Dissolution de l’Œuvre Française et des Jeunesses Nationalistes

24 juillet 2013 0 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Après Troisième Voie, les JNR  et l’association écran des activités de Serge Ayoub, « Envie de rêver », c’est donc au tour de l’Œuvre Française  et des Jeunesses Nationalistes d’être dissous. Le  mouvement, dirigé par Pierre Sidos, avait imposé la croix celtique comme symbole au sein de la mouvance nationaliste français dès ses premières années d’existence. Si l’Œuvre Française avait fait peu parlé d’elle depuis la fin des années 90, c’est que le mouvement avait choisi d’agir au sein du FN,  puis en dehors, via des associations censées être indépendantes de la maison mère, avec comme têtes d’affiches Alexandre Gabriac, le chef des Jeunesses Nationalistes.

voici un article du  blog droites-extrêmes qui revient sur l’histoire de ce groupe d’extrême droite:

http://droites-extremes.blog.lemonde.fr/2013/07/24/dissolution-de-loeuvre-francaise-plus-ancien-groupe-dextreme-droite-en-activite/

Dissolution de l’Oeuvre française, plus ancien groupe d’extrême droite en activité

La dissolution de l’Oeuvre française vient d’être annoncée par Manuel Valls, ministre de l’intérieur, à l’issue du conseil des ministres. C’est un événement pour l’extrême droite. Ce groupuscule fondé par Pierre Sidos en 1968 était le plus ancien encore en activité. Les Jeunesses nationalistes, la branche « jeune » de l’Oeuvre est aussi frappée de dissolution.

Les pouvoirs publics qui se basent sur la loi de 1936 relative aux groupes de combat et milices privées, reprochent notamment à ce petit groupe ses positions politiques racistes et antisémites rendues publiques sur leur site internet; « le culte de personnages connus ayant collaboré avec l’Allemagne nazie », comme Pétain, Brasillach ou Degrelle; et l’organisation de camps « paramilitaires, physiques et idéologiques », ce qui apparenterait l’Oeuvre française à une « milice privée ».

Antisémite et pétainiste, l’Oeuvre française (OF) a, été fondée sur les ruines de l’OAS, et a toujours privilégié l’action clandestine. De ce passé, elle a gardé le culte du secret, le goût pour les doubles structures, un recrutement tourné en priorité vers les anciens militaires de régiments de combat, les quels forment par ailleurs l’essentiel de son service de sécurité interne. Ses militants se définissent comme des « soldats politiques ». Par exemple, son bureau politique se nomme… « l’Autorité » et se réunit, à huis-clos même pendant les congrès.

Très hiérarchisée, l’OF possède un uniforme et des grades. Ses militants portent une chemise bleue comme les Phalangistes espagnols des années 1930. Elle est entourée de cercles concentriques- Jeune nation, les Jeunesses nationalistes et autres Cercle du 6 février-qui servent à la fois à filtrer les militants et à assumer les actions plus chaudes, sans mettre en péril l’organisation mère. Il faut donc s’interroger sur l’efficacité de leur dissolution.

Pierre Sidos, le fondateur de l’OF est le fils de François Sidos, fusillé à la Libération pour fait de collaboration. Pierre Sidos et son fère Jacques se réclamaient comme leur père, du Francisme (sorte de fascisme à la française) de Marcel Bucard, ainsi que de la Milice. Les deux frères seront condamnés à des travaux forcés à la Libération.

En 1949, les deux frères fondent Jeune Nation qui visait à la « constitution d’un Etat national, autoritaire, populaire et hiérarchique ». Mouvement viscéralement anticommuniste, Jeune Nation connu son heure de gloire en 1956 avec les manifestations contre le siège du PCF et l’incendie des locaux de l’Humanité. Jeune nation sera dissous en 1958 à la suite des événements du 13 mai. Par la suite, M. Sidos fondera un éphémère Parti nationaliste (lui aussi dissous) puis le journal Jeune nation (qui existe encore sous la forme d’un site Internet). Il participera aussi à la création d’Occident en 1964 avant d’en être évincé. Entre temps, il aura été emprisonné un an entre 1962 et 1963, pour son soutien à l’OAS et à l’Algérie française.

Idées radicales

En 45 ans d’existence, l’Oeuvre française n’aura pas beaucoup évolué, ni dans son discours, ni dans son organisation, ni dans ses sigles, notamment la croix celtique. L’OF a changé de tête seulement en 2012 avec la nomination d’Yvan Benedetti comme président. M. Sidos demeurant « président d’honneur ».

L’OF ne s’est jamais caché de sa pensée radicale. Son journal Le Soleil – qui sera interdit de vente et de publicité en 1990 en application de la loi Gayssot – se plaçait sous le patronage de Drumont, Barrès, Maurras, Alexis Carrel et Robert Brasillach (Numéro d’octobre 1970) et a titré en « une » à plusieurs reprises, « La pieuvre sioniste » (notamment en décembre 1971 avec une caricature de Golda Meir, chef du gouvernement israélien, sous les traits de la pieuvre, puis dans le numéro de janvier/février 1990, sans références cette fois à une personnalité).

L’antisémitisme est facilement revendiqué à l’OF. Ainsi, lors de l’émission télévisée « Ciel Mon Mardi » du 6 février 1990, présentée par Christophe Dechavanne, M. Sidos déclare qu’il n’est « pas plus antisémite que Saint-Louis ». Dans son livre référence Les extrême droites en France (Syllepse, 2009) Jean-Paul Gautier, évoquant cet épisode, note que « Saint-Louis a obligé les Juifs à porter un signe distinctif – la rouelle jaune- et a interdit les mariages mixtes« .

« Physiquement européen »

Le fond de la pensée de l’Oeuvre est , on l’a compris, antidémocratique, contre révolutionnaire, raciste et antisémite. Pour adhérer à l’OF, Pierre Sidos précise qu’il fallait donc être « politiquement très national, physiquement européen, spirituellement chrétien, intellectuellement rivarolien, électoralement frontiste » (Rivarol du 2 novembre 2007). Un autocollant résume le racisme de l’OF : « Défend ta peau, défend ton drapeau ».

M. Sidos déclare également en 2010, toujours à l’hebdomadaire d’extrême droite Rivarol (proche de l’OF via Jérôme Bourbon qui le dirige) qu’« appartenant à la civilisation du Christ et à la nation française, par respect de notre histoire nationale, nous devons proscrire l’athéisme , le judaïsme, l’islamisme, le bouddhisme, le shoahtisme car ils ne sont pas des éléments constitutifs de ma nation française mais ont au contraire été introduits récemment dans le composé français pour le perturber fortement ».

« Shoahtisme », est le terme méprisant utilisé par les négationnistes pour désigner le génocide des juifs par les nazis. L’OF est en effet une organisation amie des négationnistes, notamment du belge néonazi Vincent Raynouard puisqu’elle l’a accueillie à plusieurs reprises lors de ses camps d’été pour y donner des conférences et lors du Forum de la nation, organisé par l’OF, de 2010. Bruno Gollnisch était un habitué de ces réunions rassemblant plusieurs mouvements radicaux européens.

La radicalité de l’Oeuvre française a conduit le mouvement aussi dans la rubrique faits divers. En 1995, ce sont des skinheads proches du groupuscule qui tuent Brahim Bouaram en le jetant dans la Seine en marge du défilé du FN le 1er mai.

Cinq ans plus tôt, trois militants de l’Oeuvre avaient été interpellés car ils projetaient une action violente contre Patrick Gaubert (conseiller antiracisme de Charles Pasqua, alors ministre de l’intérieur). Des plans de la résidence secondaire de M. Gaubert, ainsi que son emploi du temps détaillé et une dizaine d’armes, avaient été retrouvés chez les trois suspects. A cette occasion, M. Sidos avait été placé en garde à vue puis relaché (Le Monde du 16 décembre 1993).

Récemment, Pierre Sidos, né en 1927, avait laissé Yvan Benedetti monter dans la hiérarchie du groupuscule. Sous l’égide de ce quadra, l’OF a pris un virage plus « nationaliste révolutionnaire » sur le fond et a mis l’accent à la fois sur l’activisme radical et sur une sorte « d’entrisme«  au sein du FN.

Ainsi, d’une part, M. Benedetti et plusieurs membres de l’OF ont fait la campagne de Bruno Gollnisch lors du congrès du FN en 2011. M. Benedetti était directeur de campagne de M. Gollnisch. D’autres membres de l’OF étaient actifs comme Alexandre Gabriac, conseiller régional Rhône-Alpes – comme M. Gollnisch- ou Christophe Georgy, membre éminent du DPS et par ailleurs à la tête de la Lettre des amis de Léon Degrelle – du nom d’un ancien Waffen SS qui dirigeant la division Wallonie sur le Front de l’Est. La quasi-totalité de ces doubles militants seront exclus à l’arrivée de Marine Le Pen à la tête du FN.

Par ailleurs, M. Benedetti a aussi doté l’OF d’une branche « jeune », les Jeunesses nationalistes (JN) dirigées par Alexandre Gabriac. Les JN sont aussi visées par le décret de dissolution.

Les JN sont les derniers nés de l’extrême droite radicale. Elles sont encadrées par des militants formés de l’OF dont elles constituent le vivier de jeunes.

Elles sont dirigées par Alexandre Gabriac qui s’est rendu célèbre en 2011 quand une photo de lui faisant le salut nazi devant un drapeau à croix gammée a été diffusée sur le Net. C’est pour cette raison que le FN l’a exclu. C’est ce groupe qui a bénéficié de la meilleure dynamique dans la mouvance depuis un an et demi. Elles n’ont pas rechigné à faire ce qu’elles appellent des « actions coup de poing » pour avoir le plus de reprises possibles. Dernier acte en date: l’empêchement d’une conférence à Saint-Etienne le 4 avril d’Erwann Binet, rapporteur de la loi Taubira instaurant le mariage pour tous.

Ils ne rechignent pas non plus à se référer à la seconde guerre mondiale. Une délégation est allée rendre hommage au Duce dans sa ville natale de Predappio en Italie, ils défilent avec la Phalange espagnole, et ne manquent jamais de se référer à Léon Degrelle.

Les intentions étaient claires depuis le lancement de la structure: « On veut créer un bloc solide, nationaliste, pour créer des officiers politiques »,déclarait à la création du groupe,fin 2011, Yvan Benedetti. Les JN disposent d’une solide base-arrière à Lyon, bastion traditionnel de l’Oeuvre française. Elles recrutent notamment dans les milieux hooligans, et sont versées dans la violence.

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