12 mai : quand l’État célèbre Jeanne d’Arc avec l’extrême droite

13 mai 2013 1 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

En collaboration avec le site REFLEXes, nous avons écrit un article sur la présence du chœur Montjoie-Saint-Denis lors de la commémoration officielle en l’honneur de Jeanne d’Arc, publié la semaine dernière sur le site d’informations antifasciste.

ProgrammeLe 12 mai, les principaux groupes de l’extrême droite radicale se donnent rendez-vous à Paris, devant la statue de Jeanne d’Arc, pour défiler dans les rues de la capitale : l’Action française depuis toujours, l’Œuvre française depuis longtemps, Serge Ayoub et ses amis depuis que la commémoration du 9 mai s’est déplacée sur cette date, et dernièrement les Jeunesses nationalistes depuis leur création. Tout cela est connu. Ce que l’on sait moins, c’est qu’une ou deux heures avant que débutent ces parades néo-fascistes, au même endroit, une cérémonie officielle a lieu, car ce jour-là, c’est aussi l’État français qui rend hommage à la Pucelle d’Orléans : sont en effet présents le maire du premier arrondissement, des représentants du Maire de Paris, de différents préfets, des présidents des assemblées parlementaires, du Ministre de la Défense et des Anciens Combattants… Tout le gratin ! Différentes associations d’anciens combattants sont également invitées, ainsi que l’Union Nationale des Parachutistes ou encore l’Association Universelle des Amis de Jeanne d’Arc.
Revue Jeanne d'arcC’est là que ça commence à devenir intéressant, car cette association, qui prétend n’avoir d’autre but que « présenter une image complète et exacte de Jeanne d’Arc dans un esprit strictement culturel », est surtout un sacré nid de réacs, voire de cathos intégristes… D’abord présidée par le général Maxime Weygand (décédé en 1965, ce dernier est toujours président d’honneur de l’association), puis par Pierre Virion (l’ancien rédacteur de la Revue internationale des sociétés secrètes) jusqu’à la fin des années 1980, l’association est dirigée par René Olivier puis par Hervé Coutau-Bégarie, capitaine de frégate, mais également camarade de Paul-Marie Coûteaux, le président du micro-parti souverainiste Souveraineté, Indépendance Et Libertés (SIEL), à qui il filait un coup de main pour son Libre Journal sur Radio Courtoisie (d’après Valeurs Actuelles). Mais en réalité, l’association existe surtout grâce à Pierre Maire, qui en est toujours le principal animateur et le trésorier aujourd’hui (l’adresse de l’association correspond d’ailleurs à son domicile privé). Grâce à lui, à partir du milieu des années 1990, alors qu’elle était au plus mal du fait du décès successif de ses membres fondateurs, l’association reprend tout doucement vie, organise quelques conférences, participe à des commémorations, publie des articles dans des revues cathos intégristes comme Monde & Vie ou L’Homme nouveau. Hervé Coutau-Bégarie est décédé l’an dernier, et aujourd’hui Pierre Maire partage la vice-présidence de l’association avec le général Bertrand Dupont de Dinechin, auteur (entre autres) d’un ouvrage prônant la réunion de l’Église et de l’État, intitulé La France, destinée d’une alliance, publié chez l’éditeur catholique Téqui. On le voit, cette association n’est pas seulement proche des milieux militaires, mais surtout des milieux nationalistes et catholiques intégristes, et sa revue trimestrielle, outre l’hagiographie de l’illuminée en armure, est surtout composée de tribunes extrêmement réactionnaires.

Plus intéressant encore, et c’est une nouveauté pour cette année : la présence des chœurs Montjoie-Saint Denis pour assurer l’animation musicale de la matinée, encadrant les cérémonies officielles. Cette chorale a été créée par Jacques Arnould, un mélomane qui aime autant la musique militaire que le bruit des armes, puisqu’il est parti se battre au Liban aux côtés des milices maronites dans les années 1970. C’est aussi un vieil ami de Bernard Antony, le fondateur du groupe de pression catholique intégriste Chrétienté-Solidarité, dont Arnould était le président dans les années 1990. Fondée en 1982 par Bernard Antony, Chrétienté-Solidarité fut longtemps la figure de l’intégrisme radical au sein du FN, avant qu’il ne prenne ses distances, agacé par l’importance grandissante de Marine Le Pen dans l’appareil à partir de 2003. Mais ce lobby catho intégriste est surtout connu pour les activités de son pseudopode, l’Alliance Générale pour le Respect de l’Identité Française (AGRIF), une sorte de SOS Racisme d’extrême droite, poursuivant en justice tout ce qui serait susceptible de nourrir des sentiments anti-nationaux ou anti-chrétiens, voire anti-blanc, parfois avec succès. Plus récemment, en 2011, Arnould a soutenu la création d’une «Coordination laïque de solidarité chrétienne »  une initiative portée par Antony pour la défense des chrétiens en Afrique et en Asie (depuis le début des années 1990, les activités de Chrétienté-Solidarité se sont surtout développées à l’échelle internationale).

Les Chœurs Montjoie Saint-Denis ont donc connu leur heure de gloire dans les années 1980-1990, mais ils ont fait un retour remarqué (du moins dans les milieux nationalistes) en 2006 en rééditant en CD le premier vinyle de la chorale, sorti en 1980 par le Serp, la maison d’édition de disques de Jean-Marie Le Pen.
On y trouve tous les chants qui ont rythmé les marches et manifs de l’extrême droite depuis des décennies. Place à la poésie donc avec « Les Lansquenets » (« Et nos marches guerrières feront frémir la terre ») , « les Chacals » (« Dans la nuit partent nos commandos, heia oho, Déjà paraît l’Ordre Nouveau, heia oho oh oh oh oh oh ! ») ou encore « Les partisans blancs », dont Serge de Beketch avait fait le jingle de son émission sur Radio Courtoisie. Notre préférée reste Occident en avant, dont vous pouvez apprécier le lyrisme guerrier en cliquant ici :

C’est que Jacques Arnould ne se contente pas d’être chef de chœur, mais également le gérant de la Société de Diffusion du Chœur Montjoie Saint-Denis (SDCMSD), une SARL au capital de 15 000 €, qui diffuse une vingtaine de CD des chants interprétés par la chorale. Le dernier en date, « Chant de France X » (lire « 10 », ce n’est pas une version pour adultes !), contient des chansons que Francis Bergeron, qui assure la préface du livret, se rappelle avoir chanté « mille fois depuis lors, face aux rouges, dans les bagarres à un contre dix, dans les souks libanais les armes à la main, et même dans une prison soviétique, avec mon vieux complice Jacques Arnould »…
On attend donc avec curiosité la prestation (et la programmation) des Chœurs Montjoie Saint-Denis cette année à la commémoration du 12 mai. D’abord parce que la plupart de ses membres doivent avoir la voix plutôt chevrotante aujourd’hui (il est vrai qu’Ayoub, avec ses « Jeunesses » Nationalistes Révolutionnaires aux cheveux gris, nous avait déjà habitué au come-back des seniors sur cette date !), mais surtout pour voir si les hauts représentants de l’État présents ce jour-là siffloteront le refrain de leur tube : « Occident, en avant, avant qu’il ne soit trop tard ! »…

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