« Antigone doit mourir ! » – les Antigones décryptées

1 juin 2013 27 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Fidèles à elle-même, la mouvance identitaire, assistée de quelques éléments issus du Renouveau français (cf. photo), s’est lancée dans une nouvelle aventure médiatique. Seraient-ils arrivé à faire l’unité au sein de l’extrême droite radicale ? Pas exactement, car «ils» sont en fait des femmes issues de ces différents milieux, qui se sont associées et nous ressortent un vieux serpent de mer : un groupe de femmes à l’extrême droite. Prétendument actives et pas seulement décoratives (pourtant elles tiennent les banderoles lors des manifs), elles veulent, dans un mouvement pernicieux, faire croire à l’opinion publique que des femmes se mobilisent à droite sur le modèle des mouvements féministes d’émancipation. Mais c’est une imposture, car il n’y a dans ce mouvement aucune valeur d’émancipation, seulement un plaidoyer réactionnaire en faveur du rôle traditionnel de la femme.

Antigones

Les Antigones, apolitiques ? Pourtant, autour de la banderole, on reconnait :
Sixtine Jeay (A), ancienne du Renouveau français, passée chez les nationalistes-révolutionnaires du MAS (Mouvement d’Action Sociale), et qui fricote avec les identitaires toulousains ; Marie Charlotte Beauregard (B) et Jade Reynaud-Fourton (C), militantes chez les Identitaires cannois, entourées de quelques autres militantes de Génération identitaire; Elodie Jaskolska (D), qui se définit elle-même sur son profil Facbook comme « entièrement européenne, catholique, militante identitaire à Rebeyne & Génération Identitaire » ; Eva Ferré (E), sympathisante identitaire.

Depuis quelques jours, on peut ainsi lire dans la presse mainstream des articles faussement naïfs qui présentent les Antigones, un groupe de jeunes femmes prétendument apolitiques, pas forcément catholiques (mais leur porte-parole si), et surtout sages et calmes. Elles sont souriantes, jeunes et avenantes (pas forcément belles, leur but n’est pas de faire fantasmer tout le monde), maquillées discrètement d’un soupçon de rouge à lèvres et vêtues d’un blanc virginal. Inutile de détailler le « message » politique qu’elles vendent à la presse ; il est bien plus intéressant de creuser leurs références et leurs valeurs, telles qu’elles apparaissent dans leur marketing politique.

Antigone : un mythe
Accompagnant leur logo (une femme qui semble tendre les mains dans un geste de supplication, comme une vierge à l’enfant, mais sans l’enfant), elles se sont affublées d’un (pré)nom évocateur : celui de la vierge martyre de Sophocle, qui se réclame des lois « divines, non écrites et intangibles ». Et les voilà aux prises avec un mythe controversé depuis qu’Anouilh l’a monté à sa sauce sous l’Occupation : ces militantes d’extrême droite, qui veulent s’opposer aux FEMEN, ont choisi cette figure de la mythologie grecque pour se présenter comme les incarnations d’une rébellion féminine qui ferait la peau au féminisme.
Or leur choix est révélateur : Antigone, c’est l’Antiquité grecque, comme un pendant à la sempiternelle Jeanne d’Arc. On se renouvelle à peu de frais, on fait semblant de s’éloigner des carcans catholiques en reprenant les classiques étudiés en classe. C’est donc aussi le choix d’une certaine jeunesse bourgeoise, celui d’adolescentes qui aiment à s’identifier à une fière rebelle issue d’une famille royale. On reconnaît là aussi la patte des Identitaires et leurs figures mythiques un poil transgressives (les apaches parisiens) ; le sanglier quant à lui reste plus difficile à expliquer (Asterix…)
Mais Antigone, c’est celle qui souffre d’être la fille d’un couple incestueux et qui ne sait pas quelle est son identité (dur, pour des Identitaires). C’est la femme qui n’existe pas pour elle-même, qui ne se révolte pas pour ses semblables, mais pour les hommes de sa famille ; celle qui ne se solidarise pas avec l’autre figure féminine de son entourage, sa sœur Ismène, à qui elle interdit de l’accompagner dans sa révolte. C’est la femme qui ne veut exister que par l’homme, son père, son frère, son époux, son fils à venir.
Alors, certes, Antigone va au bout de son engagement : elle brave le pouvoir, mais ce n’est pas elle qui affronte un destin tragique, ce n’est pas elle qui endosse la démesure de la révolte. Sa révolte est sans objet, elle est tournée vers la mort, pas vers les vivants et surtout pas vers ses sœurs les femmes.

Antigones : le mythe de l’engagement féminin à l’extrême droite
Marie-ThérèseAu pluriel, les Antigones ont les mêmes caractéristiques : ce qui leur importe, c’est que la femme reste à sa place comme complément de l’homme. Elles mettent en avant l’idée de complémentarité, qui sape par avance toute idée d’émancipation, toute solidarité féminine. On est en pleine schizophrénie : elles se regroupent entre femmes pour promouvoir non pas leur liberté à conquérir mais pour rappeler qu’elles veulent rester à leur place, comme avant. Leur rébellion face au pouvoir vient appuyer celles de leurs pères, de leurs maris, de leurs frères, de leurs fils à venir ; peu leur importe ce qui peut arriver à leurs futures filles, à leurs sœurs, amies très chères ou mères. Elles cherchent désespérément leur place dans la société qu’elles veulent réactionnaire, ce pour quoi, tournées vers le passé, elles sont prêtes à se révolter. On retrouve ici les caractéristiques de la révolution conservatrice, passéiste et traditionaliste, assorties de ce qui leur donne un petit frisson : la copie de l’engagement des femmes qui travaillent ensemble à leur émancipation, et des méthodes d’infiltration qu’elles voudraient dignes des James Bond girls. Sauf que… la chère Yseul aurait pu être sympa et prévenir ses potes fafs qu’ils allaient se faire ridiculiser par les FEMEN le 12 mai, non ?

Mais qu’elles n’oublient pas ! La vierge de Sophocle va au bout de son combat absurde : elle se pend dans le tombeau où l’a enfermé le pouvoir… comme d’autres sont venus en finir à Notre-Dame.

Tina

27 commentaires »

  1. Footix 2 mai 2015 at 12:22 - Reply

    Anti-gone ?… Ceci semble très anti-Lyonnais… Sans doute le nom d’un groupe de supporteurs ultras de Saint-Étienne !…

  2. Thelx 1 juillet 2013 at 19:38 - Reply

    Je cite le commentaire, trouvé sur la toile, d’un(e?) internaute (im)pertinent et plein d’humour appelé Tellinestory :

    « Je vais me répéter ici aussi: ces charmantes oies blanches ont l’air d’ignorer qu’un papa/une maman, chez les Labdacides, c’était parfois un chouïa compliqué. Antigone, née de l’inceste entre Jocaste et Œdipe était tout autant fille de son frère que de son père et fille de sa mère que de sa grand mère. Et puis, la malédiction d’Œdipe, c’était parce Laïos avait commis un crime pédérastique.
    Pour incarner les vertus familiales, y a mieux.
    A moins de vouloir absolument prouver que de n’importe quelle famille, même incestueuse ou meurtrière, peuvent surgir de belles figures d’héroïnes. Et là, je m’incline. »

    Et j’ajoute pour ma part :

    Il faut aussi savoir que cette lignée désastreuse est maudite depuis des générations et des générations, depuis que la déesse Harmonie a osé insister pour épouser Cadmos, roi de Thèbes et simple mortel, ce qui est évidemment une union mixte contre-nature… 😉 (Zeus-Dieu-le-Père a bien le droit d’avoir plein de marmots illégitimes avec des mortelles, mais une déesse qui veut convoler en justes noces avec un mortel, faut pas trop pousser non plus, dans le monde grec.)
    Rajoutons au passage qu’Oedipe n’a pas seulement eu quatre enfants avec sa mère, mais il a aussi tué son père ; et parmi ses quatre enfants (qui sont donc aussi ses plus-que-demi-frères-et-soeurs), les deux garçons se sont entretués sauvagement pour des questions d’héritage et de pouvoir, tandis qu’Antigone, si elle n’avait pas fait tout son foin, aurait épousé son cousin germain du côté de sa mère et grand-mère (qui est donc au demeurant aussi le cousin de son père et frère).
    Parricide, fratricide, incestes à multiples degrés jusqu’à nous faire perdre notre vocabulaire… Quelle belle représentante des lois inviolables de la nature, cette Antigone !

  3. LlamaTelas 12 juin 2013 at 11:58 - Reply

    Chouette article.

    Toutefois c’est pas très cool d’utiliser « en pleine schizophrénie » pour les discréditer. Il y a des masses de façons de leur renvoyer leur propre merde à la gueule, ce serait chouette d’éviter de stigmatiser les personnes atteintes de maladies mentales / considérées comme telles.

    • lahorde 12 juin 2013 at 15:20 - Reply

      Désolé pour cet abus de langage…

  4. Maya 10 juin 2013 at 18:32 - Reply

    Ma meilleure amie est aux Antigones. Elle et moi on a toujours voté à gauche…
    Qu’il y ait des filles d’extrême droite okay mais c’est loin d’être le cas de toutes!
    De plus elle m’a parlé de leur manifeste et c’est bien loin du gros schéma « maman à la maison » que l’article affiche…

  5. oncle tuco 8 juin 2013 at 14:26 - Reply

    eva ferre est la fille d’un militant marseillais du fn mort il y a quelques annees apres avoir ete responsable du fnj elle connait tres bien le milieu pour l’avoir frequente notament l’equipe qui editait le journal du fnj aixois le lansquenet elle profitait de ses montees a paris pour aller le deposer a la librairie nationale ex ogmios lors de ces voyages elle a fait la connaissancede nombreux militants fafs dont jean denegre qui y travaille a l’epoque loin d’etre une simple militante identitaire elle participe a la creation des jeunesse identitaires a marseille en 2007 elle donne même son nom a l’association crée intitulée marseille solidarite destinée a servir de couverture legale a une distribution
    de nourriture aux sdf sur le modele de celles de nice et de paris
    manque de bol une interdiction prefectorale et la presence de 150 antifas le soir de la distribution fait echouer le projet. Le grand chef Vardon qui devait etre present ayant choisit de laisser tomber ses petits camarades pour aller participer a un concert RAC non loin de montpellier organise par la section Blood & Honor Midgard (aujourd’hui il prefere jetter un voile pudique sur cette periode car en pleine recherche de respectabilité
    y a bon election)
    pour se rattraper les ji decident alors un tractage pour le lendemain place castellane A l’heure du rendez vous une trentaine d’antifas deboulent et le tractage se termine a l’hopital pour 2 des identitaires tandis que eva et sa mere sont interpelles par les flics et que stephane ravier le candidat du fn pour les municipale venu soutenir les ids est violemment apostophe par le groupe d’antifa
    aux journalistes il declarera s’etre retrouve la par hasard
    quelques mois plus tard on retrouvera des membres des ji sur la liste fn
    eva elle va continuer a militait au sein du bloc identitaire marseille aujourd’hui disparu des ecrans radars
    travaillant comme secretaire et faisant de la pub dans les journaux du front elle decrochera un cdd chez un celebre avocat marseillais plus connu dans le milieu pour son surnom de Me Connard (avec 2 l)
    Habitue des solstices organise par la domus la propriete du GRECE qui se trouve pres de roquefavour elle y a souvent croisée une autre des antigone je veux bien sur parler de mathilde gibelin ancienne du groupe scout europe jeunesse et dont le papa n’est autre qu’un des administrateur du lieu au cote du docteur rollet grand chancelier du grece alias francois le cap durant la guerre d’algerie ex oas fondateur du grece ex ordre nouveau ex fn copain de spaggiari qu’il opera durant sa cavale
    et de jean jacques susini
    bref que du beau monde
    oncle tuco a suivre……

  6. Gegene 6 juin 2013 at 19:07 - Reply

    « pas forcément catholiques (mais leur porte-parole si) » Mouais fin désolé mais tout ça pue plus les influences greciste que le catholicisme.

  7. Mirza 4 juin 2013 at 13:38 - Reply

    C’est sûr qu’elles sont présentées comme toutes « gentilles » et « innocentes », mais elles véhiculent une violence extrême, je trouve. Il suffit de voir leurs messages, qui veulent cantonner les femmes à une seule image. Je déteste aussi le côté « on défend la femme respectable », avec des bons relents de slut shaming. (les femmes non respectables ne feraient pas honneur à leur « identité » de genre, bla bla bla). Elles sont notamment présentées sur le site Belle et rebelle, affreux ramassis de bêtises, à base de les femmes font le ménage, ne savent pas écrire des romans, le tout étant accepté, et normal, parce qu’on n’est pas « faite pour ça », la femme est faite pour enfanter, garder les petits près d’elle, et c’est là sa vraie et noble place. Brrrr.

    Je ne cautionne pas forcément toutes les actions des femens, elle sont extrêmes aussi. Mais elles m’énervent beaucoup, beaucoup moins.

  8. Marseillais 3 juin 2013 at 23:07 - Reply

    Quand on voit ce que fait la petite Eva dans sa sphère privée on est loin des modèles classique des femmes d’extrême droite ….

    • lahorde 4 juin 2013 at 17:54 - Reply

      Pour nous, aucun rapport, chacune fait ce qu’elle veut, se prend en photo comme elle veut (désolé, on a supprimé le lien). Ce qui nous intéresse, c’est ce qu’elles ont dans la tête.

  9. celinou 3 juin 2013 at 01:43 - Reply

    Excellente analyse et en plus documentée.
    Ça sentait mauvais dès le début mais avoir les arguments pour dire pourquoi est précieux. Merci !

  10. Nicolas 3 juin 2013 at 00:57 - Reply

    Analyse pertinente, vraiment !
    Ceci dit, quelques détails me chiffonnent, notamment sur le caractère d’Antigone. Selon vous, Antigone est clairement conservatrice, se référant aux lois divines. Il ne faut pas oublier l’époque dans laquelle la pièce fut écrite, le Ve siècle av. J.-C.

    Le personnage d’Antigone n’est pas conservatrice, contrairement à ce que vous dites, elle entre en réaction contre ce qu’elle juge injuste et deshonorant. Elle manifeste du mépris pour Créon, car ce dernier, finalement, méprise sa famille, et méprise toute la culture dans laquelle Antigone fut bercée. La société grecque antique était profondément religieuse, les familles mythologiques sont importantes, aussi, le fait de refuser l’enterrement de Polynice, c’est l’interdiction, pour ce dernier, de trouver le repos. En ce sens, Créon ne fait qu’ouvrir une brèche béante dans laquelle les fantômes s’engouffrent pour hanter Thèbes. C’est donc à la fois pour que Polynice puisse rejoindre les Enfers qu’Antigone désire l’enterrer, mais aussi pour que la cité de Thèbes ne connaissent pas de fantômes, d’esprits errants vengeurs.

    Antigone essaye tant bien que mal de protéger une famille qui est pourrie depuis la racine. Antigone est la rebelle, elle est celle qui refuse l’ordre établi. Alors oui, elle parle des dieux, des lois divines, mais ce n’est en rien, pour l’époque de Sophocle, un manque de progressisme ou un surplus de conservatisme, simplement une femme qui vit dans son temps.

    En ce sens, Antigone se rapprocherait plutôt des Femen, si elle vivait au XXIe siècle. Elle refuserait l’ordre établi et se réfererait aux lois fondamentales de notre pays, la laïcité, l’universalité, la liberté, l’égalité et la fraternité. Elle entrerait en réaction contre le totalitarisme que veulent nous imposer le bloc identitaire.
    Aussi, Créon c’est le TYRAN, et Antigone le mouvement de liberté qui dénonce.

    Quant à sa mort, oui, elle est stupide, aussi stupide que certains fascho qui veulent se la jouer martyrs, mais il ne faut pas oublier que la mort d’Antigone est due, simplement au fait qu’elle se croyait condamner à mort, aussi, plutôt que de périr sur ordre de Créon, et donc d’être une martyr pour sa cause, elle choisit elle-même sa mort, et au lieu d’être martyr, elle devient héroine, car c’est dans sa mort que tout le pouvoir de Créon prend fin. Son fils se tue, sa femme se tue.

    Et je rappelle aussi que lorsque Anouih a écrit son Antigone, elle était le symbole de la Résistance face à Créon/Pétain, aussi, Antigone est pour la liberté, et contre l’autorité qui veut nous empêcher d’être libre et de vivre notre vie comme on l’entend.

    Aussi, même si votre analyse est pertinente pour démonter le mouvement stupide des Antigones, vous aussi vous vous fourvoyez car dans votre volonté de tuer les Antigones dans l’oeuf, vous tuez aussi le personnage d’Antigone qui aurait pu écrire cet article. Ne déformez pas le personnage d’Antigone, elle serait clairement antifasciste, or, vous nous en fait un personnage réactionaire.

    Ceci dit, je le répète, pour contrecarrer le mouvement des Antigones, votre article reste pertinent, mais peut-être faudrait-il juste prendre en compte les réalités de l’époque non applicables maintenant, et tout simplement le fait qu’Antigone lutterait contre les Antigones ! 🙂

    • Clair 9 juin 2013 at 05:04 - Reply

      Merci!

  11. Ewa 2 juin 2013 at 20:51 - Reply

    Excellente analyse!
    J’ai posté quelques commentaires sous la vidéo d‘Antigones sur youtube : une sorte de pseudo message aux Femen. Parmi les commentateurs, ça grouille de cathos intégristes, mais aussi de « guerriers arabes » fanatiques, intellectuellement à la ramasse et pleins de haine. Il faut souligner que malgré les appels à la censure, les commentaires, même très critiques à l’égard d‘Antigones, ne sont pas censurés.

  12. GrumpyCat 2 juin 2013 at 19:25 - Reply

    Le sanglier est un animal qui a une certaine symbolique dans l’antiquité.
    Dans la légende arthurienne, c’est le prêtre.
    Sinon, il y a ça aussi http://fr.wikipedia.org/wiki/Arduinna
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Symbolique_du_sanglier
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Sanglier#Le_sanglier_dans_la_culture

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