Allemagne: Derrick, trois épisodes inavouables ?

8 juillet 2013 12 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Derrick2

Mise à jour le 27/10/2013

Quatre ans après la mort de Horst Tappert, l’acteur qui incarnait le fameux inspecteur principal Derrick sur le petit écran, on apprend qu’il a servi pendant la Seconde Guerre mondiale sur le front de l’Est dans le régiment SS « Totenkopf ». Le bataillon auquel il a appartenu à partir de l’année 1942 s’est rendu coupable de nombreuses exactions dans des villages polonais. Lorsqu’elles ont appris cela, les chaînes étrangères (néerlandaises, belges et françaises), ont décidé de ne pas reprogrammer la série Derrick qui avait fait connaître Tappert hors des frontières allemandes, mais avec un délai… de 4 ans ! Mais le scandale ne faisait que commencer, car il ne s’agit pas seulement de Tappert, mais aussi de Herbert Reinecker, le créateur de Derrick, qui a non seulement conçu le personnage mais a écrit les scénarios de la plupart des épisodes. Il était lui aussi dans la Waffen-SS mais en tant que journaliste de propagande du régime nazi. Dans le cadre du « travail critique de fond mené sur l’Histoire », la deuxième chaîne de télé allemande, ZDF, a décidé d’ouvrir son armoire aux poisons. Dedans, trois épisodes de Derrick qui ne passèrent jamais à l’écran, et pour de bonnes raisons…
Nous, on y a d’abord cru, avant qu’un lecteur nous alerte (cf. commentaire ci-dessous) sur le fait qu’il s’agissait d’un fake, et nous démontre que la source, le journal allemand taz, avait en réalité fait un canular (voir ici)…

« La mort de l’usurier »

Le requin de la finance Aaron Goldenberg a été assassiné à coups de marteau. Derrick se saisit de l’enquête sans enthousiasme. Il connaît en effet les nombreuses familles munichoises que cet homme sans scrupule a jetées dans la misère. « Tous les meurtres ne se valent pas », dit l’inspecteur principal à Harry Klein, son adjoint. Mais, en bon criminologue allemand, il fait son devoir et parcourt la région pour réfléchir. Pendant ce temps, Harry collecte les adresses de ceux qui se sont endettés chez Goldenberg. Ce faisant, il surprend le maréchal-ferrant Eberhard Horre en train de laver un marteau ensanglanté. Ce dernier prétend que le sang provient d’un cheval de course blessé alors qu’il était en train de le ferrer. L’inspecteur Klein ne trouve rien à redire à cet alibi. Son supérieur non plus : « Les choses ne sont jamais simples lorsque des gens de l’engeance de Goldenberg se font trucider. » Il retourne parcourir la région en long et en large et finit par trouver le meurtrier à la seule force de sa déduction. Goldenberg était membre d’une loge maçonnique munichoise derrière laquelle se cachait la fraction bavaroise des Protocoles des Sages de Sion. Pour que Goldenberg, qui avait le vin bavard, ne révèle à personne les projets de conquête du monde de la loge, ses confrères ont disposé de lui d’une façon aussi cruelle que mystique. « Car le marteau est le symbole le plus important de cette assemblée malfaisante », explique doctement Derrick à son assistant et il dessine, comme pour se protéger, une croix gammée. Mais les indices ne suffisent pas pour arrêter la bande.

« L’assassin venait de l’ombre »

L’inspecteur principal Derrick profite d’un week-end « souvenir » à l’hôtel du « Casque de Fer » au bord du lac de Starnberg. Avec ses camarades de bataillon de police du Sicherheitsdienst (SD) « Siegfried », il se remémore les aventures qu’ils ont vécues ensemble au cours de la campagne de Russie. Mais la joyeuse beuverie se termine par un décès : Anton Hackbrett, autrefois cantinier du bataillon et actuel directeur du « Casque de Fer » est retrouvé mort dans la chambre froide de l’hôtel. Derrick commence par miser sur le sommelier aux cheveux longs, Henri Dechateau, et il le fait placer en détention préventive. C’est alors que se produit le meurtre suivant : cette fois-ci, la victime est Emil Holtzwurm, autrefois gratte-papier du bataillon. C’est un long cheveu brun recueilli sur la chemise de Holtzwurm qui conduit Derrick au meurtrier, ou plutôt à la meurtrière, la serveuse Gudrun. Elle s’appelle en réalité Ludmilla, et a été infiltrée par le KGB en Allemagne. Le motif de ses actes est clair : en s’attaquant au bataillon réuni ce week-end-là, elle voulait venger la mort d’une de ses tantes d’Odessa, devenue contre son gré une « fille à soldats » que le bataillon Siegfried avait emmenée avec lui. « Il faut pourtant laisser le passé reposer en paix », moralise Derrick avant de donner le coup de grâce à Ludmilla en lui tirant en balle dans la nuque.

« Folie furieuse »

Le conseiller commercial Höllriegl est désespéré : Freya, son berger allemand, a été enlevé. Il demande son aide à son compagnon d’armes Derrick. « Stephan, il s’agit d’une catastrophe nationale. Freya est une descendante de Blondie, la chienne de notre führer ! » Derrick ne tergiverse pas longtemps. À coup sûr, des casseurs communistes veulent se servir de la noble chienne pour leurs objectifs anti-nationaux. Derrick fait établir des barrages autour de la ville de Munich et arrêter de façon préventive tous les rouges. En même temps, il fait publier un ultimatum : si Freya n’est pas ramenée le lendemain matin, les chats de la ville seront tous pendus à des crochets de boucher. Car Derrick sait bien que, du fait de leur caractère fourbe et indépendant, les chats sont les animaux préférés des gangs bolcheviques. La situation se tend de façon dramatique lorsque l’inspecteur Harry Klein suit une piste qui l’emmène chez le sinistre vétérinaire Jossele. Un commando du Mossad s’est embusqué à son cabinet, qui retient Freya en otage. L’histoire, prévue initialement pour se poursuivre dans un deuxième épisode, a été finalement stoppée en pleine production, sur une fin ouverte : Derrick négociera-t-il avec les kidnappeurs de chiens ou ordonnera-t-il la solution finale ?

12 commentaires »

  1. beziel 1 juin 2016 at 00:42 - Reply

    Chose a savoir quand même, la plupart des épisodes ont été saucissonnés par les chaines TV Fr, souvent pour « combler sans dépasser  » la grille des programmes prévue après leur diffusion, de façon a ne rien bousculer. La durée moyenne d’un épisode de derrick est de60, 62 minutes (voir le « congrès de Berlin = 70mn). Donc, même 2 minutes de scène peut faire basculer un scénario (comme ont veut)!
    merci de vôtre intérêt partager.
    amitiés filmées

  2. Helmut Stasi 25 juillet 2013 at 12:01 - Reply

    Le plus drôle dans cette affaire, c’est que l’auteur de cet article finissant par « Et pourtant, tout ça est bien vrai » n’a pas du tout réalisé que ses « infos » venaient de la rubrique satirique « La Vérité / Die Wahrheit » du tageszeitung. Et qu’il s’agit donc d’un fake, qui plus est revendiqué.

  3. Arikover 22 juillet 2013 at 18:15 - Reply

    Bonjour,

    Tout cela me paraît bien étrange, compte tenu de la teneur des autres épisodes de Derrick (oui, je regarde Derrick, j’aime bien). J’ai donc fait un petit tour sur YouTube, et j’ai pu voir les épisodes en question (qui ont bien été diffusés) :
    La mort de l’usurier – Tod des Wucherers : http://www.youtube.com/watch?v=9nMH7L98hik
    L’assassin venait de l’ombre – Angriff aus dem Dumkel : http://www.youtube.com/watch?v=NQHGVqcfiBk
    Folie furieuse – Absoluter Wahnsinn : http://www.youtube.com/watch?v=ReaYWTTya-c

    Même en ne comprenant que peu l’allemand (ce qui est mon cas, mais j’y travaille), on remarque immédiatement que chaque épisode ne correspond pas du tout au synopsis que vous donnez, mais plutôt à du Derrick « classique » (meurtre d’une maîtresse et cie).

    L’article que vous citez provient bien d’un journal allemand sérieux (taz.de), mais il est publié dans la catégorie « die Wahrheit » (la Vérité). Quand on se rend sur la description de cette rubrique (http://www.taz.de/1/wahrheit/selbstdarstellung), il nous est expliqué que c’est une rubrique satirique, dont le contenu repose sur trois piliers :
    – Pourquoi objectif quand c’est personnel?
    – Pourquoi rechercher quand on peut écrire?
    – Pourquoi prouver quand on peut prétendre?
    (traduction par moi+dico, donc certainement pas terrible, mais vous cernez l’idée)
    J’imagine que c’est pour se moquer des journalistes qui publient des articles partisans sans vérifier leurs sources, comme il y en a eu en France à propos de l’accident de Brétigny sur Orge. En Allemagne, les révélations du passé de Horst Tappert ont fait leur petit effet, et j’imagine que certains journaux en ont fait leurs choux gras, d’où ce canular.

    Cela n’empêche pas taz.de d’être un journal très intéressant et digne de foi (quand ils ne font pas de blagues).

    A moins que vous ayez, vous aussi, fait un canular (dans ce cas pardon), il me semble que vous devriez corriger votre article.

    J’espère que mon commentaire vous sera utile, en tous cas continuez votre travail, on en a tous bien besoin!

    • La Horde 25 juillet 2013 at 17:27 - Reply

      Oups, grosse boulette !
      Merci à toi pour cette mise au point fort nécessaire. Ce qui nous a séduit dans l’article de la Taz, ce sont deux points :
      Tout d’abord la plausibilité de la chose, malgré les aspects outrés (une croix gammée dessinée par Derrick alors que c’est interdit par la loi allemande : on aurait dû s’en douter, Harry, nous n’avons guère été prudents).
      Mais surtout, nous avons aimé ce que l’outrance sous-tend : l’atmosphère qui se dégage de la petite bourgeoisie allemande des années 1960, (re)mise en cause par l’article, tout ce qu’on connait des petites villes allemandes et qui nous fait horreur. Alors oui, bien sûr, Derrick ne dérape jamais. Mais cette version hard core de Derrick, c’est celle qu’on a aimé imaginer haïr.

      • Arikover 15 août 2013 at 20:05 - Reply

        Comme tout vos lecteurs ne lisent pas forcément les commentaires, je pense que vous devriez toutefois apporter un rectificatif à votre article, au moins pour le dernier paragraphe, en précisant que la source à laquelle vous renvoyez est effectivement un canular, un peu comme votre post sur « Troisième roue » (qui m’a bien fait marrer).

        Dans l’état actuel, et même s’il est comique, votre article diffuse une information incorrecte. Cela risque de décrédibiliser le reste de vos publications.

  4. Steuv 11 juillet 2013 at 18:41 - Reply

    C’est vraiment trop invraisemblable (même si ça m’a fait beaucoup rire): « Car Derrick sait bien que, du fait de leur caractère fourbe et indépendant, les chats sont les animaux préférés des gangs bolcheviques. » Faut pas déconner quand même.
    Comme ks4, j’ai trouvé aucune trace en dehors de ce site allemand sur ces 3 épisodes, surtout que les titres utilisés correspondent bien à de vrais épisodes:
    http://www.imdb.com/title/tt0558389/
    http://www.imdb.com/title/tt0558144/
    http://www.imdb.com/title/tt0558140/

    Le seule article potable sur Reinecker que j’ai pu trouver en français depuis le début du « scandale » parle pas non plus de ces épisodes: http://www.parismatch.com/Actu/Medias/Herbert-Reinecker-l-autre-part-d-ombre-de-Derrick-512062 (wai je sais… paye ta source…)
    Et rien non plus concernant cette « évaluation complète et critique de l’histoire » (« umfassenden und kritischen Aufarbeitung der Geschichte ») qu’aurais fait ZDF sur internet…

    • La Horde 11 juillet 2013 at 20:36 - Reply

      Alors dans l’ordre, pour ceux et celles qui ont vu leur idole s’écrouler et pourtant n’ont pas une pratique suffisante de l’allemand pour le lire dans le texte :
      1. l’article qui donne le synopsis des trois épisodes (véridiques!!) a paru dans la tageszeitung, journal de gauche allemand et chez qui les camarades antifas allemands ont quelques contacts (sisi!). L’article est parfaitement fiable et tout à fait documenté;
      2. Aucune chance de trouver un article exhaustif sur Tappert ou Reinecker dans la presse française (même Paris Match…) parce que les démêlés que les Allemands ont avec leur mémoire intéressent fort peu de monde chez nous.
      3. Quant au travail effectué par ZDF sur la mémoire, la citation (par ailleurs fort ironique) est du journaliste de la taz, qui fait une mise à distance significative avec la « Aufarbeitung der Geschichte » (grâce, entre autres, aux deux adjectifs utilisés ici par antiphrase) qui fut pratiquée par les médias écrits, radiophoniques et télévisuels allemands, et pas toujours de façon complète et critique!

      Pour finir, on est ravis de voir les recherches effectuées par nos fidèles lecteurs!

      • Steuv 11 juillet 2013 at 22:12 - Reply

        Merci pour le complément d’info!

  5. pn 9 juillet 2013 at 21:28 - Reply
  6. ks4 9 juillet 2013 at 18:40 - Reply

    La source ne mene pas vers un article parlant de ces scénar, je ne l’ai pas trouver sur le site (mais je parle pas allemand j’ai peut etre raté quelque chose).
    J’ai trouvé aucune traces ailleurs sur le net non plus.
    Pourrais-tu corriger le lien, ca me semble vraiment trop gros pour etre vrai…

    • La Horde 9 juillet 2013 at 19:13 - Reply

      On a corrigé le lien, merci de nous avoir indiqué l’erreur! Mais si tu ne parles pas allemand, ça risque d’être compliqué. Il est toujours temps de t’y mettre…

      • ks4 11 juillet 2013 at 21:32 - Reply

        Merci pour le lien.
        Que Tappert et Reinecker étaient des nazis n’a rien de nouveau par contre je ne pensais pas que la chaine était clairement au courant…

        Merci pour le boulot que vous faites

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