enfants terrorisés…

Or cette politique est contraire à tous les principes du droit, qu’il s’agisse de la législation française, européenne ou internationale. En réponse aux admonestations de la Commission Européenne et suite à sa promesse de revoir les mesures spécifiques transitoires excluant les Bulgares et Roumains du marché du travail depuis 2007 , François Hollande a fait signer par cinq ministres une circulaire le 26 août 2012, qui prévoit, avant toute évacuation d’une installation jugée illicite ou insalubre, un diagnostic social, des propositions de relogement, le maintien de la scolarisation des enfants et de l’accès aux soins. Comme l’établit le Bilan du Défenseur des Droits publié en juin dernier, cette circulaire est restée lettre morte. Quant à la circulaire Sapin du 30 janvier 2013 pour la facilitation de l’accès des Bulgares et Roumains à l’emploi salarié et aux contrats aidés, elle tarde à porter ses effets, alors que les OQTF (obligations de quitter le territoire français) sont toujours distribuées au faciès de façon massive.

Le développement de pratiques et de déclarations publiques racistes contre les Rroms désignés comme des boucs émissaires va de pair avec la montée d’un climat de violence droitière extrême et d’incitation à la haine. Violence verbale quand le député-maire de Nice, Christian Estrosi, déclare à propos des Rroms et gens du voyage le 7 juillet dernier sur Europe 1 : « J’en ai maté d’autres, et je vous materai ! ». Violence physique tragiquement illustrée par le meurtre du jeune militant antifasciste Clément Méric le 6 juin dernier. Comme chaque fois en temps de crise sociale, les souffrances et les peurs engendrées par la paupérisation et le chômage sont détournées et instrumentalisées pour stigmatiser des groupes fragilisés de la population, en l’occurrence en priorité les Rroms.

Dans ce contexte où l’Etat et ses représentants, préfets, administrations publiques, persistent à refuser leurs droits à des ressortissants communautaires, des élus s’obstinent à ne pas appliquer la loi, refusent de scolariser des enfants Rroms, négligent de ramasser les ordures ménagères,
appellent à des manifestations contre la présence des Rroms et des gens du voyage. Et à l’approche des élections municipales de 2014, les appels à la haine se multiplient, allant jusqu’à l’appel au meurtre par le maire de Croix Régis Cauche ou au génocide par le député-maire de Cholet Gilles Bourdouleix. Il est particulièrement inquiétant qu’un élu de la République puisse se référer à Hitler et continuer tranquillement à occuper ses fonctions sans susciter d’autres réactions que de timides protestations de pure forme.

Nous, citoyennes et citoyens français et/ou européens et immigrés résidents, attachés aux valeurs fondatrices de la République et de la démocratie ainsi qu’aux droits fondamentaux reconnus à tout être humain, nous dénonçons la multiplication et la légitimation des discours, des actes discriminatoires et des dénis de droits pratiqués par nos représentants, Etat, préfets, administrations, élus, contre nos concitoyens Rroms roumains et bulgares en situation de précarité, ainsi que toute expulsion sans application de la circulaire du 26 août 2012, et toute forme d’exclusion. Nous appelons également nos concitoyennes et concitoyens à réagir contre le racisme et la violence d’Etat sous toute ses formes. Nous demandons l’égal accès pour tous aux droits garantis par notre Constitution, par la Convention Européenne des Droits de l’Homme, par la Charte des Droits Fondamentaux de l’Union Européenne, et par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

En conséquence, nous appelons tous nos concitoyennes et concitoyens à :

demander l’engagement de poursuites judiciaires contre les autorités publiques et personnes physiques et morales ne respectant pas les lois de la République, notamment l’égalité des droits et de l’accès aux services publics, et/ou appelant à la discrimination et à la haine.
S’engager pour obtenir de nos gouvernants et de toutes les collectivités publiques l’application stricte des principes de l’aide sociale aux plus démunis, de la protection de l’enfance, de l’accès aux soins, au logement, à la formation et à l’emploi, ainsi que de la protection des personnes vulnérables.
Développer partout les expériences communes de solidarité et d’échange, de réciprocité et d’entr’aide, d’innovation et d’insertion pérenne, afin de contrer le développement de la précarisation stigmatisante et de la haine de l’autre et de faire disparaître zones d’exclusion et de relégation.

Premiers signataires pressentis :

Hélène ASSEO, Abdallah BEKHI, Farid BENNAI, Saïd BOUAMAMA, Stéphane BRAILLY, Henri BRAUN, Claude CALAME, Christian CELDRAN, Jean-Pierre DACHEUX, Claude DERHAN, Eric FASSIN, Umberto GUERRA , Serge GUICHARD, Samia HAMICHE, Rada IVEKOVIC, Olivier LECOUR GRANDMAISON, Natalia LAVALLE, Véronique NAHOUM GRAPPE, Saimir MILE, Fabienne MESSICA, Martin OLIVERA, Evelyne PERRIN, Elisabeth ROBERT, Dominique SAUVAGE, Evelyne SIRE-MARIN, Vicky SKOUMBI, Alain TARRIUS, Roland TCHOUAGA, Yannis YOULOUNTAS…

Un commentaire »

  1. Vallerey Gérard (@erostrate2) 27 septembre 2013 at 16:02 - Reply

    Veuillez ajouter ma signature!
    NO PASARAN!

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